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Le local : Mythe ou réalité ?

Pourquoi ce thème ?

Au travers de nos divers entretiens avec les jeunes ainsi qu’avec les professionnels, nous avons remarqué que la question d’un local était récurrente. Il s’avère que sur Onex, il y a peu de lieux abrités et chauffés destinés aux jeunes, en dehors du local en gestion accompagnée [1]. En effet, de part et d’autre, lorsque nous les avons questionné sur « quels seraient les besoins de structures pour les jeunes de plus de 18ans ? », la plupart des personnes interviewées nous ont parlé d’un local, avec des avis divergents.

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Qu’est ce qu’un local en gestion accompagnée ?
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Propos recueillis sur le terrain :

Au travers de nos divers entretiens, nous avons rencontré des personnes qui se positionnaient en faveur d’un local pour les jeunes et d’autres qui étaient opposés à la création de cette structure. Nous pensons qu’il est intéressant de comparer ces avis divergents avant de se plonger dans l’analyse de notre étude.

Voici les propos de personnes qui se positionnaient contre un local pour les jeunes.

D’une part, un travailleur social que nous avions interrogé avançait un argument clair, qui était que la création de structures ouvertes en soirée, comme un local en gestion accompagnée, n’allaient pas « aider les jeunes à aller vers l’autonomie . Ce n’est pas la solution à la problématique des jeunes d’aujourd’hui ». Pour ceux qui n’ont pas de travail, ou qui ne sont pas en processus de formation, ce n’est pas les aider que de leur mettre un local à disposition pour leurs soirées. « Cela ne va pas aider les jeunes à trouver du travail ! »

Un commerçant disait qu’il était d’accord sur le fait que ces jeunes avaient besoin d’un lieu approprié, mais que les locaux en gestion accompagnée n’engendraient qu’une « stigmatisation de ces jeunes ». En allant dans ce type de local, ces jeunes sont reconnus comme étant des « zonards ». Durant l’entretien, cette personne nous disait qu’il fallait trouver le juste milieu entre les commerces et les locaux. L’exemple d’une buvette est avancé. « Il ne faut pas oublier non plus que les jeunes veulent se sentir libres de choisir l’endroit qu’ils veulent occuper ».

Ces deux avis démontrent un positionnement plutôt contre la mise en place d’un local, car cette démarche ne signifie pas à leurs yeux, une solution pour ces jeunes occupant l’espace public.

Paysage onésien

Au cours de la recherche sur le terrain, nous avons remarqué que divers acteurs se positionnent en faveur d’un local.

Ces acteurs sont tout d’abord les jeunes eux-même qui revendiquent clairement le besoin de se retrouver entre amis dans un espace qui leur appartiendrait. En effet, les jeunes occupent actuellement les espaces publics, par manque d’autres lieux. Mais ces regroupements de jeunes provoquent parfois des tensions et ne sont pas bien vus par la population onésienne. « On aime bien venir ici. On n’a pas de local, alors faut pas se plaindre qu’on reste là », nous dit un jeune rencontré à la Calle. Bien qu’ils apprécient les lieux publics investis actuellement, un local leur permettrait d’avoir cet espace légitime de regroupement entre amis. Ce besoin s’est fait ressentir par les différents groupes de jeunes rencontrés à la Calle et au Parc de la Mairie, par le biais de revendications, « On a rien, on veut tout ». Pour eux, leur demande paraissait claire et il leur semblait injuste que rien ne soit mis en place par les autorités. Toutefois, nous avons eu des difficultés à saisir la manière dont ces jeunes ont déposé leur demande de local. Ils nous ont dit qu’ils avaient envoyé un courrier à la mairie, mais que cela n’avait jamais donné suite.

