Accueil du siteOnex : La Tour BleueA ce propos, que disent les livres ?
Des représentations de la cité : un peu de théorie et un peu de nous

En arrivant à Onex, nous partions toutes avec des représentations différentes de la cité. Après le visionnage du petit clip, nous nous attendions d’ailleurs à arriver dans une cité vivant dans une certaine violence :

« Ils m’avaient raconté la vie dans Onex, leur jeunesse, les dégradations et la grande violence qu’ils vivaient, dont des histoires qui me semblaient parfois sorties de la réalité tellement le degré de violence était fort. Je m’imaginais une petite ville avec peu d’activités et de structures pour les jeunes, mais aussi une sorte de Cité avec des histoires de bagarres, de clans. » (Mélanie)

Les jeunes devant Dosenbach
Croquis

Nos idées de la cité venaient beaucoup de ce que les médias nous diffusaient, la stigmatisation que les médias faisaient des cités est d’ailleurs ressortie :

« Personnellement, ma représentation de la Cité s’est construite à travers les films que je regardais quand j’avais 20 ans (La Haine, mais aussi Chacun cherche son chat ou Sister Act 2 !), les nouvelles au Télé journal quand les banlieues françaises brûlaient et les clips vidéo, très nombreux, de rappeurs se prenant pour les gangsters de la rue et exhibant leur richesse et leurs femmes très sexy sur les écrans de télévision des jeunes. » (Sophie)

Nous pensions retrouver des groupes de jeunes, à qui le mot proximité parlerait. Notre enquête s’avéra riche. Nous arrivâmes dans une Tour où nos propres représentations s’amenuisèrent, faute de trouver des jeunes. Nous nous sommes plutôt confrontées aux représentations des habitants, à leurs préjugés quant à la jeunesses.

Afin de comprendre nos représentations collectives et individuelles sur la cité, ainsi que celles des habitants à l’égard des groupes de jeunes, il est important de comprendre le mécanisme de ces derniers éléments, leur origine.

Chaque thème sera étoffé de la définition exacte du Petit Larousse, puis des explications plus approfondies seront abordées.

Représentations collectives et représentations individuelles

Mais au fait, une représentation ça veut dire quoi ? La représentation est une perception dont le contenu se rapporte à un objet, à une situation du monde dans lequel vit le sujet. Le Petit Larousse, 1999, p.881

Selon Durkheim, les représentations désignent la totalité des idées propres à une société donnée. Ainsi, elles formeraient la « conscience collective » ou « conscience commune » de celle-ci. Toujours selon lui, les représentations collectives seraient issues de tous les faits sociaux que sont les croyances, les tendances, les valeurs, les préjugés, les stéréotypes, les pratiques du groupe et les différents savoirs-faire. Les représentations sociales s’élaborent à partir de matériaux très divers tels que des images, des retours de souvenirs personnels. Ou encore des souvenirs collectifs tels que, par exemple, des mythes ou des contes. En bref, la représentation que nous avons de toute chose est fondée sur notre vécu, sur les représentations de notre environnement.

Nos représentations seraient donc déterminantes et déposées dans nos mœurs, nos dogmes, nos lois et nos règles. Selon Jodelet (1989), la représentation sociale se définirait comme des modalités de pensées pratiques orientées vers la communication, la compréhension et la maîtrise de l’environnement social. Selon Albric (1989-1994), les représentations sont le produit et le processus d’une activité mentale qui permet à l’humain ou au groupe de reconstituer le réel auquel il est confronté en lui attribuant une signification spécifique. De plus, toujours selon Albric, les représentations sociales permettent comprendre et d’expliquer la réalité, de définir une identité bien définie au groupe. Les représentations permettent de justifier les prises de position et certains comportements. Pierre Mannoni, quant à lui, définit la représentation sur trois niveaux : Les représentations fondées sur l’imaginaire individuel, qui englobent les images, le vécu, les fantasmes. Les représentations collectives où les clichés et les préjugés apparaissent.

La Tour
Photo

Et enfin, les représentations composées de la réalité sociale où les actions socialement représentées se manifestent. Selon Moscovici(2000), les représentations sociales ont également une fonction référentielle qui se traduit par des processus de catégorisation et d’attribution et qui joue un rôle prépondérant dans l’identification sociale et individuelle.

 

Et nous dans tout ça ?

