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Retranscription de l’entretien de Mme Roch
Genève, le 28 octobre 2008
  • Parlez-nous de votre arrivée ici…

Je suis arrivée ici en 1982 à l’âge de 9 ans, car il était difficile de trouver des appartements 5 pièces sur Genève, nous n’avions pas d’autres choix. De plus, ils étaient moins chers et plus spacieux, ce qui a permis à mes parents de devenir propriétaires. Déjà à cette époque, personne ne voulait venir aux Avanchets car l’aspect du quartier ne donnait pas envie au gens (moche, mal fréquenté, cité…préjugés).

En 1990, je suis partie vivre au Grand-Lancy car il n’y avait pas d’appartement aux Avanchets. Mais dès que je suis tombé enceinte, j’ai reprit mes recherches et j’ai réussi à emménager dans ce quartier. Ce qui m’attirait ici était : Les souvenirs d’enfants que j’avais gardés et qui étaient très positifs et mon nouveau statut de mère car tout est pensé pour la famille ici (écoles, routes peu dangereuses, jeux, centre médical…).

  • Quelle était votre représentation du quartier de l’époque et celle d’aujourd’hui ?

Je venais de la ville ce qui a été un grand choc social car tout était différent (enseignement scolaire à la baisse, classe ouvrière comme moi…). Je n’ai pas eu de problème pour m’intégrer car l’esprit de village nous a accueillit. L’aménagement du quartier était favorable car son architecture (pas de vraies routes, espace vert, « maisons sur pilotis »…) rassurait ce qui m’a permis de sortir seul plus facilement qu’en ville étant enfant. Il n’y avait pas de sentiments d’insécurité comme aujourd’hui.

Aujourd’hui, oui c’est différent. Le quartier s’est divisé en deux (Jura-Salève). La frontière entre les deux est le centre commercial. Cette séparation existait déjà avant mais étant mère, elle s’est accentué. Mais la vraie différence entre maintenant et avant est la qualité de vie, l’ambiance (dégradée par rapport au nouveau locataire). Cela est dû en partie à l’arrivée en masse des gens des Balkans et la rencontre avec les anciens habitants. Cela a divisé le quartier car des communautés se sont fait. Il y a eu une sorte de ghettoïsation car on a placé ces gens ici car il n’y avait pas d’autres lieux.

Le sentiment d’insécurité s’est développé même si je ne le ressens pas du tout. Cependant, nous sommes quand même délaissé par la commune (plus d’ASM, centre commercial abandonné). La population aussi n’est plus aussi soudé qu’avant (plus d’association des habitants, plus de club-aînés, plus fête de quartier…).

  • Comment percevez-vous l’hétérogénéité des classes sociales de l’époque et d’aujourd’hui ?

A l’époque, il y avait plus d’homogénéité dans les classes (ouvrière) en 1970-80.

Aujourd’hui, il y a plus de gens de classe moyenne-élevée et basse.

  • Comment étiez-vous organisés, en termes d’échanges de services, de solidarité

Mes parents travaillaient tous les deux mais il est vrai qu’aux Avanchets, tout était organisé pour ce genre de famille (maman de jour, crèche, jardin d’enfant, parascolaire,). Mes parents ont beaucoup utilisé ce type de structure. Par rapport aux voisins, il y toujours eu de la solidarité mais plus par allé. D’ailleurs depuis 4 ans, la fête des voisins est revenue d’actualité ce qui à permis de créer d’autres liens (beaucoup plus de propriétaire dans l’allé que de locataire) mais en général, c’est souvent les mêmes qui viennent.

  • Existait-il un contrôle social ?

Oui, mais pas dans tout le quartier. On le fait avec les enfants de l’immeuble ou plus largement avec le côté salève. Si je vois le copain d’un de mes enfants en bas, je n’hésiterais pas à lui faire la remarque si il a fait une bêtise. Je pense que par l’architecture, il est plus facile de rentrer en relation car on les connaît les gamins d’en bas.

  • Quelles sont les frontières du quartier ?

Les limites des routes qui entourent le quartier. Il y a une frontière invisible pour moi qui est le centre commercial. Il coupe les Avanchets en deux (Jura-Salève).

  • Avez-vous vu du changement depuis votre arrivée ?