Certains professionnels rencontrés sont également de l’avis des jeunes. Nous avons rencontré un commerçant qui travaille à proximité d’un lieu de rencontre des jeunes. Son commerce est souvent victime de dommages (vols, graffitis, déchets) causés par les jeunes lors de leurs rassemblements. Pour lui, « les jeunes se sont appropriés cet espace, mais ils le détruisent plus qu’ils ne l’entretiennent ». Ce commerçant se positionne ainsi favorablement à un local pour les jeunes. Pour lui, une telle structure leur permettrait d’avoir un endroit véritablement à eux, qu’ils devraient entretenir. Cela leur ferait prendre des responsabilités par rapport à la gestion de ce lieu. Pour ce commerçant, une solution intermédiaire, telle les locaux en gestion accompagnés n’est pas véritablement efficace. Pour lui, les autorités doivent pouvoir faire confiance aux jeunes en les laissant instaurer leurs règles et en les responsabilisant. Nous avons également rencontré un agent de sécurité qui met en avant le fait qu’il n’y a pas d’espaces de rencontre légitimes pour les jeunes à Onex, en dehors des activités sportives. « Il n’y a pas de lieu qui leur est destiné mis à part pour faire du sport ». Pour lui, il faudrait un lieu qui soit attribué aux jeunes.

Analyse

Une jeunesse errante, qui n’a plus sa place et dont le statut n’est pas clair. Pour apporter un éclairage sur les enjeux d’une telle structure, il nous a semblé important de nous arrêter un moment sur la définition que donne plusieurs auteurs du concept de la « jeunesse » actuelle. Le concept de jeunesse est relatif, car il dépend de l’époque, de la place accordée aux jeunes dans la société et de leur capacité à accéder à une certaine autonomie et indépendance financière [2]. Statistiquement, ce concept décrit plutôt les 15-25 ans, mais il a actuellement tendance à se rapprocher des 30 ans, à cause de l’allongement de la durée des études. Selon le travail de mémoire de Dominique Chautems Leurs [3] , les jeunes se retrouvent actuellement confrontés à de multiples difficultés (manque de place de travail, manque de repère, montée de l’individualisme,..) dues au contexte actuel. Les difficultés d’accéder à l’autonomie contribuent à retarder l’accès au statut d’adulte. Ainsi ces jeunes sont comparés au statut d’adolescent, qui est parfois synonyme d’irresponsabilités provisoires. Les jeunes se retrouvent alors dans un « no man’s land social », sans aucune reconnaissance publique. Ils se voient refuser tout statut et rôles sociaux. En tant que jeunes adultes, ils ne sont plus autorisés à utiliser les structures existantes pour les moins de 18 ans. Ils se trouvent alors dans ce « gouffre » institutionnel. Ils ont généralement de la peine à définir leur rôle de citoyen et à se faire entendre. Ce besoin de reconnaissance a souvent été mis en avant par les jeunes que nous avons interviewer. Un local leur permettrait d’être reconnu, de reconnaître leur existence et leurs besoins. Les jeunes mettent en avant l’importance pour eux d’avoir un lieu pour se retrouver entre amis et pour créer des projets. Ils souhaitent un lieu qui leur soit attribué dans un espace configuré, mais qui ne soit pas la rue.

Parc de la Mairie

Qu’est-ce qu’un local peut apporter ? sa fonction ?

Pour Saïd Bouamama [4], le fait de se retrouver seul ou de fuir le noyau familial sont les principales raisons pour lesquelles les jeunes occupent l’espace public. Mais il explique également, et cela n’est pas à négliger, que les jeunes cherchent à avoir une place sociale dans la ville où ils vivent, d’où les nombreuses revendications de locaux.

Pour l’auteur, peu importe ce qui est fait dans un local, celui-ci représente avant tout « la reconnaissance d’une place dans le quartier » [5]. Il relève également que les délits commis envers le mobilier des espaces public (casse,…) est à comprendre comme étant la revendication d’être considéré et reconnu par la société, en l’occurrence le quartier ou la cité.

Il est vrai que les jeunes que nous avons interrogés nous ont exprimé ce désir d’avoir un local à eux. Lorsqu’ils nous disaient que rien n’était mis en place pour eux et que nous leur demandions de quoi ils auraient besoin, c’était la réponse que nous récoltions. Mais paradoxalement, ces jeunes exprimaient leur satisfaction à se retrouver dans ces lieux publics. Le local peut être vu comme un plus, et pourquoi pas comme cette reconnaissance dont il est question ci-dessus ?

Lors des entretiens que nous avons menés avec des commerçants ou d’autres professionnels, la question du local est toujours apparue.

En dehors du besoin de reconnaissance des jeunes, un local est synonyme d’autres enjeux. Offrir une structure de loisirs aux jeunes alors qu’il n’y a pas assez de structures d’emploi et de formation peut s’avérer paradoxale.

