Accueil du siteOnex : L’avenir des jeunes d’OnexLa parole aux jeunes : Les entretiens
Synthèse du groupe des jeunes filles du Cycle des Marais

Première prise de contact

Pour constituer ce groupe d’entretien, nous avons bénéficié du précieux soutien de M. Thierry Hiltbrand, conseiller social au Cycle du Marais. Lors d’un téléphone effectué en date du 17 novembre, nous lui avons présenté tant notre enquête que notre sollicitation d’aide pour constituer un groupe d’entretien. M. Hiltbrand s’est montré d’accord de nous soutenir et il nous a par ailleurs demandé de lui adresser une présentation écrite de notre recherche. En effet, il devait au préalable demander l’approbation de sa direction car notre demande impliquait des élèves placés sous la responsabilité de cette institution scolaire. Très occupé en raison des conseils de classe de fin de trimestre, M. Hiltbrand nous a informé le 27 novembre que cinq filles étaient d’accord de participer à notre enquête. Ces élèves ont décidé d’y prendre part après que notre recherche ait été présentée à un groupe plus large d’élèves par une collègue du conseiller social.

Compte-rendu de l’entretien de groupe

Cet entretien de groupe s’est déroulé le mercredi 3 décembre après les cours du matin. M. Hiltbrand avait estimé ce moment là comme judicieux car les élèves ayant congé l’après-midi, ils ont plus de temps à midi.

Cycle des Marais
Vue du Cycle des Marais sous la neige

L’entretien a eu lieu dans un local d’accueil, plutôt vétuste, dévolu aux élèves et situé à côté du bureau du conseiller social. Ce local est disponible certains jours à midi et il est équipé d’un petit coin cuisine, de canapés, d’une table et de chaises, d’un babyfoot ainsi que de livres et de bandes dessinées.

Après que chacun se soit présenté - le conseiller social ne semblait pas connaître les cinq filles du groupe d’entretien - M. Hiltbrand a demandé aux élèves quelle sauce elles souhaitaient pour accompagner le plat de pâtes. Il avait eu en effet l’idée d’offrir le repas de midi après l’entretien dans un but de motivation et de convivialité. Pendant l’entretien de groupe, le conseiller social a donc été acheter pâtes et sauce au pesto. Tout comme l’entretien, ce repas a été très réussi. Les échanges relativement informels pendant ce moment de sustentation ont été vraiment sympathiques et ouverts. Ils ont permis au conseiller social de faire connaissance avec des élèves dans un contexte inhabituel. Cela a été par exemple l’occasion d’actualiser nos connaissances d’adulte sur les différents courants de styles de mode contemporains des jeunes (vêtements ou musiques du style « emos » ou du style « racailles », p.ex.).

Brève présentation des personnes interrogées :

Les 5 filles de ce groupe d’entretien sont scolarisées au Cycle du Marais en 9e année, filière A. Elles se nomment :

Marine : 15 ans depuis une semaine, sa famille est Suisse, elle habite avec sa mère dans un vieil appartement du secteur Cressy-Marais d’Onex et elle a un petit frère et une grande sœur.

Karen : 14 ans, sa famille est d’origine Italienne, elle habite dans une villa du secteur Cressy-Marais d’Onex et elle une sœur et deux grands frères.

Soraya : 14 ans, sa famille est d’origines Libyenne et Suisse, elle habite dans un appartement « assez grand » du secteur Cité-Nouvelle et elle a un frère.

Mélanie : 14 ans, sa famille est d’origines Suisse, Italienne et Espagnole, elle habite dans un appartement du secteur Cité-Nouvelle et elle a 3 sœurs.

Elsa : 14 ans, sa famille est d’origine Portugaise, elle habite dans appartement du secteur Cressy-Marais et elle a un petit frère.

Toutes habitent Onex depuis quasiment toujours et au Cycle elles sont dans la même classe.

Retranscription de l’entretien :

Les retranscriptions et les observations ci-après ne respectent pas forcément la chronologie de la discussion, elles sont ordonnées par thème.

Soraya : « pour moi c’est qui est très important c’est les études, la famille, les amis. En ce moment je consacre plus de temps à mes études qu’à mes amis parce que j’ai envie de pouvoir réussir mes années futures, mon travail. »

Mélanie : « des fois je ne révise pas souvent mais je reçois de bonnes notes alors ça va. Je consacre souvent du temps à mes amis et pas souvent à l’école. Je suis plus souvent avec des amis qu’entrain de réviser mais j’ai souvent de bonnes notes alors ça va ». « Une bonne note c’est entre 4.5 et 6 ».

Elsa : « je ne consacre pas beaucoup de temps aux études mais je vais m’appliquer parce que j’ai été non-promue ». « J’ai quatre notes en dessous de la moyenne ».

Soraya aime « le sport en général ». Elle va voir tous les matchs de hockey du Genève-Servette depuis que la copine de son frère lui ait fait découvrir ça. Elle fait du patinage et elle aime les sports de combat. Son frère lui a transmis la « passion pour le poker ».

Marine est bien à Onex, elle y a plein d’amis, « c’est important les amis ».

