Accueil du siteAvanchets : La parole des nouveaux habitantsEn entrée : "Le journal de terrain"
Journal de terrain

1. CHRONIQUE DE LA DÉMARCHE

Dans le cadre du module OASIS, 5ème semestre de notre formation HES sociale, nous avons choisi de nous inscrire dans la thématique « citoyenneté agressée » à Genève. Ce module était une occasion de découvrir de nouvelles pistes d’intervention dans le travail social. La réflexion concernant la place des jeunes dans les quartiers suburbains, sous l’angle notamment de la question de l’urbanisation est une approche intéressante. De plus, la construction des cours entre apports théoriques et méthodologiques et recherche empirique, nous a permis de faire des liens immédiats. Travailler dans cette approche, entre théorie et pratique, nous a semblé particulièrement pertinent quant à la problématique qui nous occupe. Afin de mieux comprendre comment nous avons entrepris notre enquête de terrain nous présentons ci-après plusieurs éléments précieux à notre démarche.

La construction du groupe

Lors des premiers cours, les professeurs ont séparés la classe en deux groupes, vingt personnes à Onex et vingt personnes à Avanchets. Chaque étudiant s’est inscrit dans un atelier (son, croquis, photos et webmaster), en fonction de son envie, de ses compétences et des places restantes. Suite à cette répartition dans les ateliers nous avons constitué notre groupe de travail. Bien entendu, nous avons également choisi en fonction des affinités. Ainsi notre groupe est constitué de Vanessa Fimmano (son), Caroline Surdez (croquis), Sevim Ejder (webmaster) et Romain Béguelin (son) et de Kristina Petrovic (photos).

Le choix de la thématique abordée

Chacun de nous a été intéressé par la question « des étrangers » dans le quartier. Nous nous sommes notamment penchés sur les questions de l’interculturalité, de l’intergénérationalité et de la mixité sociale. En somme comment faire pour « vivre ensemble » dans une telle mixité. Cette mixité sociale amène-t-elle un plus au quartier ? Ou au contraire amène-t-elle des difficultés ? Toutes ces questions nous ont interpellées. Le thème « général », défini en classe, qui s’est le plus rapproché de ces premières idées était celui de l’interlculturalité. Après avoir présenté nos premières idées à L. Wicht, il nous a demandé s’il était envisageable de traiter cette thématique en lien avec les « nouveaux habitants » - c’est-à-dire des habitants du quartier arrivés dès les années 1990 - puisqu’un autre groupe avait décidé de traiter des « anciens habitants » et qu’il était par conséquent judicieux de pouvoir faire un lien. Le choix des années 1990 n’est pas innocent. C’est en effet dans ces années qu’un grand nombre d’étrangers, et notamment de l’ex-Yougoslavie, sont arrivés en Suisse et notamment dans le quartier d’Avanchets. De plus, la crise économique et le chômage touchent fortement Genève, et la loi sur le logement et les locataires est modifiée en 1992, ce qui « va entraîner d’une part des hausses de loyers (surtaxes) pour 10’000 locataires dont le taux d’effort est trop bas et d’autre part, le départ de 4000 à 5000 autres locataires dont les revenus sont beaucoup trop élevés (…) » [1].

2. POSITIONNEMENT LORS DE L’IMMERSION

Lors de la première visite du quartier, l’école avait préalablement pris contact avec des habitants et/ou acteurs du quartier afin de nous faire une visite-guidée en petit groupe. Pour nous cinq, c’était la première fois que nous découvrions ce quartier. Ces visites étaient passablement différentes en fonction du « guide ». Certains ont fait la visite avec des habitants du quartier et d’autres avec des habitants/travailleurs sociaux mais avec la casquette du « travailleur social ». Les lieux présentés étaient par conséquent décrits différemment en fonction du guide.

Nos impressions…

Pour un groupe, c’est une personne retraitée qui prit le rôle du guide. Il a soutenu qu’il n’y avait aucun problème dans le quartier. Parfois seulement, des gens étrangers au quartier venaient consommer de la drogue, mais pas les habitants du quartier, jamais… ! Il leur a raconté que lors d’une manifestation, ils ont organisé un événement appelé « ethnopolis » dont le but était d’aller à la rencontre d’autres cultures en invitant les enfants à visiter d’autres foyers d’une autre nationalité. Un autre groupe a vaguement visité le quartier d’Avanchets puis est passé en face dans le quartier du Lignon, dans la maison de quartier du Lignon plus précisément. Visite guidée avec un travailleur social hors mur.