En effet, historiquement, l’insertion passait en premier lieu par le travail. Actuellement la priorité politique se situe toujours à ce niveau, avec une volonté d’insérer les jeunes socioprofessionnellement. Comme l’indique un chapitre des normes CSIAS (Conférence suisse des institutions d’action sociale) « dans le travail avec les jeunes adultes, l’intégration professionnelle est prioritaire : ils doivent terminer une formation correspondant à leurs capacités et/ou prendre un emploi lucratif » [6] . Une insertion professionnelle permettrait l’autonomie financière des jeunes et ainsi leur entrée dans le monde adulte. Selon une étude de Caroline Regamey [7], les jeunes sont considérés comme insuffisamment autonomes pour mener leur vie sans mesures contraignantes, sensées favoriser leur autonomie. Dès lors, des mesures leurs sont imposées, selon des logiques parfois arbitraires. Comme nous l’avons vu précédemment, les jeunes ne sont pas considérés comme citoyens à part entière. Au lieu de trouver un soutien, ils se retrouvent face à la méfiance et au contrôle. Les politiques cherchent à combattre la situation de précarité financière des jeunes, en déployant des mesures socioprofessionnelles. Toutefois, malgré ces mesures, de nombreux jeunes sont toujours sans occupation professionnelle.

A l’heure actuelle, est-il judicieux de répondre à la demande des jeunes quant à la création d’un local, alors que la problématique de ces jeunes « semble » être au niveau professionnel ?

Revendication d’un local auprès des autorités, comment les jeunes s’y prennent ?

En parcourant l’ouvrage de Véronique Bordes [8] , nous faisons un lien concernant la revendication d’un lieu pour se retrouver. Elle-même s’est plongée dans le service jeunesse de la cité de St-Denis, en banlieue parisienne, afin d’en comprendre le fonctionnement et le contexte historique. Il est évident que la cité de St-Denis n’est pas comparable à celle d’Onex, au niveau de l’ampleur, de l’organisation du service jeunesse (dans lequel il y a une structure mise en place pour les jeunes de 18ans et plus), etc. Toutefois, des similitudes peuvent être retenues.

Dans ce livre, l’auteur s’est intéressée à comprendre comment les jeunes participent à la politique municipale en faveur de cette jeunesse dont ils font eux-même partie.

Elle décrit trois catégories de jeunes, qui sont :

Les jeunes consommateurs : Ce sont des usagers des lieux. Ils consomment les prestations offertes par le service jeunesse, mais sans implication au niveau des projets, sans donner leur avis sur le fonctionnement.

Les jeunes militants : Ils se prennent en charge afin de réaliser et d’imposer leurs projets. Par exemple, à St-Denis, les jeunes ont occupé la Maison des jeunes pour obtenir la création d’ateliers hip-hop. Leurs actes peuvent se faire par des manifestations, des occupations de lieux. Quelques fois, il peut y avoir un recours à la violence mais pas systématiquement, loin de là.

Les « bons jeunes » : Cette troisième catégorie concerne les jeunes qui présentent des projets et s’investissent pour leur réalisation. Les démarches auprès des autorités ne leur font pas peur. Au fur et à mesure, ils sont mobilisés par le service jeunesse lors des rencontres officielles, puisqu’ils acquièrent des savoir-faire face aux institutions.

Durant notre étude sur le terrain, la majorité des jeunes que nous avons rencontrés n’entrent, à notre sens, pas dans ces catégories. Nous ne pouvons pas les qualifier de militants, ou de « bons jeunes », car leur demande de local est basée sur une lettre envoyée à la Mairie, mais qu’ils n’ont pas appuyée par la suite. Nous ne voulons pas dire par là que ces jeunes doivent manifester devant la Mairie ou encore la Maison Onésienne, mais seulement comparer les différentes manières de revendiquer un lieu, un besoin auprès des autorités.

Nous n’avons pas vérifié si une demande écrite avait en effet été envoyée à la Mairie, afin de demander un local. Cependant, nous nous sommes posé les questions suivantes : Ont-ils vraiment envoyé un courrier aux autorités d’Onex ? Et si oui, pourquoi n’ont-ils pas réitérer leur demande ? Nous prenons aussi en compte que ces jeunes n’ont peut-être pas demandé l’appui de travailleurs sociaux ou tout autre professionnel, pour l’accompagnement dans une telle démarche. A St-Denis par exemple, les jeunes sont appuyés par les animateurs de la Maison des jeunes.