Comment vous voyez votre avenir, qu’est-ce que vous en attendez, est-ce que vous avez des craintes ? Cette question engendre une réponse co-construite par les interviewées qui souvent prennent la parole en même temps. Réponse co-construite car elles expriment leur approbation aux propos que l’une vient de tenir puis ajoutent leur propres remarques. Voici une partie de ces échanges :

Marine : « j’espère pas vivre sous un pont ».

Mélanie : « ben ouais, comme tout le monde. »

Mélanie : « on aimerait tous avoir une maison. »

Marine : « avoir une famille, tranquille. »

Soraya : « avoir une bonne situation familiale et professionnelle, et puis aussi point de vue argent. »

Voix non identifiée : « plein d’argent ».

Voix non identifiée « j’espère garder les contacts avec les amis d’enfance. »

Soraya : « ouais ça me fait aussi peur de perdre contact avec les personnes que je connais et que j’aime bien. » Mélanie : « c’est ce qui arrive le plus souvent, c’est perdre le contact. »

Elsa : « chacun fait des écoles différentes et après chacun fait sa route. »

Avoir de l’argent, c’est à dire en avoir beaucoup par exemple ?

« Non, suffisamment pour vivre » répondent-elles en cœur.

Soraya : « enfin, d’avoir un toit, de quoi manger et puis de payer les assurances, les choses comme ça ».

Mélanie : « l’idéal c’est d’avoir beaucoup d’argent mais si on peut en avoir juste pour vivre, c’est déjà bien ».

Marine : « ouais, pas être inquiétée toutes les fins de mois à chaque fois parce que … quand je vois mes parents comme ils sont tout stressés là, pfff ».

Les autres approuvent.

Soraya : « ma mère, elle a une boîte de nuit et puis c’est assez difficile. Le salaire il est jamais stable et il y a beaucoup de choses à payer, enfin, les fins de mois quand je vois, heu même pas forcément dans ma famille mais les gens sont stressés. J’aimerais ne pas avoir ce stress de me dire est-ce que j’aurai encore à manger à la fin du mois ».

Mélanie : « quand tu as payé tous les impôts, tout le loyer … »

Karen : « ouais mais après si tu n’as rien … il faut garder un peu de côté pour l’avenir. Si tu as une fois un petit problème ou pour payer un voyage ».

Mélanie : « ouais mais si tu dois payer les impôts et tout, après tu n’as plus rien ».

Karen aimerait bien avoir assez d’argent pour aider ses grands-parents : « des fois je vois qu’ils sont stressés et je n’aime pas les voir comme ça parce que c’est les grands-parents du côté de ma mère et avec eux je suis vraiment proche ». Ce qui stress ses grands-parents c’est « les impôts, l’argent, tout ça. Parce que comme ils sont tous les deux à la retraite, ils ne gagnent pas beaucoup d’argent. Alors j’aimerais bien les aider. Mais à chaque fois que veux faire quelque chose, par exemple à Noël ou à son anniversaire je veux offrir un truc, et ils me le rejettent en pleine gueule. Ils aiment pas les cadeaux mais je les ai obligés à prendre ».

Qu’est-que vous vous voyez faire comme suite de formation après le Cycle ?

Cycle des Marais
Vue du Cycle des Marais sous la neige

Marine : « je vais faire le collège parce que … non-seulement je suis obligée mais aussi parce que je ne vois pas ce que je pourrais faire d’autre pour l’instant ». « Ma mère elle veut absolument que je fasse une année de Collège parce que après ça ouvre les portes vers plein d’écoles plus facilement ».

Elsa : « le collège, il faut beaucoup travailler … »

Marine : « ouais mais bon, je me suis dit que si je veux réussir dans la vie, il faut que je travaille … je ne ferai pas d’histoire (ndr : rires) ». « Je sais que ça va être dur, il faut déjà que je réussisse cette année et puis on verra ». Après la première année de Collège, « la deuxième ça devient de plus en plus compliqué donc heu …on verra ».

Marine : « j’aimerais beaucoup me diriger vers l’écriture ou la décoration donc à partir de là je verrai ». « J’aimerais bien faire écrivain. Ma mère elle me dit que je devrais faire journaliste mais je n’ai pas envie, je trouve ça nul. Ce serait bien pour les voyages, mais bon ». « Journaliste il y a tout le stress, il faut trouver quelque chose de bien parce que sinon on peut te remplacer. Bon les livres aussi mais il y a plusieurs goûts ».

Karen ne sait pas ce qu’elle veut faire : « j’ai tellement d’idées qui me passent par la tête, un jour je pense à ça, l’autre jour à ça. »

Mélanie : « ouais hier elle me fait, cuisinière puis éducatrice puis cuisinière puis éducatrice … ».

Karen dit vouloir faire la maturité à l’ECG pour faire ensuite éducatrice de la petite enfance. « J’aime bien les enfants, m’occuper d’eux, rigoler avec eux ».

Soraya : « je veux faire un CFC d’horlogère dans le domaine du rhabillage et puis après mes 4 ans de CFC je veux faire une maturité professionnelle qui dure une année et ensuite, soit je continue à exercer le métier parce que j’aime beaucoup mais en fait je pense que je vais faire l’école de police. En tout cas essayer de faire les tests et tout. Et puis si jamais je ne suis pas prise dans l’école de police et ben je ferai un complément de formation pour devenir prof en atelier au CEPTA. Deux ans de formation sociale, savoir comment apprendre aux élèves ».

