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Qu’est ce que la jeunesse ?

Vous avez dit jeunesse ?

La jeunesse est un terme courant, largement et fréquemment employé. Cependant, il n’est pas aussi aisé qu’il en paraît au premier abord de définir la notion de jeunesse et de préciser les différentes dimensions sociales qu’elle recouvre.

Il est communément admis que la jeunesse représente une période de transition située entre l’enfance et l’âge adulte ou de la maturité. Mais à quel âge est-on adulte ou mature ? La faculté de procréer et l’accès à la majorité civique à dix-huit ans, attributs d’adulte, ne surviennent pas aux mêmes âges. Issue de la période de puberté, la « maturité » sexuelle n’octroie d’ailleurs pas au jeune un statut d’adulte. L’autonomie, l’une des caractéristiques de la vie d’adulte, n’offre également pas un repère temporel clair et unique qui délimite la fin de la période de jeunesse. En effet, accéder à un premier emploi avec pour finalité l’indépendance financière ou quitter le domicile familial pour son propre logement se réalisent à des âges divers. Dans le présent contexte de l’allongement de la durée des études, de conditions parfois précaires de premier emploi ou d’emploi ou encore du manque de logements disponibles, c’est parfois à l’âge de trente ans que l’on accède à une pleine autonomie ou indépendance. Aujourd’hui, des personnes entre vingt et trente ans « témoignent de comportements et de valeurs autrefois associés à une période proche de la puberté ; ils ne veulent pas « grandir » et revendiquent une éternité de « fête » (…), une volonté farouche de s’accrocher à une posture ludique en affichant « le refus de se prendre la tête » [1] . Ces individus ainsi décrits soulignent le fait que la maturité, notion par ailleurs complexe, ne tient pas à l’âge. La maturité me semble plutôt représenter une évolution constante, un état idéal jamais atteint comme le relèvent ces adultes qui consacrent du temps à une démarche de « développement personnel » jusqu’à un âge parfois avancé. Déterminer l’âge biologique auquel la jeunesse se termine ou auquel la vieillesse commence est arbitraire (Bourdieu, 1978).

Selon ce sociologue, « la frontière entre jeunesse et vieillesse est dans toutes les sociétés un enjeu de luttes (…), de division (au sens de partage) des pouvoirs » [2] . Dans le contexte de l’emploi par exemple, les jeunes vont tenter de prendre des positions professionnelles aux travailleurs plus âgés qui essaieront eux de conserver leurs postes. Les représentations associées à l’un ou à l’autre de ces deux groupes sont alors mises en jeu dans le but de remporter la partie. A la vigueur de la jeunesse ou à sa créativité, est opposé son inexpérience ou son idéalisme. Les attributs prêtés aux jeunes (ou aux plus vieux) sont ainsi pourvus d’enjeux.

La période de vie de jeunesse, tout comme celle de l’enfance, représente également un enjeu de transmission de la culture. Les cadres de socialisation que sont la famille, l’école, les pairs ou l’univers professionnel sont des vecteurs de transmission culturelle. Toutefois, les jeunes ne sont pas seulement imprégnés par la culture du monde des adultes. Ils s’identifient à des mouvements culturels qui leurs sont propres et qui s’opposent au monde des adultes. Parfois ils prennent part à ces productions culturelles (films, musique, langage, etc.), comme lorsque des copains constituent leur groupe de Rap ou de Hip-hop et écrivent des textes qui s’opposent au mode de vie des adultes, à certains traits de notre société. « Pasquier (2005) soutient que dans un contexte de diminution de socialisation normative de l’école ou de la famille, cette culture commune (ndr : de la jeunesse) organisée autour de la musique, de la télévision, d’internet ou encore des jeux vidéos n’a jamais été aussi « prolifique », mais dans le même temps qu’elle n’a jamais « autant échappé au monde des adultes, ni n’a été aussi organisée par l’univers marchand » (Pasquier, 2005, p. 27) » . Selon Michel Vuille, sociologue qui est intervenu le 13 octobre 2008 dans le cadre d’un cours de la HETS, c’est dans les années 50 que se situe l’avènement d’une jeunesse qui s’exprime. En 1968, une partie de la jeunesse du globe communique un désir de libération, d’émancipation, de devenir maître de sa propre vie. Aujourd’hui, la jeunesse est confrontée à un monde d’adulte sur lequel elle n’a que peu de pouvoir.

Quatre jeunes
La jeunesse ?

Pour Bourdieu (1978), bon nombre « de conflits de générations sont des conflits entre des systèmes d’aspirations constitués à des âges différents ». Alors qu’une génération doit lutter pour gagner une conquête sociale (au sens large) ou matérielle, la génération qui suit l’obtient sans besoin de combattre, par héritage en quelque sorte. Cependant, ce qui semblait vrai en 1978 ne l’est peut-être plus actuellement en ce qui concerne le domaine socio-économique. Dans le contexte d’une recherche portant sur la violence des jeunes à Genève, Vuille et Gros (1999) soulignent en effet que « depuis le milieu des années 90, les générations de jeunes qui se succèdent sont en position d’avoir des conditions socio-économiques moins favorables que celles des générations de leurs parents » [3]

Les classes ou groupes sociaux en phase de « déclin social », « de perte de pouvoir social », comme le vit par exemple une partie de la vieillesse, « sont contre tout ce qui change, tout ce qui bouge ». Ils sont donc souvent contre les jeunes parce qu’eux-mêmes « n’ont pas d’avenir, alors que les jeunes se définissent comme ayant de l’avenir, comme définissant l’avenir » (Bourdieu, 1978). Les jeunes ont ceci en commun que leur avenir est devant eux, qu’ils se développent dans le contexte sociale, économique et politique de leur époque ce qui produit des inégalités avec les autres générations qui ont vécu une jeunesse sous d’autres auspices. Reste que le nombre singulier attribué par la langue française au terme « la jeunesse » cache la pluralité, la diversité de cette jeunesse ; ces « différentes façons de vivre sa jeunesse » (Wicht, Christ, Chuard, 2008) et de se projeter dans l’avenir que nous avons pu observer au cours de notre enquête sur la commune d’Onex.

Christophe Amos
 

[1] Ouvrage collectif dirigé par LE BRETON David, « Cultures adolescentes : Entre turbulence et construction de soi », Paris, Editions Autrement, collection Mutations no. 247, 2008, p. 6 »

[2] BOURDIEU Pierre, « Entretien avec Anne-Marie Métailié », in Les jeunes et le premier emploi, Paris, Association des Ages, 1978, pp. 520-530. Pages consultées in Le Magazine de l’homme moderne, http://www.homme-moderne.org/societe/socio/bourdieu/questions/jeuness.html, le 15 décembre 2008

[3] WICHT Laurent, CHRISTE Etienne, CHUARD Catherine, « Recherche-action sur la question de la jeunesse à Versoix : Une Jeunesse versoisienne ou différentes façons de vivre sa jeunesse, rapport final », Genève, HETS-IES, mars 2008, p.13.

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