Accueil du siteRendez-vous à Onex : Où, quand, qui et pourquoi ? Ils l’ont dit...
Trois femmes à la table ronde au Tea-room "Les Fougères"

Entretien effectué le 18 novembre 2008, vers 10h. Elles étaient trois et d’habitude viennent à quatre et cinq. Elles habitent à Onex depuis 36, 40 et 38 ans. Elles ont 62, 63 et 68 ans.

L’une d’entre elles a déménagé puis est revenue à Onex. Les raisons du départ étaient le bruit au-dessus. Puis, son mari et elle sont revenus à cause de la nuisance sonore de l’extérieur !

Ces dames fréquentent ce tea-room tous les matins depuis plus ou moins 20 ans. A cette époque, il n’y avait encore rien si ce n’est la Coop. Cependant, le café n’y est pas bon et c’est un self service. "Pour le même prix, on est servies et on a même un chocolat avec ! De plus, le patron est sympa." "Après avoir fait les courses, c’est à mi-chemin de la maison, donc on se repose un peu avant de rentrer ! C’est une habitude."

Elles disent ne pas avoir d’habitude particulière dans ce lieu pourtant, elles s’asseyent toujours à la même table ronde et si elle n’est pas disponible, elles s’y asseyent dès qu’elle se libère ! Elles ne viennent que le matin. L’après-midi, elles regardent la télé, font le ménage, dorment, se promènent ou font la lessive. Elles ne travaillent pas. Elles savent que beaucoup d’activités sont proposées pour les aînés, pourtant elles n’y participent pas. Elles ne se sentent pas concernées puisqu’elles ne sont pas officiellement à la retraite mis à part l’une d’entre elles ! De plus, elles nous ont dit que les personnes qui y participent sont bien plus vieilles qu’elles !

Une de ces dames nous explique que lorsqu’elle est arrivée à Onex, elle ne pensait pas y rester longtemps. Elle a emménagé dans une des grandes tours, mais elle a finit par s’y faire et y faire des connaissances, donc elle n’est plus partie ! Les enfants ont créé du lien, d’après elle. C’est parce que ses enfants côtoyaient les enfants d’une autre femme de l’immeuble qu’elles sont devenues amies. Actuellement, elle pense que le meilleur moyen de se socialiser est d’avoir des enfants ou un chien. Elle trouve même qu’il y a bien trop de chiens à Onex !

Si elle devait avoir une nouvelle voisine, elle ne ferait rien pour entrer en contact. Elle évoque plusieurs raisons à cela. D’une part, actuellement se sont surtout des étrangers qui arrivent et ils restent dans leur coin sans parler et ne veulent pas venir vers les autres. D’autre part, elle ne se sent pas la légitimité d’entrer en contact puisqu’elle a un certain âge et qu’elle a peur de déranger. Elle souligne également le fait que ce n’est pas dans les coutumes suisses d’intégrer un nouveau voisin ("contrairement aux Etats-Unis où on apporte un gâteau, par exemple"). Elle conclut en disant que les contacts qu’elle a lui suffisent ("ça nous suffit ") et qu’il y a tellement de roulement et de changements de locataires que ca n’en vaut pas la peine.

Effectivement, il y a beaucoup d’activités pour les aÎnés. Il y a aussi beaucoup d’infrastructures pour les enfants, comme les garderies ("bien qu’il n’y ait jamais assez de garderies, puisque les femmes sont de plus en plus obligées de travailler à temps plein et ne peuvent plus garder leur(s) enfant(s)"). En revanche, pour les personnes "entre-deux" et qui ne travaillent pas, il n’y a rien. Cela semble les embêter uniquement pour la catégorie des jeunes. Pour eux il n’y a absolument rien ! C’est par cette raison qu’elles expliquent le fait qu’ils traînent toute la journée devant la Coop. Ce n’est pas un problème en soi, si ce n’est qu’ils dégradent beaucoup de matériel (brûlent les chaises et les tables de la terrasse, par exemple).

Cela pose aussi des problèmes de sécurité. L’une d’elles dit très clairement qu’ils lui font peur. De toute manière aucune d’elle ne sort seule la nuit. Il y a un grand sentiment d’insécurité chez ces dames. Elles parlent d’agressions, pourtant ne connaissent aucune personne qui se soit faite directement agressée.

Elles se réunissent dans ce tea-room en particulier également parce que ce n’est pas un bistrot, mais bel et bien un tea-room. Dans les autres bistrots, il y a trop de soûlons ! "Avant c’était plus tea-room que maintenant, y avait pas d’alcool"

"On a toujours quelque chose à se raconter, au pire on parle de ce qu’on a vu à la télé la veille."

Elles n’ont aucune intention de déménager "Pour aller où ?!", "Maintenant qu’on y est, on y reste !" "On en sortira uniquement les pieds devant ! Bien qu’on ne soit pas pressée !"