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Pour en savoir un tout petit peu plus sur le sentiment d’insécurité

Le sentiment d’insécurité est un sujet d’actualité qui fait beaucoup parler de lui et qui concerne tout le monde.

En effet, tous types de faits violents sont présents dans notre quotidien : vols, tapage nocturne, violence à l’école, violence conjugale, terrorisme, délinquance, viols, saccages de lieux publics etc. Nous sommes touchés par ces faits de manière directe ou indirecte, par la presse ou la télévision, en tant que témoin ou en tant que victime. Nous y sommes tous confrontés quotidiennement et ceci est en lien direct avec notre sentiment d’insécurité.

Le sentiment d’insécurité peut être vécu comme une peur personnelle ou comme une préoccupation collective et morale. La première est une peur liée à soi, la peur d’être victime d’une agression, tandis que l’autre est une peur liée à la collectivité, c’est la préoccupation face au phénomène criminel et il s’agit ici d’une préoccupation plutôt abstraite d’ordre social et politique (Biancalana, 2005). De plus, le sentiment d’insécurité combine le danger réel ou imaginé et la perception de sa gravité.

La notion de sentiment d’insécurité provient de l’anglais fear of crime, littéralement « la peur du crime ». Elle fait son apparition dans les années 1970-80 afin de parler de l’augmentation de la violence chez les jeunes sans avoir à poser de diagnostique sur les causes. À cette époque s’engage un gros débat sur la réalité de l’insécurité dans les banlieues.

Il est important de relever que dans la notion de sentiment d’insécurité, il y a sentiment. Par définition, celui-ci est subjectif et est de l’ordre de l’émotionnel. Le sentiment d’insécurité est lié à divers facteurs qui peuvent être interprétés comme menaçants et qui influencent le vécu personnel ou collectif.

Les origines de ce sentiment peuvent être variées. La crise des institutions de socialisation (famille, école, etc.), la perte des valeurs morales de notre société, l’incertitude de l’avenir, la transformation de la famille, la question de la formation des jeunes et du chômage sont autant de processus de transformation sociale qui alimentent un sentiment d’insécurité sociale.

D’autres faits physiques tels que des graffitis, du vandalisme, des bâtiments vides, etc. ou de signes personnels comme la mauvaise conduite automobile par exemple, sont divers points qui créent et/ou qui nourrissent le sentiment d’insécurité civile. Le criminologue Baptiste Viredaz confirme que ce type d’incivilités donne aux gens le sentiment d’un abandon social (24 Heures, 7.7.2005).

Grafitis
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Concrètement, nous sommes dans une société où les processus de transformations sociales sont difficiles à vivre pour chacun d’entre nous et entraînent un sentiment compréhensible d’insécurité sociale, qui à son tour entraîne un sentiment d’insécurité civile, largement renforcé par les médias.

Mais de quoi a-t-on peur exactement ?

D’après un sondage mené depuis plus de vingt ans en Suisse, 25% de la population suisse se sent en insécurité et ce taux est stable dans le temps. Les objets des peurs sont principalement les agressions physiques, la précarité du monde de l’emploi, la pénurie du logement et les coûts de la santé. Le sentiment d’insécurité est plus présent dans les villes (32,3% à Genève en 2004). Ce sentiment n’est pas typique de notre ère, il a toujours existé et n’est certainement pas près de disparaître.

Il est possible d’observer un paradoxe considérable : d’un côté, la criminalité est plus ou moins stable et de l’autre, le sentiment d’insécurité est en constante augmentation.

De nombreux sondages s’accordent à dire que la criminalité et la violence ne sont pas en augmentation et que les chiffres restent stables.

Pour une majorité des gens, lorsque nous parlons d’insécurité, d’autres termes y sont reliés tel que violence, délinquance, déviance. Ce dernier montre à quel point les semeurs de trouble sont considérés comme hors normes et donc différents de la majorité. Cette prise de distance avec les auteurs du délit permet à la population de dire : Ils ne sont pas comme nous car ils n’agissent pas selon les mêmes normes que les nôtres. Dès lors, comme le dit Viquerat, le lien avec l’immigration est facilité : ils agissent ainsi car ils n’ont pas la même culture (Viquerat, 2006). Le jeune étranger, issu d’une autre « civilisation », devient ainsi un bouc émissaire idéal.