Non, sauf une dégradation sociale voir socioculturelle (manque de structure associatives) et la baisse du niveau social des locataires qui a engendré des déprédations pour l’environnement du quartier (allé sale, déchets en bas des immeubles…). (sous entendu personnes des Balkans)

  • Que pensez-vous de l’arrivée des nouveaux habitants ?

Au niveau des enfants il n’y a pas de problème mais les adultes s’est comme partout, il y a des gens qui s’insère et d’autres pas.

  • Par rapport aux Personnes des Balkans ?

Il y a une grande différence culturelle car à l’époque, les portugais, italiens, espagnols était à peu près de culture équivalente (Latine) et s’intégrait à peu près tous de la même manière tandis que les balkaniques sont totalement différents dans leur manière de fonctionner (ils s’ouvrent moins). Le facteur « arrivée en masse » à peut-être jouer une grande importance aussi car tout les regards étaient sur eux (peur, images de la guerre…).

Il faut bien reconnaître qu’il y a une réticence (pas raciste mais beaucoup de peine avec ces gens) vis à vis de ces personnes car on leur met vite fait tout les problèmes sur le dos (drogue, bagarre, dégradation…). Mais il y a quand même une réalité car depuis leur arrivée, il y a plus de problème. D’ailleurs, cela a sûrement une influence sur « l’esprit de village ».

  • Avez-vous été en conflits avec d’autres classes sociales ?

Non, non.

  • Quel est votre regard sur la jeunesse ?

Pour moi, ils sont défaitistes, sans ambitions. Je les vois perdus avec un manque de motivation terrible. C’est peut-être du à cette société ou tout est accessible rapidement (internet, natel, fast-food). Les jeunes veulent que tout aie vite et les projets à long terme sont laissé de côté (plan de carrière, études longues…). C’est mon impression. Freud disait « Un adulte heureux est un enfant frustré », je crois qu’aujourd’hui il n’y en a pas beaucoup.

  • Comment pensez-vous que les jeunes vous voient ?

Vieille malgré mes 35 ans et chiante car je suis pointilleuse sur les règles (respect, autorité…).

  • Que pensez-vous du centre commercial ?

C’est dommage et triste car c’est un lieu de vie et de rencontre. Quand je suis arrivé ici il y avait plein de petits magasins (boucher, boulangerie, banquomat…). Je pense que c’est son architecture et sa petitesse qui l’ont tué car les gens font de grosses courses pour la semaine à présent. Ils n’ont plus le temps donc ils se rendent sur de gros hypermarché pour faire des réserves hebdomadaires. Ce centre commercial mériterai d’être réaménager car il y a suffisamment de population et de fréquentation aux Avanchets pour le faire tourner mais il faudrait revoir son « rôle » (plus vraiment le même qu’avant). ALDI va bientôt arriver, il y a des gens mitigé mais je pense que nous avons la population aux Avanchets pour accueillir ce genre d’entreprise.

  • Connaissez-vous le contrat de quartier ?

Je fais partie du groupe mais je ne me suis pas encore rendu aux séances. J’ai quand même pu lire le P.V pour ne pas être à côté de la plaque mais bon. Je suis étonné par le nombre de gens qui participe à ce contrat de quartier. Je pensais que les gens ne viendrai pas s’investir (plus beaucoup d’associations dans le quartier…) mais non, cela marche super bien. Je suis impatiente de m’y rendre. Je pousse les gens à y aller car je remarque que beaucoup de monde (essentiellement les anciens du quartier) se plaignent de l’évolution des Avanchets hors carde, donc je les invites à venir faire du constructif dans le cadre de ce contrat de quartier.

Les trois gros points mis au cœur du débat dans le contrat de quartier sont : le centre commercial, le bruit aux Avanchets, le sentiment d’insécurité et les places de parking.

  • Quelle serait votre quartier idéal ?

Moi je suis bien ici…je sais pas…mais le côté culturel manque quand même. Au niveau de l’insécurité et du bruit ce serait bien que cela s’améliore mais c’est clair, je ne veux pas aller ailleurs.

  • Pensez-vous finir votre vie aux Avanchets ?

