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Quelle place pour les jeunes adultes à Onex ?

Pour mener à son terme notre investigation, nous avons dans un premier temps, pris contact auprès des différents travailleurs sociaux [1] travaillant au contact de cette tranche d’âge (18-25 ans). Nous avons également souhaité recueillir les impressions des différents acteurs en présence (commerçants, sécurité municipale), sans toutefois omettre la parole des jeunes adultes, qui constituent une partie non négligeable de notre étude. Suite à notre investigation auprès des différents acteurs cités précédemment, des opinions divergentes ont émergé quant à la place faite aux jeunes adultes dans la commune d’Onex : entre la nécessité de développer des lieux d’accueil et de rencontre et la responsabilité individuelle qui incombe aux jeunes traversant des difficultés d’intégration sociale : « Ici, il n’y a rien du tout. Il y a juste un bar d’alcoolos. Le week-end, ça va on se rejoint là, on boit un peu et on va en soirée ou se poser dans un bar en ville ». [2] « Est-il nécessaire que la société civile organise aussi les loisirs d’un jeune de dix huit ans ? ». [3]

Les diverses opinions recueillies nous ont permis d’établir un recueil de données issues du terrain, et de développer notre problématique.

Un passant...

En terme de politique éducative locale destinée aux jeunes adultes de 18-25 ans dans la commune d’Onex, nous pouvons distinguer deux principaux acteurs sociaux : la commune (SJAC [4]), la Fase [5](Travailleurs sociaux hors murs). Par le biais du SJAC, la commune d’Onex met à disposition un lieu d’accueil qui est le « café communautaire », structure ouverte aux jeunes de plus de 18 ans à compter de 19h. Un atelier musique ainsi que des studios sont également mis à disposition des jeunes souhaitant développer des compétences musicales. « Les promotions citoyennes » offrent également la possibilité aux jeunes adultes ayant atteint la majorité de participer à des rencontres organisées autour de différents thèmes (le crédit, service civil). Parallèlement à cela, les travailleurs sociaux hors murs effectuent également des actions auprès de cette population. Ils tentent d’établir la relation avec des jeunes adultes en créant des espaces de convivialité. Par leur présence dans la rue, les travailleurs sociaux hors murs proposent également des projets, activités visant à améliorer la vie des jeunes adultes dans leur commune. Ces diverses démarches semblent placer les jeunes adultes au centre du dispositif éducatif et regroupent l’occupation du temps libre, l’apprentissage à la citoyenneté et l’insertion sociale.

Cependant, durant notre investigation, à diverses reprises, nous avons été confrontés aux propos de jeunes adultes pour lesquels Onex offre peu de lieux de rencontres et de perceptives de loisirs. Pour ceux-ci, les lieux d’accueil sont rares, ce qui les contraint à se retrouver dans les espaces publics tels que le parc de la mairie, la « calle », la « coop » ou alors devant le vidéoclub « magic movie ». Ces lieux sont investis par les jeunes, qui se retrouvent après leurs journées de travail et de formation, afin de discuter et de se retrouver entre « potes ». S’il paraît anodin pour ceux-ci de se retrouver dans les espaces publics, nous avons pu constater que l’occupation de ces lieux pouvait entraîner des dégradations (tags, déchets) ou altercations avec les commerçants ou le voisinage. L’ensemble de ces facteurs favorise un sentiment de méfiance et d’exaspération. « Je préférerais que ces jeunes n’existent pas ». [6]

- Rencontre avec Mme Bella, une commerçante : que pense-t-elle des jeunes qui occupent l’espace devant de sa boutique.
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Enregistrement audio de l’interview
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Comment alors, expliquer un tel décalage entre l’offre mise à disposition de ces jeunes adultes, et les sentiments éprouvés par ceux-ci quant à la place qui leurs est accordée dans la commune d’Onex et le sentiment de méfiance et d’exaspération présent chez certains habitants et commerçants.

Qui sont ces jeunes adultes ?

Un jeune au parc de la Mairie 3

Avant de nous intéresser à la place des jeunes adultes dans la politique éducative Onésienne, il convient de préciser le terme de la « jeunesse ». En référence à la classification employée par P. Bourdieu [7] et en lien avec les entretiens réalisés lors de notre investigation, nous avons pu constater que sous le terme « jeunes adultes », deux catégories se distinguaient. D’un côté, les étudiants, jeunes adultes en formation qui se projettent dans le marché de l’emploi, dans un avenir plus ou moins proche. Pour ceux-ci, l’intégration dans le marché de l’emploi est occasionnelle, sous forme de « petits jobs » provisoires. De l’autre, des jeunes adultes ayant déjà intégré le marché de l’emploi ainsi que « la gestion rationnelle du quotidien » [8]. Pour ceux-ci l’intégration dans le marché de l’emploi se fait rapidement et fréquemment de manière irrévocable. Entre ces deux pôles, nous pouvons inclure des positions intermédiaires comme celle des « jeunes sans emploi ».