Nous avons pu lire certaines manchettes de journaux nous indiquant que les jeunes étaient de plus en plus violents et de plus en plus tôt. Voyons quelques chiffres :

Les délits commis par une infraction de violence est passé de 10% des jugements en 1999 à 16% en 2005. 69% des infractions de violence étaient poursuivies sur plainte alors que cette part était de 76% en 2005. Nous pouvons donc observer une légère augmentation de violence dans les dix dernières années.

Cependant, pour ce qui concerne les délits plus graves, le nombre de crimes a diminué de 12% entre 99 et 2005.

Est-ce que la violence est aujourd’hui propre aux jeunes ? Visiblement pas, car les chiffres nous indiquent que la proportion est passée de 6% en 1999 à 8% en 2005. Bien qu’elle doit être considérée, cette augmentation est quasiment nulle…

Est-ce que les étrangers commettent plus de délits que les suisses ? Contrairement à des facteurs liés au statut social, la nationalité, ainsi que la culture ne sont pas des facteurs influençant sur la probabilité du passage à l’acte. Autrement dit, le background personnel (âge, sexe, immigration ou non, classe sociale etc.), le contexte scolaire (échec scolaire, attachement à l’école, absentéisme, etc.), le contexte familial (attachement aux parents, événements difficiles, composition familial etc.) et le contexte environnemental (attachement au quartier, lieu de vie, qualité du groupe d’ami, etc.) ont une influence sur la probabilité du passage à l’acte.

Pour résumé, ces quelques chiffres nous montrent que les délits de moindre gravité commis par les jeunes, les mineurs, a légèrement augmenté ces dix dernières années mais qu’en revanche les délits graves ont chuté. (Les chiffres sont à l’échelle Suisse et ont été tiré d’un rapport donné par Monsieur Guéniat de la Police cantonale neuchâteloise)

Il en reste que nous devons néanmoins rester prudent avec la signification des chiffres. En effet, les délits comptabilisés sont relatifs à ceux qui ont été traités par la justice (suite à une plainte ou une interpellation). Ce qui implique également que les statistiques policières dépendent fortement des missions que la police se voit confier en priorité. Les interpellations liées à tel ou tel crime peuvent fluctuer selon les missions prioritaires, ce qui a donc une conséquence sur les chiffres statistiques. D’ailleurs, Muchielli dit que les délinquances juvéniles sont plurielles et qu’aucun outil statistique ne permet d’en mesurer avec précision l’évolution au fil du temps. (Mucchielli, 2002)

Il est indispensable d’être attentif à la manière d’interpréter les chiffres qui nous sont présentés régulièrement pour « prouver » l’augmentation de la délinquance et de la violence. Oui, il y bel et bien plus de monde dans les prisons, mais n’est-ce pas aussi qu’on y met les gens plus facilement, pour une amende impayée par exemple, et qu’on peut emprisonner les jeunes à partir de 10 ans contre 15 il y a quelques années… ? Il en va de même pour les crimes sexuels. Ils seraient également en augmentation, mais dans les statistiques tient-on compte du fait que le sujet est moins tabou qu’avant, qu’on pousse à la délation et qu’on encourage les victimes à porter plainte ?

La violence peut être considérée à divers niveaux et peut prendre différentes formes. Ce qui est intéressant, c’est que la définition de la violence a également évolué et a changé à travers le temps. Les comportements qui sont considérés comme violents aujourd’hui ne l’étaient pas forcément avant (investissement des lieux publics, intimidation etc. par exemple). D’une part, cette évolution à permis de dénoncer des violences qui étaient auparavant cachées et impunies. D’autre par, elle permet l’installation de cette constante impression que la violence peut toujours augmenter.

La peur ?
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L’augmentation de la violence, et notamment la violence chez les jeunes, est très utilisée par les politiques mais n’est pas véritablement prouvable si nous tenons compte de tous les paramètres. C’est un débat éternel, aux confins du scientifique et du politique.

Les médias ?