Alors non car mon mari déteste. Il vient de la campagne et n’aime pas du tout la ville malgré qu’il reconnaisse quand même les avantages du quartier. Une fois que nos enfants pourrons se débrouiller, je pense que nous quitterons le quartier.

 
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Retranscription de l’entretien de Mme Roch

• Parlez-nous de votre arrivée ici… Moi je suis arrivée en 1978 et peux vous dire qu’il n’était pas facile de trouver un appartement à « Avanchet Parc quartier résidentiel », comme on appelait notre quartier alors. Il est vrai que quand on parlait de notre quartier « à Genève » on nous répliquait « Oh, les maisons de toutes les couleurs ? . Il paraît que les appartements sont très bien. » Et oui ils étaient, et ils le sont toujours bien les appartements ! • Quelle était votre représentation du quartier de l’époque et celle d’aujourd’hui ? D’accord avec la chance qui ont eu les enfants, et on toujours, de pouvoir sortir jouer avec beaucoup plus de facilité qu’en Ville. Tous les blocs d’allées, ont des jeux devant. On peut « jeter un œil » sur son enfant depuis le balcon ou la fenêtre facilement. Par contre la scolarité à la baisse, je ne peux qu’être contre cette affirmation. Mon enfant, et tous ses petits camarades, ont brillamment réussi dans ses études que ce soit en Apprentissage, Collège ou Université. L’école publique d’Avanchet, Jura et Salève confondues, ont été à la base de combien des médecins, architectes, informaticiens, chimistes et j’en passe ?. Et à nouveau « la frontière »….Avez vous observé combien d’enfants « du coté Salève » vont à l’école Jura et vice-versa ? La qualité de vie s’est dégradée… Oui, mais il n’y a que les « gens des Balkans » comme cous cous plaisez souvent à le répéter. Certes que dans un endroit où ils se côtoient nombreuses cultures, il y a des différentes approches de la manière de vivre. Toutefois il m’est arrivé de voir de personnes des pays que vous trouverez certainement à votre goût, qui se comportent au delà de tout civisme. La « ghettoïsation »( êtes vous sûre du mot ?) je l’appellerait plutôt l’esprit de clan. Je ne sais pas s’il vous est arrivé de vivre dans un pays qui n’est pas le vôtre, ou simplement passer des vacances. Et bien je suis sure que vous avez cherché les contacts de vos compatriotes. Et pour peu que les natifs « du coin » ne vous acceptent pas trop…..voilà le clan. J’ai toujours dit qu’Avanchet a un complexe d’infériorité vis-à-vis du canton. On est « obligé » de dire qu’il y a de l’insécurité, que c’est triste que que que…. J’ai des amis qui habitent les Eaux-Vives, Carouge, etc et qui ont les mêmes problèmes. Je sors souvent trad, très tard dans la nuit et je n’ai jamais eu de problème. Les « djeunes » que je croisse me disent gentiment bonsoir Madame, et j’ai 2 fois votre âge, donc d’après votre théorie… plus facile à agresse……. Vous avez raison par contre pour l’abandon du bureau des ASM ainsi que les association d’habitants ou d’aînés. Pour ces dernières, il appartient aux habitants de se mobiliser. • Comment percevez-vous l’hétérogénéité des classes sociales de l’époque et d’aujourd’hui ? Navrée mais je ne savais pas que les fonctionnaires internationaux faisaient partie des classes ouvrières. Et ils étaient une grande majorité dans le quartier. Il avait aussi pas mal des fonctionnaires de l’Etat et des bénéficiaires des caisses de pension. A l’époque la LPP n’étant pas obligatoire, la classe ouvrière n’avait pas forcement de Caisse de pension. .

• Comment étiez-vous organisés, en termes d’échanges de services, de solidarité Je pense que « à l’époque » comme on dit, les gens étaient moins stressés, plus décontractés ce quei permettait organise des souper à la Maison de quartier, quie s’appelleait alors, Le Centre de loisirs. Depuis tout le monde aux Avanchets et ailleurs semble n’avoir en têt qu’une chose, partir en week-end. Et le quartier, comme tous les quartiers du cantons son vidés de leur essence.. • Existait-il un contrôle social ?

Ça toujours existé mais vraiment très diffus.