Après quelques échanges dans notre groupe, nous avons parlé de notre jeunesse, de notre vécu et de la manière dont nous nous imaginions Onex. Nous étions emballées à l’idée de nous retrouver dans une cité, avec tout ce que nous imaginions derrière. Pour reprendre le modèle de Pierre Mannoni, nous partions donc toutes avec un imaginaire et des fantasmes au sujet de la cité bien définis. Surtout après le visionnage du petit clip. Et, après tout, si Onex était proposée dans l’Oasis, c’est qu’il devait probablement y avoir une cité habitée de jeunes, certes moins stigmatisée que les banlieues françaises, mais il devait y en avoir une quand même : « J’ai une représentation différente des cités genevoises, des cités françaises ou des cités aux Etats-Unis. Lorsque j’ai visionné le film sur Onex, j’ai eu l’impression que ces jeunes voulaient s’identifier à une cité du type banlieue française, mais je m’attendais tout à fait à ne pas retrouver la même réalité à Onex-cité. » (Isabelle)

De plus, selon le modèle, nous avions donc des clichés, des préjugés sur la cité, eux-mêmes véhiculés par les médias, stigmatisant à souhait les cités : « Une cité où personne n’est dehors à part les jeunes, qui traînent toute la journée à ne rien faire, sans projets, sans ambitions, raillant les rares passants et traumatisant la cité entière par leur unique présence. » (Gaëlle)

De ces clichés découlaient des fantasmes sur la cité, sur Onex, sur la proximité aussi, que nous imaginions problématique, suite aux discours des politiques. Nous avons pu travailler sur nos représentations et déconstruire les fantasmes que nous imaginions. Ainsi, nos représentations ont évolué vu la réalité des choses. Et elles se sont ainsi construites sur d’autres bases (Voir partie chronique, Thème 1, « Nos représentation de la cité »). Notre groupe et nos représentations, qui étaient assez similaires au départ, ont pu évoluer.

Et les habitants ?

Lorsque le mot « jeunes » a été abordé dans nos entretiens, les habitants de la Tour Bleue parlèrent des jeunes d’avant, les préjugés à leur égard qui ressortirent furent des jeunes qui traînaient avant, des jeunes qui manquaient de surveillance parentale, mais qui, en fin de compte ne faisaient de mal à personne. Certains essayaient même de les comprendre : « Moi aussi j’ai été jeune, ils cherchent la chaleur » , extrait d’un entretien avec un habitant. La population aussi, vit de ses propres images sur les jeunes, ils regardent et lisent les médias où l’image des jeunes est faite de stéréotypes. Mais leurs représentations sur les jeunes de leur allée ne sont pas faites uniquement que de fantasmes, c’est une réalité. En effet, avant, il y avait des jeunes qui squattaient, et qui cassaient, urinaient selon la plupart. « Dès qu’il y a un truc de cassé, tout de suite c’est un jeune » , extrait d’un entretien avec une habitante. Et d’où provient cette image de jeunes cassent tout : peut-être de l’effet de groupe, d’une idée, d’une pensée collective. De quelques habitants qui préfèrent, à des moments, penser que ce sont les jeunes qui dégradent, même s’ils ne sont plus autant présent qu’auparavant.

Notre point de vue au terme de notre démarche de compréhension

Au départ, il est vrai que nous avions toutes des représentations assez carrées de la cité en général, mais aussi d’Onex, ceci suite aux descriptions que nous avions entendues. Nous avons évolué en même temps que nous déambulions dans les rues d’Onex lors de notre toute première visite ; la découverte de la verdure et du calme ambiant par exemple. Nous avions des représentations figées suite aux discours, aux images que nous avions vues et entendues. Ainsi, nous balader dans la petite ville d’Onex nous a permis de revenir à une réalité plus concrète, plus terre à terre. Toutes nos images sur Onex et sur sa cité se sont comme atténuées, voir envolées. En revanche, bien sûr, nos représentations sur les cités françaises, par exemple, sont toujours présentes. Mais grâce à notre immersion dans Onex, nous constatons qu’utiliser le mot "cité"est complexe en lui-même et que faire ensuite des rapprochements et des comparaisons est démesuré. L’acte de travailler sur nos représentations et nos préjugés sur Onex a été bénéfique pour nous toutes. Nous avons pu évoluer ensemble, faire des constats au fur et à mesure de nos observations pour oser nous demander si, en fin de compte, nous ne nous étions pas trompées en imaginant toutes ces choses que nous nous attendions de voir, ces fantasmes construits sur des dires. Nous repartons avec de nouvelles observations, et pouvons même dire que nous somme pour le moins soulagées de ne pas avoir vu de choses trop choquantes, ni de violence dormante. Au final, nous avons découvert un immeuble, avec des rapports de voisinage, un immeuble avec ses problèmes, tout simplement un immeuble avec sa vie. Nous avons pu réfléchir en nous appuyant sur la théorie et sur notre vécu. Ces deux apports nous ont permis d’en arriver là où nous en sommes aujourd’hui. L’un et l’autre nous ont aidé et ont été complémentaires tout au long de notre démarche, et surtout lors de notre synthèse finale, au moment où nous nous sommes repositionnées par rapport à nos débuts. Notre journal de bord en témoigne d’ailleurs.