Les jeunes adultes, occupant les espaces publics ou investissant les structures mises à leur disposition, sont représentés dans les différentes catégories identifiées précédemment. Ce qui nous amène à faire le postulat que la problématique ne doit pas être exclusivement ramenée à des images réductrices, mettant en avant des groupes de jeunes commettant des dégradations matérielles, et entretenant des relations conflictuelles avec le voisinage. Le sujet semble plus complexe que cela, et nécessite d’être traité avec attention.

Comment se définit l’action entreprise auprès de cette population ?

La place des jeunes adultes dans la politique éducative Onésienne, semble prépondérante, l’offre y est donnée par des éducateurs appartenant à la commune ainsi que des travailleurs sociaux hors murs dépendant de la Fase . L’offre cantonale semble équilibrer l’offre communale où il est vrai, que les activités destinées aux jeunes adultes, concernent essentiellement « l’apprentissage de la citoyenneté » ainsi que la tenue d’un lieu d’accueil leur étant ouvert à compter de 19h. Pour intégrer les lieux d’accueil et de loisirs, les bénéficiaires doivent se conformer aux règles et valeurs, encadrant ces structures. Globalement, si nous nous intéressons aux actions entreprises, par les deux principaux acteurs en contact avec les jeunes adultes, nous pouvons constater que celles-ci résident fortement sur la notion de responsabilité individuelle. Les jeunes adultes, sont alors perçus comme détenteurs des clés de leur avenir. Pour accompagner ceux-ci vers la réalisation de leurs aspirations, un travail de réflexion et de « gestion de soi » se doit d’être fait par le jeune. Celui-ci, pour s’intégrer, doit alors savoir « se gérer de l’intérieur » [9]. Les interventions des différents acteurs présents auprès des jeunes adultes, semblent placer le travail du sujet sur lui-même au centre du dispositif. L’individu intégré est alors perçu comme étant capable de se soumettre à des règles de fonctionnement internes aux institutions (règles des lieux d’accueil) mais également capable de se « maîtriser de l’intérieur » [10]. Les rapports entre l’usager et les institutions semblent être le reflet du développement personnel du sujet. S’il paraît nécessaire de respecter des règles régissant le « vivre ensemble », nous pouvons nous questionner quant à la place faite aux jeunes ayant des comportements défaillants. Ceux-ci se voient exclus des lieux d’accueil, où seuls sont admis les sujets ayant accompli un travail de désocialisation quant à certains codes, certains domaines.

- Rencontre avec deux jeunes adultes Onesiens : vous avez parlé de règles ?
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Entretien sonore de l’interview
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Conjointement à ce travail de réflexion sur « soi même », les actions éducatives entreprises auprès des jeunes adultes favorisent également la relation aux pairs : notamment dans le cadre des « locaux en gestion accompagnée ». Lors de notre enquête auprès des jeunes adultes, nous avons constaté que la question liée à la demande de locaux était récurrente. Ces structures, qui répondent aux demandes des jeunes quant à la « possession » d’un local, favorisent l’autonomie des usagers qui sont alors responsables de la gestion du lieu. « L’autonomisation » [11], est alors construite en partie en dehors du monde adulte, sur la base d’un contrat tripartite [12]. L’émancipation peut également prendre une autre forme et se traduire par la compréhension et la participation des jeunes adultes à la vie de leur commune « l’apprentissage de la citoyenneté ». Ce processus qui regroupe jeunes et travailleurs sociaux favorise l’émergence d’opinions et d’idées issues du terrain en vue de les soumettre aux sphères décisionnelles qui orientent la politique locale. Dans ce processus, le travailleur social occupe une place importante car il contribue à faciliter les échanges, les transactions entre les acteurs, dans le but de favoriser l’action citoyenne. Si nous prenons l’exemple des locaux en gestion accompagnée, nous pouvons constater que l’intervention des travailleurs sociaux a permis de légitimer l’action des jeunes qui étaient alors porteurs d’un projet à soumettre dans l’espace public. L’apprentissage de la citoyenneté, peut être perçu comme un support pédagogique permettant aux jeunes de s’approprier l’espace public et les procédures démocratiques. Ce processus traduit également le postulat des difficultés rencontrées par les jeunes adultes pour trouver une place dans l’espace public. Favoriser l’implication des jeunes dans l’espace public est également un moyen de réhabiliter la responsabilité chez les jeunes adultes, qui parfois semblent éprouver une certaine résignation quant au manque de reconnaissance dont ils sont la « cible ».

Le manque d’intérêt des jeunes adultes, pour le domaine public, se heurte parfois à la complexité des procédures démocratiques et des lenteurs administratives : « Nous avons fait une demande il y a un an, mais nous n’avons toujours pas reçu de réponse » [13] . Pour certains jeunes, les mécanismes du domaine public semblent complexes et entraînent une démobilisation des sujets.