« Lorsque j’ai eu cette première visite, je dois avouer que j’avais quelques aprioris. La représentation des cités que j’avais, était celle des banlieues françaises. Par conséquent, ma représentation n’était pas positive. En revanche, je m’étais demandé à quoi pouvait ressembler les cités en Suisse. Je n’en n’avais aucune idée et surtout, c’est un terme que je n’avais jamais entendu dans ma région de Neuchâtel. Lors de notre visite, j’ai été surprise du calme et de la propreté qu’il y avait dans le quartier. Je pense également que mon groupe s’attendait à autre chose. Nous avons également questionnés notre guide sur ce calme. Honnêtement, je ne trouvais pas normal ! Notre guide nous a expliqué que les événements qui se passaient à Avanchets n’étaient pas propre au quartier. Il nous a prouvé à plusieurs reprises que vivre dans ce quartier a tout son avantage. »

En général, les cinq membres que nous sommes, partageons la même opinion concernant ces visites. Nous n’avions pas vraiment d’aprioris, mais étions loin d’imaginer que le quartier pouvait être si parfait que nous l’ont décrit les guides. D’après eux, il n’y a jamais eu de problème spécifique. Jamais de souci de drogue ou de casse par exemple. Plus tard, de ce que nous avons vu et entendu, nous nous sommes aperçus que le quartier rencontrait tout de même certaines difficultés ; bancomat cassés, drogue, insécurité, etc. Nous avons le sentiment que les guides ont décrits le quartier comme « une cage à lapin dorée ». Qu’il fasse bon y vivre, pourquoi pas, mais de là à ce qu’il soit « parfait », cela en devient artificiel.

En tant qu’étudiants dans le domaine social et futurs travailleurs sociaux, nous sommes conscients que ces problèmes rencontrés ne sont pas spécifiques au quartier. Par conséquent nous nous demandons pourquoi ces soucis n’ont pas été exprimés ? De quoi avaient-ils peur ? Tant de questions ouvertes auxquelles nous n’avons pas de réponses…Certainement par peur que nous, étudiants, renforcions cette stigmatisation déjà présente.

…Une dame interviewée nous à décrit le quartier comme « une prison » ou un « camp d’étrangers ». Nous devons nous questionner quant au sens de sa phrase…

3. FONCTIONNEMENT DU GROUPE

Durant le module C4, lors du premier semestre, nous avons étudié « la communication » et notamment la répartition dans un « groupe », les leaders en particulier. Il se trouve que dans notre groupe, chaque rôle s’est défini naturellement. Pour l’instant, chaque échange fut fructueux et chaque échéance a été respectée. L’entente est bonne, ce qui crée un climat de travail agréable. La complémentarité des membres du groupe, en termes de compétences respectives, nous a permis de créer une dynamique de groupe intéressante.

Le staff

Depuis le début du module, notre groupe a très vite trouvé un rythme régulier. Tous les lundis nous prenions le temps de nous rencontrer. Des objectifs étaient définis pour le lendemain ou dans la semaine suivante. Nous définissions un animateur et un secrétaire qui prenait les procès verbaux. Durant la semaine, des mails étaient échangés. Chacun a su trouver sa place au sein du groupe.

Par rapport aux interviews, nous avons définis cinq thèmes qui ont émergés des retranscriptions, ce qui fut facilitant pour le partage des tâches. Chacun de nous travaille sur son atelier, sur son article et sur son analyse personnelle, quant au journal de terrain, nous voici réunis pour le construire ensemble !

Les moments forts de cette collaboration sont dus à notre bonne entente, des liens se sont crées, et nous avons su rendre ce travail ludique et passer outre les moments de démotivation.