Soraya a connu cette année le domaine horloger du rhabillage : « le copain à ma mère m’a expliqué son métier et tout et tout et puis là je vais faire deux stages. Un au CEPTA et un dans une entreprise pour voir si ça m’intéresse réellement, voir si je le fais plutôt en entreprise ou à l’école. » Lorsque je fais remarquer à Soraya qu’elle a des idées et des projets très précis et que je lui demande d’où ça vient, elle me répond : « ma mère est assez stressée par rapport à mon futur, elle veut être sûr que c’est ça que je veux faire, elle n’a pas envie que je loupe une année parce que mon frère lui il voulait faire automaticien, il était au Tech et puis le Tech c’était trop dur pour lui alors il est allé au CEPTA pour automaticien. Maintenant il a des 5, des 6, il a 5.5 de moyenne générale, c’est un fou quoi et il ne révise jamais. Au moins il fait quelque chose qui lui plaît ».

Mélanie : « je veux faire informaticienne. Je pense que je vais faire un apprentissage à la fin de la 9e, je pense que je vais aller au CEPTA aussi, dans les techniques, et faire l’école d’informatique HES, enfin (ndr : ça) je vais essayer ». « Elle hésite un peu entre ingénieur informatique et informaticienne tout court. » Ce qui lui a donné l’idée de se tourner vers l’informatique : « depuis que j’ai un ordinateur j’explore tout ce qu’il y a dedans … et puis il y a certaines personnes que je connais, elles s’arrêtent à allumer et éteindre l’ordinateur et moi j’explore un peu partout, je mets mon nez dans tous les dossiers, dans tous les fichiers, et puis ça m’intéresse trop. Je me dis, comme ça s’il y a un problème un jour (ndr : d’informatique) au moins je sais le régler alors j’explore un peu partout ».

Elsa aimerait aussi aller à l’ECG, section sociale : « j’aimerais faire éducatrice de la petite enfance aussi mais plutôt crèche. J’adore les enfants, les petits. Des fois ça ne va pas très bien mais la plupart des enfants je m’entends bien avec eux. »

Soraya explique que pour faire baby-sitter, il faut un diplôme de la Croix-Rouge, qu’on peut le faire p.ex. en 2-3 semaines de cours pendant l’été et qu’ensuite ça permet d’avoir un petit boulot pour gagner un peu d’argent (ndr : de poche). Elsa pense que 7 années d’études encore à faire pour être éducatrice de la petite enfance « ce n’est pas trop long si c’est le métier que je veux faire ».

Karen ajoute qu’elle aimerait être directrice de crèche. « Mais cuisinière j’aime bien aussi. Mais il y a un truc qui est chiant en cuisine c’est qu’il faut que tout soit parfait ».

Soraya rétorque : « la cuisine, si tu veux bien être engagée et tout, il faut bien faire ton boulot, c’est comme dans l’horlogerie. Dans les trucs comme ça, si tu fais bien ton boulot, tu te feras connaître et si tu le fais pas bien tu resteras dans ton coin. Dans le milieu de l’horlogerie si on fait bien son boulot et tout, on va être appelé dans plein de petits boulots à faire, on va être connu. Mais si on fait mal son boulot, tout le monde le saura. C’est un métier à risque quand même, pour sa place ».

Marine : « s’il n’y a pas de risque, ce n’est pas drôle ».

Vos familles, elles font quoi pour vous aider à réussir à l’école ?

Karen : « ben nos familles, elles veulent notre bonheur, quand on a besoin d’aide on peut poser des questions. En tout cas moi, ma mère elle m’aide. Mon père à l’école c’était une pie, et puis ma mère elle m’aide ».

Mélanie : « moi je n’en ai pas vraiment besoin mais bon, ma mère elle m’a dit si tu as un problème, je prends la répétitrice même si c’est 30 balles par semaine, ce n’est pas grave je t’en prends une et tout. Mais bon, comme je n’en ai pas besoin … ». Ces copines disent « tant mieux, hein ».

Karen ne veut pas d’une répétitrice.

Soraya : « vu que je ne vois pas trop ma mère, je ne peux pas trop réviser avec elle. Et puis elle est souvent occupée quand je suis à la maison. Mais autrement, si j’ai ma grand-mère qui est là, il y a aucun problème. Je peux lui poser des questions. Bon peut-être pas en math mais point de vue français et tout, allemand non-plus, ça c’est plutôt ma mère. Mon frère m’aide pour les maths. Et puis si j’ai un petit problème, un truc que je ne comprends pas, je demande à mes amis et puis ils m’expliquent. »