Les médias sont également responsables de l’augmentation du sentiment d’insécurité. Ils réalisent et/ou obtiennent une image partiale et partielle de la réalité, qu’ils transmettent à leurs lecteurs. Néanmoins, pour la plupart des citoyens, les médias représentent une référence sur le monde. Le discours médiatique a parfois tendance à être assimilé aux faits réels, voire à y être substitué. Les sujets des articles publiés par les rédactions sont choisis en fonction de critères marketing. Nous pouvons remarquer une focalisation sur divers types de sujets qui sont susceptibles de faire sensation. La récurrence de ce type d’articles influence la représentation des gens. La société nous paraît plus violente qu’elle ne l’est en réalité et, par conséquent, se référer tous les jours à ce type d’information sans esprit critique accroit les peurs.

Y a-t-il des solutions ? Comment amoindrir ce sentiment d’insécurité ?

Au niveau suisse, il a été soulevé, grâce à cette même étude mentionnée précédemment, que le sentiment d’insécurité était moins fort dans la région lémanique. Ceci a été expliqué par la meilleure santé économique et, aussi, par la politique en matière de drogue qui, ces dernières années, a conduit à la fermeture de nombreuses scènes ouvertes. Des solutions peuvent donc surgir des actions entreprises par les politiques.

Plusieurs plans peuvent être mis en place pour tenter d’amoindrir le sentiment d’insécurité. Les anglo-saxons parlent d’ « espace défendable » ou de « prévention situationnelle » (Jane Jacobs). L’idée est de donner l’impression d’un espace plus sûr en le rendant inconfortable pour le gêneur (visibilité par autrui, suppression des moyens de fuite, etc.), notamment en procédant à divers aménagements architecturaux et en promouvant la présence physique d’agents de sécurité et/ou de médiation, ainsi que la vidéosurveillance.

Cette dernière pratique pose un certain problème. En effet, elle permettrait de dissuader et de prévenir mais aussi d’anticiper les atteintes aux personnes et autres délits. Ceci signifie que les autorités interviendraient avant le passage à l’acte. De plus, l’observation n’est pas portée que sur le délit mais sur des comportements suspects. Des critères doivent donc être mis en exergue, ce qui va catégoriser et discriminer certaines personnes. Par exemple, les jeunes, les toxicomanes, les personnes d’origines étrangères, des groupes reconnaissables d’après leur style vestimentaire etc…

Sans compter les questions éthiques que cet outil engendre, son efficacité nous laisse également perplexes. D’une part, il a été observé que l’utilisation de ces caméras a plutôt servi à identifier la personne, mais ceci après avoir commis le délit et là, l’objectif de prévention et d’anticipation n’a donc pas été atteint ; D’autre part, les vidéosurveillances auraient souvent pour effet de déplacer le problème dans un autre quartier, dans un autre lieu. De plus, les caméras ont pour objectif de diminuer le sentiment d’insécurité, mais l’effet inverse peut se produire car elles signalent également aux gens qu’ils se trouvent dans une zone potentiellement dangereuse… L’efficacité et le bienfondé de la vidéosurveillance doivent donc, à notre avis, être relativisés.

Un meilleur aménagement des lieux publics peut être une des solutions pour amoindrir le sentiment d’insécurité, que se soit à travers l’éclairage public ou la convivialité des divers endroits.

Et là, est-ce effrayant ?
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Un article, tiré du journal Le Courrier, proposait également que les politiques portent un discours clair sur l’insécurité objective et réelle afin de faire comprendre que le crime reste un phénomène rare. Néanmoins, l’auteur soulève également que ce discours ne pourrait avoir de l’impact que si les médias cessaient de faire peur à leurs lecteurs avec des articles jouant sur le sensationnel. Mais aujourd’hui cela semble relever de l’utopie car c’est justement le sensationnel qui fait vendre. Les gens s’intéressent à tous ces tollés sur le sentiment d’insécurité car ils se sentent écoutés et compris lorsqu’on en parle ainsi. Les médias transmettent un message du style « oui, il y a bien des agressions, des incivilités, vous avez raison d’avoir peur, le monde dans lequel on vit est dangereux ».

Les médias sont très forts pour stigmatiser les jeunes dans ce cadre de violence. La jeunesse d’aujourd’hui pose question. On dit qu’ils désertent l’école, qu’ils ne sont plus éduqués par les parents, qu’ils ne travaillent pas et profitent de l’assistance, qu’ils n’ont pas de projets, d’ambition, qu’ils n’ont tout simplement pas d’avenir. Du coup, c’est logique, ils trainent dans la rue, ils se battent, ils n’ont aucun respect pour rien et cassent tout ce qu’ils trouvent sur leur passage. Il est facile de généraliser. Cela a l’air stupide mais c’est un peu le chemin raccourci qui se fait dans la tête de chacun d’entre nous s’il lit les informations quotidiennement sans esprit critique et sans connaître le sujet.