• Quelles sont les frontières du quartier ? Je n’appellerais pas une frontière le centre commercial, mais plutôt le cœur d’Avanchet, car tous les habitants convergent vers lui à un moment ou autre. Il est vrai que maintenant il n’offre pas grandes possibilités d’échange ni d’achats mais de caractère optimiste, je pense que cela va s’arranger dans dix-douze mois. • Avez-vous vu du changement depuis votre arrivée ? Oui, moins de tolérance envers les nouveaux arrivés. Et là vous reparlez des Balkans. N’y a t’il pas d’autres nationalités ? Quand mon enfant était à l’école, et il a fréquenté les deux Jura et Salève, dans une classe de 18 élèves il y avait souvent 2 ou 3 Suisses et 10 ou 12 autres nationalités. Alors, de grâce, ne nous arretons pas à une seule ethnie ! • Que pensez-vous de l’arrivée des nouveaux habitants ? Les gens ne s’insèrent pas, et je me demande, est ce que l’on leur donne la main pour faciliter leur insertion ? J’ai la vague impression que l’on tend la main plus aux ressortissant de certains pays qu’à d’autres. • Par rapport aux Personnes des Balkans ? Je ne veux pas m’étendre sur « les personnes des Balkans », autrement dit des habitants d’Avanchet comme les autres. Mais je peux vous dire que dans une communauté ce sont toujours les dernières nationalités arrivées qui sont le bouc émissaire des malheurs. Cela a été vrai avec par ordre d’arrivée, des Italiens, Espagnols, Portugais, etc pour ne citre que les cultures que vous appelez Latines. Je signale que les Sud américains sont aussi des latins et je pense que nombre de personnes, ne les mettent pas dans le même sac que les nationalités citées précédemment. Donc pas grande chose à voir avec la culture. • Avez-vous été en conflits avec d’autres classes sociales ? Pas le moindre • Quel est votre regard sur la jeunesse ? La jeuneuse est active, courageuse, entreprenante, studieuse, farceuse, sérieuse. Pourquoi les affubler de défaitistes, sans ambitions, perdus, manque de motivation ? Avez-vous, au moins une fois regardé le nombre de jeunes qui font du sport dans les différents clubs de notre commune ou d’ailleurs, qui font de la musique dans les différentes écoles de musique, qui apprennent la peinture, le chant, la danse et je ne sais pas quoi encore ? Par rapport aux quelques dizaines que vous mettez sur le haut du panier en leur affublant de tous les maux il me semble qu’il représentes des centaines et des centaines qui ne méritent pas que l’on leur colle une telle étiquette juste parce qu’ils sont jeunes. Posons-nous la question de quoi faire pour tendre la main à ces jeunes qui vous dérangent et nous arriverons peut-être à réduire leur petit nombre. • Comment pensez-vous que les jeunes vous voient ? Si vous le dîtes….. Je suis bien plus âgée que vous, je ne dis pas vieille, et je ne pense pas que les jeunes me voient comme vous dîtes même si je fais des remarque quand il le faut. • Que pensez-vous du centre commercial ? Alors là, Alzheimer me guette. Pour loin que je remonte, je ne vois pas de Bancomat à Avanchet • Connaissez-vous le contrat de quartier ? A quoi sert d’en faire partie et de ne pas assister aux séances. Quand on veut avoir son mot à dire il faut s’impliquer. Peut être qu’il y a des points qui se répètent au Contrat de Quartier, mais les suggestions ne sont pas, que je sache limitées. A chacun de trouver ce qui pourrait être fait et de le suggèrer. • Quelle serait votre quartier idéal ? Qu’est ce que vous appelez le niveau culturel ? Il y a une Bibliothèque, une Maison de quartier, une Ludothèque, une Télévision des réunions Café Croissants avec des intervenant intéressants, un Club de l’Amitié au 16 Grand-Bay…. Je suis sûre que si vous soumettiez des nouvelles idées culturelles au Contrat de quartier, elles seraient les bienvenues • Pensez-vous finir votre vie aux Avanchets ? Et bien, vous laisserez la place à quelqu’un qui sera content d’avoir tous les avantages qui offre notre quartier. Je vous souhaite seulement que dans la campagne où votre mari semble vouloir y aller, vous trouviez tout ce que vous trouvez qui manque à Avanchet



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