Marine : « j’ai la chance d’avoir un père et une mère qui se complètent assez. Bon, je les vois pas tout le temps parce qu’ils sont divorcés, mais mon père il est fort sur beaucoup beaucoup de matières. Il est super intelligent ; bon, c’est assez démoralisant des fois. Il donne l’exemple comme ça et je me dis, jamais je vais y arriver. J’ai de la chance qu’il me booste pas mal mais j’ai intérêt à faire mes devoirs parce que sinon c’est, c’est la fin de ma vie » (ndr : rires des autres filles). Marine n’est pas punie lorsqu’elle ne fait pas ses devoirs mais « c’est une espèce de rancœur intérieure qu’il t’envoie à la tête. Tu te rends compte que tu fais n’importe quoi. Après il te fait la gueule pendant trop longtemps. Il te parle mais c’est pas comme si on te gueulait dessus. C’est pire encore parce qu’il ne te gueule pas dessus justement. Il me culpabilise à fond, c’est horrible. »

Karen : « ben moi, en fait maintenant ils ont un peu l’habitude (ndr : petits rires des autres). Ils ont gueulé, gueulé et ils m’ont fait la gueule. Maintenant j’essaie de me calmer là, comme j’ai la retenue ».

Soraya : « j’ai eu une annotation de comportement, devoir non fait et tout. Si ma mère voit que j’essaie de rattraper, que je vais à des appuis, à des dépannages et tout, ça passe. Mais si elle voit que j’ai rien fait entretemps, elle me punit, elle me prive des choses que j’aime. Elle s’est dit en fait qu’en me privant des choses que j’aime, je ferai plus du travail et tout et tout. Alors que ce n’est pas forcément ça. Puis surtout quand j’ai des annotations, c’est pas parce que je n’ai pas fait mes devoirs mais juste parce que je ne les ai pas faits exactement comme le prof il voulait, des choses comme ça. »

Elsa : « ben moi ma mère elle veut que je réussisse dans mes études donc elle me conseille d’aller au dépannage, aux appuis. Elle me paie une répétitrice une fois par semaine une heure. Donc j’essaie de faire des efforts pour qu’elle soit heureuse de moi, mais … je ne sais pas …c’est pas facile. Et puis il y a des matières où je suis vraiment nulle. J’essaie de m’améliorer mais je n’y arrive pas, je ne comprends pas. Des fois ils ne comprennent pas ça (ndr : mes parents) donc ils me gueulent un peu dessus. »

Karen : « les parents ils veulent toujours qu’on leur fasse plaisir mais des fois ce n’est pas possible, des fois c’est dur. » « Les parents ils veulent toujours qu’on soit mieux que eux quand ils étaient petits. » L’approbation est générale : « ouais, c’est clair ».

Mélanie : « mon père c’était le caïd de l’école, il ne faisait que des conneries, donc heu ».

Karen : « moi mon père il tapait tout le monde ».

Soraya : « Il y a des parents, ils nous poussent toujours à faire le maximum qu’on peut mais si on se donne toujours bien comme il faut, qu’on a des notes moyennes et tout, ça va. Nos parents ils veulent qu’on se donne à toujours 110% tout le temps, tout le temps. Moi j’ai eu un retard d’acquisition de lecture, cette année c’est la première fois que je suis promue normalement. Normalement je suis promue par tolérance, alors je suis très fière de moi. Nos parents ils veulent toujours qu’on se donne à 110% puis à un moment on arrive à la fin de l’année, les 110% on les a donnés toute l’année, on n’a plus envie de travailler, on ne travaille plus, et puis là c’est la chute libre. Alors je me dis que cette année je reste niveau normal, j’ai des bonnes notes même assez souvent, je peux avoir des 6, très bien normal ; comme ça c’est bien parce que je travaille quand même sans trop travailler. »

Elsa : « tu fais le minimum. »

Soraya : « non, quand même, je fais le juste milieu ».

Vous pensez que vous ferez un seul métier dans votre vie ou bien plusieurs ?

Elles répondent toutes spontanément que probablement elles feront plusieurs métiers.

Marine : « je pense que je vais vraiment m’ennuyer, après je vais devoir changer. Je ne suis pas constante en général. »

Karen : « moi j’aime bien changer d’air ». Toutes sont d’accord.

Soraya : « ouais moi aussi j’aime bien bouger ».

Mélanie : « je vais faire informatique. Si c’est rester enfermée dans un bureau toute la journée, peut-être pas (ndr : que je ferai toujours le même métier). Peut-être que je vais m’en lasser, que je vais changer un peu. »

Soraya : « peut-être que tu ouvriras ton propre magasin d’informatique ». Marine : « je pense que d’avoir un bon boulot, puis après d’en faire un moins bon, ça nous met en valeur. Parce qu’on se dit ouais, j’en ai fait un bon, même si maintenant on en fait un mauvais, on se dit je pourrai toujours en faire un meilleur après ».

Vous espérez avoir une famille un jour ?

Enoncée comme d’une seule voix, la réponse est affirmative. Soraya : « moi c’est mon rêve ».

Marine : « avoir une bonne famille, c’est juste pas possible, ça n’existe pas ».

Mélanie : « c’est mieux que d’être seule, toujours toute seule ».

Soraya : « pour moi de donner la vie c’est essentiel. On est là pour ça et puis c’est magnifique de donner la vie. Bon d’accord, il faut trouver la personne, mais bon. Il y a toujours des possibilités d’avoir un enfant, même d’adopter ».