4 CHOIX METHODOLOGIQUE

Grâce à nos professeurs, nous avons eu droit à un accès facilité au réseau des travailleurs sociaux et aux habitants d’Avanchets. Notre thématique définie, nous avons pu téléphoner à certaines personnes pour leur expliquer notre démarche et leur demander de collaborer. En deux semaines nous avons obtenu quatre interviews de familles habitant dans le quartier depuis les années 1990. Grâce à Bruce Willis [2], nous avons obtenus l’adresse d’une famille habitant à Avanchets hors du réseau de l’école.

Pour récolter ces informations, nous avons optés pour deux méthodes de récolte de données, l’enregistreur et le canevas de questions.

Interviews :

…Après cinq interviews, nous nous sommes centrés sur la retranscription et l’analyse, des thèmes tels l’intégration, la sécurité ou encore la place des jeunes nous ont guidés dans nos recherches. Mais très vite, nous avons constaté que les personnes interrogées étaient des femmes, alors une sixième interview est venue s’ajouter à notre travail, celui d’un homme. Toutes les interviews ont été intéressantes à réaliser et les réponses sont tout autant constructives, même si souvent contradictoires. Nous aurions aimé poursuivre ce travail plus longuement afin de vérifier certains propos, le long terme nous permettrait de sentir plus réellement l’atmosphère du quartier et non pas se baser que sur des propos qui ne sont évidemment pas exhaustifs. Sur les six interviews réalisées, une seule se distingue seulement des autres, les cinq autres se ressemblent beaucoup. Ce résultat est perçu comme une frustration. Il nous faudrait réaliser vingt autres interviews pour pouvoir en tirer des analyses plus pertinentes. Ce travail est une démarche intéressante et enrichissante, nous apprenons constamment depuis le début du module, malgré l’envie d’aller plus loin.

Nous sommes évidemment conscients, que notre enquête a été faite sur un petit échantillon d’habitants d’Avanchets, ce qui n’est pas représentatif de la population entière du quartier.

5. CRITIQUE DE LA DEMARCHE

Globalement le fonctionnement du module nous satisfait. Il sort du cadre habituel. L’expérience de changement de professeur et d’école est enrichissante.

« Je n’ai pas franchement eu d’apriori sur le quartier d’Avanchets. Je n’ai pas le sentiment d’insécurité quand je m’y promène, sûrement parce que je ne fréquente pas le quartier, mais d’après les dires des habitants et des travailleurs sociaux, il n’y a pas vraiment de quoi se sentir en « danger ». Il faut dire que je n’ai jamais vraiment été sensible aux médias et aux rumeurs, car si j’en crois les personnes interrogées, ce sont les reportages et les médias qui ont salis l’image d’Avanchets. Cela dit, en contradiction, je pense que les rumeurs sont nées de quelque chose de fondé, si on avait eu plus de temps sur le terrain, je pense que c’est une question que j’aurais aimé approfondir et étudier. Cela dit, je ne choisirais certainement pas un quartier comme à Avanchets pour habiter, car l’architecture ne me convient pas, je n’aime pas beaucoup les blocs de maison, je préfère le style ancien et plus petit. »

Kristina

Dès les premiers cours, l’ « ambiance » était donnée. Les apports théorico-pratiques variés des enseignements, sur la base de films, de livres, de documentaires et d’interventions de professionnels (travailleurs sociaux, politiques, documentariste, etc.), nous ont en effet permis de découvrir une approche réflexive quelque peu différencié des cours habituels. J’ai découvert notamment de nouvelles pistes de réflexion quant à la mixité sociale en termes de territoire, à savoir les enjeux de l’urbanisation. Ce lien entre urbanisation et mixité sociale donne des éléments précieux quant à la compréhension des « phénomènes de banlieues ». La construction du module entre l’immersion du terrain et les approches méthodologiques et théoriques développées en cours, ont permis d’être actif notamment au niveau des recherches empiriques (entretiens avec les habitants/professionnels/acteurs du terrain). La difficulté d’un tel module est de ne pas saturer le terrain… C’est en effet délicat d’immerger une vingtaine d’étudiants par quartier sans saturer le réseau. C’est pourquoi, les professeurs ont travaillé en amont, en prenant contact avec des acteurs du terrain afin d’expliciter cette démarche. Ceci d’une part, afin de gagner du temps dans la constitution d’un réseau dans le quartier et d’autre part afin d’évaluer dans quelle mesure nous (les étudiants) pouvions faire appel à leur service, toujours dans l’idée de ne pas être intrusif ou perçu comme tel. Ce module est particulièrement bien construit et de ce fait très motivant. Le seul bémol que je pourrais donner concerne le manque de moyen en termes de temps notamment, puisque qu’une telle recherche nécessiterait des mois, voire des années d’immersion sur le terrain afin de pouvoir mener une recherche ethnographique représentative de l’ensemble des habitants du quartier. Ce manque de temps ne nous a pas permis de constituer un réseau assez large afin de mener des entretiens exploratoires. Au sein de notre groupe, l’idée était de pouvoir donner la parole à ceux qui ne l’ont pas… Ce qui était quelque peu utopique !