Quelques définitions

C’est quoi un préjugé ?

Le préjugé est une opinion adoptée sans examen par généralisation hâtive d’une expérience personnelle ou imposée par le milieu, l’éducation. Le Petit Larousse, 1999, p.818

Le préjugé implique le rejet de l’ autre en tant que membre d’un groupe envers lequel on entretient des sentiments négatifs. Il s’agit aussi d’une attitude négative ou une prédisposition à adopter un comportement négatif envers un groupe ou alors envers les membres d’un groupe qui repose sur une généralisation fausse et rigide.

Et un stéréotype, c’est quoi ?

Le stéréotype est une formule banale, une opinion dépourvue d’originalité. Le Petit Larousse, 1999, p.965

Le stéréotype est transmis à l’individu par le milieu social, notamment au moyen de l’éducation, des véhicules médiatiques.

Selon Sander L.Gilman(1996), tout être crée des stéréotypes, et créer ces derniers serait un processus que l’humain en voie de devenir un individu se devrait d’accomplir.

Mais alors quelle est la différence entre un stéréotype et un préjugé ?

A la différence du préjugé, qui désignerait une attitude, une tendance à évaluer favorablement ou non un objet, le stéréotype ne comprendrait que des croyances ou des opinions concernant les attributs que véhiculent un groupe social et ses membres.

Stigmatiser, qu’est-ce que ça signifie ?

Stigmatiser signifie flétrir, blâmer avec dureté et publiquement. Le Petit Larousse, 1999, p.996

C’est quoi un groupe ?

Le groupe est l’ensemble distinct de choses ou d’êtres de même nature, réunis dans un même endroit. Le Petit Larousse, 1999, p.493

Selon Jacqueline Boirard, le groupe est une entité vivante ayant une forme, une personnalité, une âme. Le groupe, pour ses membres, sert à développer des compétences sociales, de l’entraide et de la socialisation. Tout groupe génère des phénomènes, par exemple, du rythme, de la solidarité, de l’entraide, des conflits ou même des silences. Etre en groupe, c’est se représenter comme tel à travers les signes, les emblèmes, les images et les croyances communes.

 

Mélanie Zumwald

 

Bibliographie

Mannoni Pierre(1998), Les représentations sociales , Paris:PUF.

Seca Jean-Marie(2002), Les représentations sociales , Paris:Armand Colin.

Jodelet Denise(1984), Les représentations sociales , Paris:PUF.

Villain-Gandossi Christiane(2001), La genèse des stéréotypes dans les jeux de l’identité/altérité Nord-Sud . In Wolton, D.& Boëtsch, G. & Villain-Gandossi, C. Stéréotypes dans les relations nord/sud(p.27-40). Paris:CNRS.

Gilman Sandler(1996), L’Autre et le Moi, stéréotypes occidentaux de la race, de la sexualité et de la maladie. Paris:PUF.

Bourhis R.Y., Gagnon A. et Moïse L.C(1999).Discrimination et relations intergroupes , in Bourhis R.Y. et Leyens J-P. (Ed), Stéréotypes, discrimination et relations intergroupes. Liège:Margada.

Jahoda Marie(1960), Relations raciales et santé mentale. In UNESCO(Ed. ). Le racisme devant la science. Paris:Gallimard.

Sitbon-Peillon Brigitte(2002), « Faut-il être de son temps ? », « Vivre avec son temps. Se soumettre ou résister ?

Bredeloup Gilles, Représentation interprétation, traduction, adaptation (à l’exemple franco-roumain)

Albric Jean-Claude(2003), Méthodes d’étude des représentations sociales