Marine : « adopter, ouais. Adopter ce serait déjà bien parce qu’on est déjà assez sur terre et puis pour s’occuper des enfants qui sont mal ».

Mélanie : « et vider un peu les orphelinats parce qu’ils sont de plus en plus à mon avis (ndr : les enfants mal) ». Toutes sont touchées par les enfants qui vont mal et se disent que l’adoption c’est bien pour ça et pour ceux qui ne peuvent pas avoir d’enfant.

Elles aimeraient toutes plusieurs enfants.

Karen : « il faut un chiffre pair d’enfants. Si tu as un chiffre impair et qu’il y en a deux qui se disputent, après il y en a un qui se retrouve tout seul et les deux autres qui restent ensemble ».

Soraya : « ça c’est moche ».

Marine : « ouais, c’est vrai. Et puis surtout entre ma sœur et mon frère c’est assez … enfin moi j’ai 7 ans d’écart avec ma sœur et 6 avec mon frère. Moi je trouve que c’est beaucoup trop. J’ai des amis qui partent avec leurs frères et sœurs faire plein de choses ensemble et moi avec ma sœur … elle a 23 ans, alors voilà. »

Elsa : « ouais je trouve que c’est trop grand l’écart ».

Soraya aimerait deux enfants « parce que comme ça il n’y a pas la crise de l’enfant qui est seul, qui veut toujours tout, qui a des crises pour rien. Ca je ne veux pas, je ne supporterais pas. Déjà quand on fait des crises de jalousie ou des trucs comme ça, ou parce qu’on leur dit non pour quelque chose, ça je déteste. Je pète un plomb »

Mélanie : « ce qui m’énerve quand il y en a deux, c’est que quand tu achètes quelque chose à un, l’autre il veut forcément exactement la même chose ».

Comment il faut éduquer ces enfants, qu’est-ce qui est important dans l’éducation ? La première réponse spontanée est le respect, la deuxième « qu’il ne soit pas égoïste. ». Tout le monde est d’accord.

Soraya : « moi je dis qu’il faut être sévère mais juste. S’il fait une bêtise, je ne serai pas pareil à faire comme ma mère elle fait avec moi. Je l’engueulerai pas tout de suite, je lui ferai comprendre. Peut-être que je le punirai, mais d’abord je lui fais comprendre. Il s’exprime, je m’exprime et après c’est la punition ». Rire général.

Marine est d’accord avec Soraya et elle ajoute : « mon frère, il n’a pas appris le respect et c’est insupportable. Ca fout la m… dans la maison, c’est horrible. Moi c’est le respect, la justice et puis l’amour et l’égalité. »

Soraya : « tout le monde fait des bêtises mais il faut assumer après. On a le droit des faire des bêtises, des énormes conneries. D’accord, après on risque de se faire saquer un petit peu mais le principal c’est qu’ils assument, qu’ils ne mentent pas, parce que le mensonge c’est aussi un truc que je ne supporte pas. »

Karen : « ma mère c’est comme ma meilleure amie, je lui dis tout. A part un truc que je peux vraiment pas lui dire mais autrement je lui dis tout ». Je demande à Karen comme sa mère réagit lorsqu’elle fait une bêtise : « ben ça dépend. Si elle est grave et bien ça va. Par exemple hier j’ai cassé un truc. Et puis j’ai vite tout nettoyé, passé l’aspirateur pour pas que ça se voie, mais après je lui ai dis. Elle ne m’a pas engueulée. Elle m’a dit je suis contente que c’est toi qui l’ait dit. »

Soraya : « faute avouée, faute à moitié pardonnée ».

Mélanie : « c’est impossible de mentir. Quand je mens et bien je rigole ».

Soraya : « ouais c’est impossible de mentir aux personnes qui me connaissent. A des inconnus j’arrive. Avec quelqu’un que je connais je n’arrive juste pas ».

Elsa : « moi je mens mais je n’arrive pas moi aussi à mentir. Quand je regarde ma mère et que je lui mens et bien elle le sait tout de suite. Donc ça ne sert à rien de mentir ».

Pour avoir une famille, il faut un mari, un compagnon, qu’est-ce que vous pensez de cela ?

Les réponses spontanées semblent évoquer que c’est la partie la plus délicate de l’aventure familiale.

Marine : « moi je crois que je vais le fabriquer parce que … ». Rire général.

Karen plaisante en disant que le mari fabriqué fera tout.

Marine : « non, non. Ca ce n’est pas l’homme parfait. L’homme parfait il est chiant mais cool en même temps, il est bien. Mais s’il est trop bien, non, non. »

Soraya : « c’est bien de s’engueuler de temps en temps, c’est marrant ».

Mélanie : « ça met du piment. Et puis, après la réconciliation c’est beaucoup mieux ».

Marine : « ouais … enfin ça dépend ».

Qu’est-ce qu’il devrait avoir ce mari, d’important pour vous ?

Marine : « si possible riche (ndr : elle rit) ». Ses copines acquiescent en riant.

Mélanie : « moi le physique ça ne m’intéresse pas trop, surtout c’est sa personnalité, en fait ».