De plus, à travers le malaise des jeunes transparait largement le malaise de la société toute entière. Les adultes aussi ont peur pour leur avenir, ils ne savent pas de quoi demain sera fait et personne n’est plus sûr de son emploi, de son équilibre familial ni de son avenir social.

Toutes ces peurs sont projetées sur les jeunes, qui deviennent ainsi la cause des malheurs du monde, sans pour autant qu’on s’interroge sur leurs problèmes à eux et sur le monde qu’on leur laisse. Sans compter que cette stigmatisation est dangereuse car elle nous fait dériver vers une seule jeunesse : la jeunesse comme menace, et non plus comme ressource. (L. Wicht, 2008)

Une autre action qui pourrait être considérée comme une solution pour diminuer le sentiment d’insécurité est de créer du lien entre les citoyens. A Onex, le Service Jeunesse et Action Communautaire (SJAC) s’adonne par exemple à cette cause. Il a en effet pour but principal de créer des liens sociaux et de promouvoir la qualité de vie en développant la participation et les actions communautaires. Les activités, les manifestations, les lieux mis à disposition afin que les gens se rencontrent (La maison Onésienne, l’Upado, le café communautaire et la maison de la musique) permettent aux habitants de se sentir entourés, de se sentir appartenir à un collectif sur qui ils peuvent également compter.

A Vernier, mais comme dans d’autres communes, un projet a été mis sur pied, les contrats de quartiers. Ceux-ci permettent aux habitants d’être acteurs de ce qu’il se passe dans leur village. Ils peuvent ainsi proposer et participer à des projets pour améliorer la qualité de vie dans leur quartier. Ce système donne également la possibilité de créer des liens, de se sentir appartenir à un groupe, d’être acteur et par conséquent, à réduire le sentiment d’insécurité.

Le lien social peut donc accroître le sentiment de sécurité. Ce qui nous paraît dans tous les cas évident est que chaque acteur doit connaître et observer son rôle. C’est-à-dire que les policiers et les institutions judiciaires s’occupent de l’insécurité objective (répression, faire appliquer la loi, etc.). Les citoyens, eux, auraient comme unique responsabilité de créer du lien social, se tourner vers l’autre plutôt que le craindre car la peur est souvent alimentée par l’ignorance et l’inconnu, le manque de connaissance de l’autre. (Pax Christi, 2006)

 

Fabrizia Stendardo et Gaëlle Steigmeier

 

Bibliographie

Biancalana, D. (2005). De la vidéosurveillance, du sentiment d’insécurité et de la gestion du risque. Accès : http://www.forum.lu/pdf/artikel/5327_249_Biancalana.pdf (Consulté le 25 novembre 2008)

Le Courrier. (juin 2006). De quel sentiment d’insécurité parle-t-on ?

Mucchielli, L. (2002). L’évolution de la délinquance juvénile : essai de bilan critique, In Vie sociale, No 3. Accès : http://laurent.mucchielli.free.fr/ (Consulté le 12 décembre 2008)

Pax Christi Wallonie-Bruxelles. (2006). Le sentiment d’insécurité : de la peur de l’autre au renforcement du lien social. Accès : http://www.paxchristiwb.be/analyses/PCWB-Violencequotidien.pdf (Consulté le 15 novembre 2008)

Viquerat, F. (2006). Légendes urbaines et "bandes de jeunes" : une approche anthropologique des imaginaires de l’insécurité. Lausanne : eesp

Wicht, L. (2008). Sentiment d’insécurité, quelles réponses du travail social hors-murs ? Cours de 3e année. Genève : IES

Wikipédia, l’encyclopédie libre. Insécurité. Accès : http://fr.wikipedia.org/wiki/Insécurité (Consulté le 25 novembre 2008)

Wikipédia, l’encyclopédie libre. Prévention situationnelle. Accès : http://fr.wikipedia.org/wiki/Pr%C3%A9vention_situationnelle (Consulté le 12 décembre 2008)