Finalement, les jeunes d’Onex âgés de plus de 18ans ne sont pas des consommateurs pour autant, du fait que nous en avons déduit qu’il n’existait pas de structure pour eux. Par contre, dans le cadre de Sport pour tous, les participants peuvent être qualifiés de consommateurs.

Toutefois, en poussant notre réflexion, nous remarquons que les groupes de jeunes rencontrés sont des consommateurs si nous tenons compte de la manière dont leur demande est effectuée. En effet, nous avons l’impression, que ces jeunes attendent qu’un local leur soit attribué sans véritablement se mobiliser.

Un jeune d’Onex

Lorsque nous avons visionné le reportage de CanalOnex sur un groupe de jeunes qui avait fait une demande de local, nous avons découvert que les jeunes, demandeurs de cet espace, ont participé à la séance du conseil municipal, afin de se faire voir et se faire entendre. Ils ont été accompagné d’un TSHM, mais cette démarche reste la leur. Ils se sont investis, et on été présents à un moment-clé de la décision. Dans cette situation, ces jeunes pourraient être comparés à la troisième catégorie décrite ci-dessus.

Avis personnel

Suite à notre analyse, nous constatons qu’il n’est pas aisé de se positionner pour ou contre un local destiné aux jeunes car ce dernier représente de multiples enjeux. De plus, il est possible d’attribuer un local à un groupe de jeunes précis, mais pas à tous les jeunes présents à Onex. Un local pour chaque groupe n’est pas envisageable.

Suite à cette réflexion, nous constatons qu’un local répond à certains besoins, mais ne les comble pas tous. Il serait approprié de proposer plusieurs types de structures répondant aux multiples besoins des jeunes. Les locaux en gestion accompagnée correspond à un type. Pour notre part, nous serions favorables à une structure plus ouverte et plus animée comme un lieu de passage, ouvert à tous, susceptible de rassembler une majorité des jeunes d’Onex. Les prestations et services y seraient accessibles et intéressants. Nous imaginons par là, un type de bar, ouvert en soirée, où des boissons non-alcoolisées seraient vendues à moindre prix. Des jeunes d’Onex pourraient y donner des concerts. Une permanence en matière de prévention aurait lieu quelques heures par semaine.

Selon nous, différents genres de structures permettrait de cibler un plus grand nombre de jeunes.

Laure Beuchat et Flore Beuret
 

[1] Les locaux en gestion accompagnée sont mis à disposition par l’Etat. Les jeunes qui les fréquentent signent un contrat qui stipule le respect des règles établies. Un travailleur social hors murs passe régulièrement pour faire de la prévention.

[2] CHAUTEMS LEURS Dominique, Place des jeunes – Jeunes sans place ou Comment passent-ils de l’adolescence à l’âge adulte ? Des jeunes de la cité du Lignon témoignent (ronéo), Mémoire de fin d’études réalisé dans le cadre de la Faculté de Psychologie et des Sciences de l’éducation, Section des Sciences de l’Education, Genève, Université de Genève, 2004, p.31

[3] CHAUTEMS LEURS Dominique, Place des jeunes – Jeunes sans place ou Comment passent-ils de l’adolescence à l’âge adulte ? Des jeunes de la cité du Lignon témoignent (ronéo), Mémoire de fin d’études réalisé dans le cadre de la Faculté de Psychologie et des Sciences de l’éducation, Section des Sciences de l’Education, Genève, Université de Genève, 2004

[4] BOUAMAMA, Saïd, De la galère à la citoyenneté, les jeunes, la cité, la société, Paris, Editions Desclée de Brouwer, 1993.

[5] Ibid., p. 93.

[6] CSIAS, Aide sociale : concepts et normes de calcul, Berne, Conférence suisse des institutions d’action sociale CSIAS, 2004.

[7] REGAMEY Caroline, Papa, Maman, L’Etat et moi. Jeunes adultes, accès aux dispositifs sociaux et travail social : un état des lieux, Collectif JAD, Lausanne, 2001.

[8] BORDES, Véronique, Prendre place dans la cité, Jeunes et politiques municipales, Marly-le-Roi, Editions l’Harmattan, 2007.