Elsa : « moi c’est la confiance parce que dans un couple s’il n’y a pas la confiance ça sert à rien de rester ensemble. Parce qu’après à chaque fois qu’ils sortent c’est … qu’est-ce que tu vas faire ? C’est pas une vie. »

Mélanie. « réussir à avoir confiance en lui. Il faut savoir qu’il peut assumer ses responsabilités ».

Karen : « il faut qu’il t’aime comme tu es, parce que s’il sort avec toi juste parce que t’es bonne (ndr : ton dédaigneux employé pour ce terme) ». Rires et approbations. Elles disent que « t’es bonne » c’est le langage des mecs d’aujourd’hui.

Marine réagirait ainsi avec un mari qui aurait une telle attitude : « t’es mon mari, toi ? Casse-toi ». « Ce que je déteste c’est les mecs qui sifflent ».

Soraya : « au suivant (ndr : de mari) ».

Elsa : « c’est pas le physique qui compte mais la personnalité ».

Marine : « il faut qu’il soit beau aussi ».

Soraya : « c’est vrai, il y un petit peu de physique qui compte quand même ». Toutes approuvent.

Karen : « un mec qui se lave jamais (ndr : sous entendu berk) ».

Mélanie : « moi je le balance dans la baignoire. »

Marine : « moi je pense que comme femme je serai autoritaire ».

Karen : « nous, ça va être le contraire, les femmes se rebellent ».

Marine : « c’est nous qui allons être dans notre canapé, on va boire des bières et tout ».

Soraya : « à regarder les matchs de foot ».

Marine : « par exemple, chéri, j’ai soif ».

Ce serait important pour vous que votre mari s’occupe un peu du ménage ? Cette question déclenche des réponses d’approbation en même temps.

Soraya : « surtout le principal c’est d’avoir des points en commun avec la personne avec qui on est. Si on n’a pas de points communs, ben c’est la mort quoi. On reste juste chez nous à regarder la TV et puis le soir on lit un livre sur la table de nuit ».

Concernant la préférence de sexe de leurs futurs enfants, certaines préfèrent avoir garçon et fille, « le choix du roi », pour d’autres c’est indifférent.

Marine : « ouais, un de chaque. Avec le frère plus grand de préférence. »

Soraya : « non, c’est très dur pour la fille ». Marine : « ouais, mais moi j’ai une grande sœur alors je préférerais avoir un grand frère ».

Karen : « je te passe mon frère, tu me passes ta sœur ».

Mélanie : « j’aurais une fille ou un garçon, je l’aimerais tout autant de toute façon ». Toutes approuvent.

Marine : « ouais, c’est clair. Moi (ndr : ce que j’ai dit) c’est ce que j’ai envie mais après si c’est autre chose ça va. »

Soraya : « de toute façon on change toujours. Ma mère elle ne voulait pas d’enfant, maintenant elle en a deux ».

Mélanie : « si j’ai une fille, je refuse qu’elle devienne une pouf ». Rires et approbations.

Soraya : « ça c’est clair, l’éducation avant tout, mais alors les filles qui mettent des trucs taille basse, qui montrent leur bide … »

Mélanie : « ce matin en classe … ».

Marine : « ouais comme les filles dans notre classe, bon ben voilà, hein (ndr : appréciation négative) ».

Mélanie mentionne une camarade qui se met du vernis en classe. Karin : « ça sentait trop fort, comment tu veux ne pas te faire pécho (ndr : attraper) »

Mélanie : « je ne supporte pas, déjà normalement tu viens en classe pour étudier ».

Soraya : « en tenue correcte ».

Mélanie : « d’accord, tu peux parler et tout (ndr : en classe) mais se maquiller c’est aller trop loin ».

Soraya : « aussi il y a des filles, quand elles s’asseyent ou quand elles se baissent, on voit certaines choses et je trouve que c’est pas correct du tout. Si je serais prof moi, ce serait fini quoi, tu sors de mon cours, sinon tu remontes ton pantalon. »

Karen : « ou bien même si elles s’habillent bien, des fois je trouve que par exemple il y a des filles elles se font toucher par tous les garçons et elles se laissent faire ». Ses copines sont d’accord avec elle.

Soraya : « ça c’est une fille qui n’a pas de caractère, facile ». Une fille « trop facile » reprennent-elles en cœur.

Karen : « qui va mal finir dans la vie ».

Soraya : « trottoir … Non c’est peut-être un préjugé un peu trop gros mais disons que ces filles comme ça on voit les problèmes avec la drogue, les choses comme ça, le cannabis. Maintenant, aujourd’hui, c’est ahurissant le nombre de jeunes qui fument ».

Mélanie : « ben là, au Marais, chaque matin, c’est t’as une garrot, t’as une garrot (ndr : une cigarette) ».

Soraya : « ben moi une fois, je passais comme ça et tout à coup on me fait : hé, t’aurais pas des clopes. »

Extraits sur le thème de l’importance des amis : Toutes disent que les amis c’est très important et ça le sera toujours.

Soraya : « il y aura toujours de la place pour les amis ».

Elsa : « si un mec il me demande de choisir lui ou mes amis, et bien je préfère choisir mes amis parce qu’après il te pose, il te lâche et tu te retrouves toute seule ». Elles sont d’accord sur l’importance de ne pas se retrouver toute seule.