Romain

Depuis le début de notre enquête à aujourd’hui, j’ai pu me faire ma propre opinion du quartier. J’ai entendu plusieurs avis qui étaient souvent contradictoires. Avant de commencer ce module, je ne connaissais pas le quartier d’Avanchets. Et je ne savais pas ce que signifiait une cité en Suisse. J’avais la représentation des cités françaises. Aujourd’hui, je me rends compte qu’elle est bien fausse. Personnellement, je ne crois pas que nous pouvons appeler ce quartier, une cité. Pour moi, c’est juste un grand quartier. Ce qui est dommage, c’est qu’il a une mauvaise réputation. Je pense que le quartier d’Avanchets est mal connu de la part des genevois et autres personnes. Certes, il y a des événements qui se produisent mais je ne crois pas que cela est propre au quartier. Pendant ces quelques mois passés sur le terrain, je peux dire que j’ai été très bien accueillie par les habitants et que je me suis sentie bien dans le quartier.

Vanessa

Ne vivant pas à Genève je ne savais pas vraiment quelle image le quartier d’Avanchets renvoyait à l’extérieur tout comme à l’intérieur. Lorsque l’on me parle de cités, beaucoup d’images me viennent et pas des plus flatteuses. Images, essentiellement véhiculées par les médias et particulièrement par la télévision. Vision presque apocalyptique. Bagnoles délabrées, violence de jeunes, sentiment d’insécurité, etc. Je caricature un tout petit peu. Ce module m’interpellait pour ces raisons précises. J’avais envie de confronter ces images toutes faites à la réalité d’une « cité », à la réalité de la population vivant dans ce quartier. Que ne fut pas ma surprise en m’ « immergeant » à Avanchets. Verdure abondante, personnes qui se promènent, qui baladent leurs enfants en poussette, qui se rencontrent en bas de leur immeuble. Pourtant, j’ai été également surprise du contraste de cet endroit, il y a plus de 6’000 personnes qui y habitent. Un calme presque étrange y règne, je n’ai croisé que quelques personnes, précisant que nous nous rendions dans le quartier aux heures de travail.

Caroline

La vérité est que l’on ne comprend pas les comportements d’une partie de la jeunesse. C’est pourquoi dissimuler cette incompréhension que l’on se tourne vers les stéréotypes les plus éculés pour tenter de délivrer un discours cohérent. Mais, ce faisant, on risque fort de renforcer le mur de préjugés et d’incompréhensions qui se dresse entre cette jeunesse et ceux qui prétendant parler au nom des citoyens. Les décideurs et leurs intérêts politiques voire électoralistes, bien entendu, mais aussi des journalistes, des responsables syndicaux, et puis tous ceux qui, pour des raisons divers (conviction idéologique, intérêt corporatiste, ambition personnelle, appétit économique face au marché de la sécurité), tentent de se faire reconnaître et d’acquérir de l’influence dans le débat public [3].

Sevim
 

[1] Jaeggi, J.-M. & Osiek, F. (2003). Familles, école et quartier. Genève : Service de la recherche en éducation.

[2] Nom fictif

[3] Mucchielli L., Violences et insécurité, Fantasmes et réalités dans le débat français, Paris, Editions la découverte, 2001, p.9

Articles de cette rubrique
  1. Journal de terrain
    16 décembre 2008

  2. Canevas d’entretien
    18 décembre 2008