Coop d’Onex

Cependant, concernant la place des jeunes adultes dans « les sociétés modernes », il appartient à ceux-ci de trouver leurs places dans l’espace public. Ceci passe par une intégration professionnelle mais également peut se prolonger par une éventuelle mobilisation dans le domaine associatif. Car, si nous prenons l’exemple de la commune d’Onex, nous constatons que celle-ci est dotée d’un nombre conséquent d’associations. Occuper le monde associatif, participer à l’action communautaire peut être une alternative pour les jeunes adultes de contribuer à apporter une solution collective et solidaire favorisant leur autonomie ainsi que leur émancipation.

Quelle collaboration entre les acteurs présents dans la commune ?

A propos de la coopération entre les principaux acteurs : commune, Fase. Durant notre étude, nous avons constaté que celle-ci se faisait de manière occasionnelle et n’était pas constante : « Nous n’avons pas beaucoup de contacts avec les TSHM, car avant il y avait la coule Nord ou il était possible d’échanger avec eux. Aujourd’hui, ces rencontres n’ont plus lieu de manière régulière, mais lorsqu’il y a besoin, il est possible d’avoir des contacts avec eux » [14]. Il est dommageable que ces deux acteurs occupant une place prépondérante dans le dispositif éducatif Onésien, ne développent pas leur collaboration. Car, si nous prenons l’exemple des jeunes adultes habitant à Onex, nous constatons que ceux-ci n’ont pas accès à « l’Up Ados » avant 19h. Bon nombre d’entre eux se retrouvent alors dans les espaces publics ou sont régulièrement présent les travailleurs sociaux hors murs. Serait-il souhaitable de renforcer la collaboration entre les différents services ? Ce manque de synergie entre les services se retrouve également auprès d’acteurs extérieurs au dispositif, mais qui participent à l’action communautaire de la commune. Ces difficultés de communication sont regrettables et entravent quelquefois le bon déroulement des actions. Alors qu’une meilleure collaboration entre les partenaires permettrait de diversifier les actions en faveur des usagers.

L’exemple du sentiment d’insécurité…

Lors de notre enquête, nous avons remarqué qu’il était possible de travailler autour de cette perception. Cela notamment, en favorisant un travail de communication auprès des habitants. Dans le cadre de canal Onex, qui est une chaîne de télévision locale, nous avons constaté qu’il était réalisable de mettre en œuvre des outils de communication permettant aux habitants et aux jeunes de se connaître, de se découvrir. En matière de dialogue, de communication intergénérationnelle, les possibilités offertes par cette chaîne semblent intéressantes et contribuent à favoriser l’intégration des jeunes dans la commune. Si nous prenons l’exemple des émissions telles que « ZAP Onex » , « Si t’échange », ou le sujet réalisé avec l’aide des TSHM concernant les jeunes occupant les espaces publics, nous pouvons observer que ces émissions ont contribué à faire « tomber » l’anonymat des « jeunes ». Au travers de ces diffusions, les habitants d’Onex ont pu identifier les jeunes qu’ils croisaient régulièrement dans la rue et qui leurs semblaient parfois « menaçants ». Les personnes ayant visionné les émissions ont pu observer les jeunes dans un autre contexte et s’apercevoir que ceux-ci étaient des personnes à part entière, avec des loisirs, des engagements dans le milieu associatif pour certains. Canal Onex constitue donc un formidable outil de communication, à portée des différents acteurs exerçant au contact des jeunes. Cependant, nous pouvons regretter que ce moyen de communication ne soit pas pleinement utilisé par les différents acteurs travaillant auprès des jeunes Onésiens.

- Entretien avec Stéphane Jeanrenaud de Canal Onex : une télévision locale qui nous parle !
MP3 - 8.5 Mo
Entretien sonore de l’interview
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Stanislas Rey
 

[1] Educateurs du Service jeunesse action communautaire ; travailleurs sociaux hors murs.

[2] Propos de jeunes adultes Onésiens.

[3] Mr D. responsable du service de prévention sociale et de promotion de la santé.

[4] Service jeunesse action communautaire.

[5] Fondation genevoise pour l’animation socioculturelle.

[6] Propos recueillis lors de notre enquête auprès d’un commerçant.

[7] « Questions de sociologie », plus précisément l’extrait « la jeunesse n’est qu’un mot ». P. Bourdieu.

[8] « Splendeurs et misères de la jeunesse sous le règne du nouvel esprit du capitalisme » : Franz Shultheis, professeur et directeur du Département de sociologie de l’université de Genève.

[9] « La place des jeunes dans la cité » Elisabeth Callu, Jean-Pierre Jurmand, Alain Vulbeau.

[10] « La place des jeunes dans la cité » Elisabeth Callu, Jean-Pierre Jurnand, Alain Vulbeau.

[11] « La place des jeunes dans la cité : Elisabeth Callu, Jean-Pierre Jurmand, Alain Vulbeau(eds).

[12] Le contrat tripartite regroupe les jeunes, la mairie et les travailleurs sociaux hors murs.

[13] Propos de jeunes adultes habitants à Onex.

[14] Propos recueillis lors de notre enquête auprès de travailleurs sociaux.