Soraya : « moi je dis que la personne qui te demande de choisir entre quelqu’un et quelqu’un, c’est qu’elle ne t’aime pas réellement. S’il t’aime, c’est qu’il veut ton bonheur, donc logiquement il ne te dira pas choisi entre elles et moi ». Toutes sont d’accord avec ça.

Marine : « ou si tu m’aimes fait ça. (Ndr : Dans ce cas c’est) au revoir ». « Je ne supporte pas le chantage ». Ses copines également.

Soraya : « moi mon frère il est égoïste, mais alors un truc de malade. Il est avare avec les autres ».

Mélanie : « moi quand quelqu’un me demande quelque chose, je me sens toujours obligée de dire oui ».

Voix non identifiée : « moi aussi ».

Karen : « des fois quand j’ai ma dose, je fais (ndr : geste qui indique que l’autre doit s’en aller), désolée ».

Soraya : « moi je suis tellement généreuse. J’avoue que je le suis trop. Par exemple il y a le boulanger qui vient (ndr : à l’école). Quand j’ai un peu d’argent en plus, j’offre un pain au chocolat à quelqu’un que j’aime bien ».

Est-ce qu’il faut passer à l’église ou bien pas pour se marier ?

Soraya et Marine se disent « athées » et elles ne veulent pas se marier officiellement à l’église. Elsa est catholique et son mariage sera à l’église.

Soraya : « moi, je dis le mariage c’est important mais il faut avoir quelques années de vécu avant le mariage ».

Marine : « je vais me marier à la mairie et après je ferai un faux mariage à l’américaine, avec tous mes amis. » « Le vrai mariage américain on va tous à l’église, dans une grande église, bon je ne pense pas que je ferai ça dans une grande église car je trouve ça lugubre, avec tous les gens de la famille et puis les mariés au milieu avec le prêtre. Mais le prêtre ce sera un ami à moi ».

Soraya : « moi je ferai le mariage à la mairie et puis après je louerai une grande salle et on fête le mariage ».

Karen : « moi tout ma famille elle est croyante. Bon moi j’avoue, je crois vraiment à rien, à Dieu, voilà. Pourquoi un homme serait puissant ? Alors franchement, moi j’y crois pas mais des fois, j’avoue, j’aime bien prier (ndr : petits rires de Marine). Mais voilà, moi au moins il est obligé de faire sa première communion. Après il fait ce qu’il veut. » Plusieurs ont fait leur communion puis elles se sont arrêtées là car « après il y en a marre » (Mélanie).

La mère de Soraya s’est mariée dans une mosquée car son mari est musulman.

La mère de Marine est catholique et son père protestant alors ils ont inscrit leurs enfants comme sans religion « parce que comme ça c’est moi qui choisi ma religion ».

Ce futur mari, il pourrait venir d’Onex ou plutôt pas ?

Marine : « de n’importe où, tant qu’il est bien, je m’en fous ».

Karen espère que ce soit un italien : « bon, en fait je m’en fous un peu mais je préfère qu’il soit italien ».

Soraya : « moi je dis de pas trop loin. Pas d’Amérique, car je veux pas de relation à distance ».

Mélanie : « que le gars il vive pas trop loin de chez soi pour pas avoir un trop long chemin à faire pour aller le voir ».

Karen : « je préfère pas avoir un copain dans l’école. Bon, si j’en ai un dans l’école tant mieux mais je préfère pas. Comme ça tu as ton petit univers avec tes amis, tranquille ».

Mélanie : « si t’as un copain t’es obligé de passer toutes les pauses avec lui. »

Il serait où idéalement le logement de votre famille ? Plusieurs aimeraient vivre dans une maison.

Soraya : « pas forcément une maison mais un appartement sur deux étages ». Plusieurs sont d’accord.

Marine : « moi je kifferais d’habiter en Indonésie, dans un pays comme ça, dans une maison où c’est ouvert partout. Le problème des pays froids, c’est que tout est fermé, chacun vit dans sa maison. »

Karen : « j’aimerais bien vivre en Italie mais je préfère vivre en Suisse car c’est là que je suis née et où j’ai grandi. J’aimerais bien une petite maison mais il faut l’argent. Sinon, comme Soraya, dans un appartement à étage. Tant que je suis bien là où je suis ». « J’aimerais bien plutôt habiter à Lausanne et travailler à Genève parce qu’à Genève tu gagnes plus et à Lausanne c’est moins cher. »

Soraya : « ouais, mais il faut faire les allers-retours, comme l’ami de ma mère ».

Elsa : « j’aimerais bien aller habiter au Portugal mais vu que là-bas la vie elle n’est pas facile, du coup je pense peut-être vivre ici. Je ne sais pas. Je n’ai pas encore trop d’idées ». « J’ai toute ma famille là-bas (ndr : au Portugal) donc je serais plus proche d’eux. »

Karen : « en Italie, là-bas, j’aimerais bien vivre mais c’est insupportable, ils sont impolis les gens. Ils savent pas conduire. En plus il y a que des vieux, ils sont devant leur petite porte, assis sur leur chaise, et ils te regardent passer. » Rires de l’assemblée.

Mélanie : « attend, tu vas en Espagne, il faut que tu fasses attention aux gens qui conduisent parce que je crois qu’ils voient pas qu’il y a des feux rouges. Ils vont trop vite, tu dois courir pour arriver de l’autre côté ».

Karen : « en Italie si tu conduis à la Suisse, t’es mort. T’es obligé de faire comme eux. »

Vivre à Onex par exemple dans un appartement, ce serait quelque chose d’envisageable ? Les réponses spontanées sont plutôt un oui timide.

Soraya : « ce n’est pas bien de vivre en ville parce qu’il y a trop plein de choses pas nettes en ville. Tandis que dans les campagnes, enfin, juste après la ville, comme Onex, Thônex, il y des choses qui sont bien, des petits quartiers. Bernex aussi. » Ses copines pensent qu’en ville il y a trop de bruit, de bouchons, de voitures.

Marine n’aimerait pas vivre à Onex.

Mélanie : « vivre sur Onex avec des enfants c’est peut-être moins dangereux que vivre en ville parce qu’en ville t’as pas vraiment d’espace pour les enfants. Tu as directement les immeubles, le trottoir et la route. Sur Onex ou Bernex, t’as souvent les immeubles et des petits parcs à côté. Il n’y a pas directement la grande route. »

Soraya : « moi je me verrais bien vivre au Grand-Lancy parce que j’ai un peu vécu là-bas chez ma grand-mère. Grand-Lancy c’est je trouve un beau quartier. A part l’Etoile-Palette, bon à mon avis, si on habite un peu plus loin, il n’y a pas trop de souci ».

Marine ne veut pas vivre à Onex parce qu’ « il n’y a rien ici ». Ses copines sont d’accord sur le fait qu’il n’y a rien à Onex. Voici une synthèse des échanges à ce propos. « A part le sport, les amis, la maison pour les jeunes et l’Up-ados, il n’y a rien ». Sinon il y a « plein de trucs pour les touts petits. »

Mélanie est la seule inscrite à l’Up-ados où « tu y fais rien. » L’Up-ados c’est bien « à 16h quand tu ne veux pas rentrer chez toi parce que tu es de mauvaise humeur ». « A part les personnes âgées, c’est mort. » « Il y a trop de vieux ». « Le week-end il n’y a personne » à Onex. « A la Servette je rencontre plein d’amis ». Pratiquement tous les jeunes d’Onex « sont à Balexert, à La Praille ou en ville. » « Pour acheter un truc, on doit aller en ville ». Ca fait « une demi-heure de bus et deux fois trois francs, c’est cher. » « Il y a beaucoup de bus qui ne vont pas là où on veut ». Onex « c’est un peu le coin où c’est la fin de la ville et le début de la campagne » donc « il n’y a personne qui vient là. » Il faudrait que « ça fasse plus actif », qu’Onex puisse « attirer les gens. » Il n’y a pas de cinéma, pas de boutiques, un centre commercial serait bien.

A Onex « il y a des fous », « des gens chelous ». « Un gars m’a terrorisée à 6h du matin, il était en jupe, vers le bois », « il me fait peur à chaque fois que je le croise ». « Il y a la folle de la Migros qui crie avec son caddie ». « Une dame qui m’a appelée Cléopâtre », une autre « qui parlait aux pigeons ».

Concernant les jeunes, elles trouvent qu’il y en a pas mal « qui trainent », « qu’on n’a pas envie de croiser ». « Presque tout le monde se connaît mais plein de gens ne s’aiment pas entre eux ». « Vu que tout le monde se connaît, ça fait des monstres rumeurs, tout le monde s’y met ». « Il faut dire qu’il y a des gens qui passent inaperçus aussi ».

Observations et critiques sur le déroulement de l’entretien :

La communication, les interactions verbales ont été très bonnes lors de cet entretien. Tout le monde était assez à l’aise pour s’exprimer abondamment, sauf peut-être Elsa qui était un peu plus en retrait. L’entretien de groupe prend tout son sens lorsqu’il se déroule ainsi. Lors de chaque thème les échanges ont été nombreux. Les propos de chacune sont affinés et nuancés par les autres. Les points d’accords et de désaccords apparaissent. Cela permet de se faire une bonne idée des dimensions tant communes que particulières de chaque représentation évoquée.

Mon rôle c’est essentiellement limité à guider l’entretien d’un thème à l’autre, à le recentrer, à reformuler un énoncé peu clair dans un but de meilleure compréhension ou encore à donner la parole à celles qui la prenaient moins. Je n’ai pas eu besoin de poser constamment des questions pour que des échanges se produisent. De plus, étant donné que c’était mon troisième entretien, j’étais bien plus à l’aise tant sur le plan de la qualité de contact que sur celui du canevas d’entretien. J’ai de plus eu un réel plaisir à observer et écouter ces cinq jeunes filles, pleines de vie et d’énergies positives, raconter des tranches de vies parfois heureuses et d’autres fois plus difficiles, le plus souvent avec un regard acéré.

 
Images jointes à cet article :
Sortie de classe au cycle des Marais
  • Titre : Sortie de classe au cycle des Marais
  • Descriptif : Adolescents sortant des cours à midi
  • Taille : 800 par 600
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