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Les jeunes, les médias et le sentiment d’insécurité

Lors de nos entretiens, cinq thématiques sont ressorties : l’intégration, les jeunes, les médias, le sentiment d’insécurité et la vie à Avanchets. Durant nos recherches de littératures, nous avons remarqué que les thématiques jeunesses, médias et insécurité étaient très liées. Il a été difficile pour nous de les séparer. C’est pour cette raison que nous avons fait le choix d’en faire un seul article.

Depuis des siècles, la jeunesse a toujours été stigmatisée comme dangereuse et mauvaise. « Notre jeunesse (…) est mal élevée. Elle se moque de l’autorité et n’a aucune espèce de respect pour les anciens. Nos enfants d’aujourd’hui (…) ne se lèvent pas quand un vieillard entre dans la pièce. Ils répondent à leurs parents et bavardent au lieu de travailler. Ils sont tout simplement mauvais » [1] (Socrate 470-399 av. JC). Cette citation nous montre bien que la problématique de la jeunesse n’est pas propre à notre époque, mais qu’elle est présente depuis des siècles. Est-ce vraiment la jeunesse qui pose problème ? Ou bien le monde adulte qui n’est pas tolérant ?

Lorsque nous abordons la question des jeunes avec les habitants d’Avanchets, nous nous apercevons qu’ils ont une image positive de la jeunesse. Ils sont conscients que certains événements produits dans le quartier sont liés avec la jeunesse, mais cela représente un petit pourcentage.

« Je trouve qu’il y a de tout aux Avanchets, comme partout. Il y a des jeunes de tous les niveaux. Par exemple dans mon allée j’ai vu grandir depuis 95’ beaucoup d’enfants, je trouve qu’ils ont bien tournés, ils font pleins de trucs. Certains sont répétiteur des plus petits. Y a les classiques qui grandissent qui font la puberté […]. Et il y a la couche qui a un peu ce qu’on a nous ce qui sont un peu sur le fil […], donc ceux là, ils sont un peu embêtants ils cassent des trucs. Ils sont un peu dans l’incivilité encore light. On a une équipe qui est moins light mais ce n’est toujours pas énormément de jeunes. C’est ce que je constate en me promenant ou en discutant avec les voisins. Après il y a une petite proportion de jeunes qui sont marginaux, qui ne tournent pas forcément encore drogues. Mais en tout cas alcool et peut-être drogue par la suite » [2]. . Alors pourquoi focalisons-nous sur les jeunes ?

Télé en famille

L’image que rejette la jeunesse par ses modes d’expressions, telle que les graffitis, la musique et qu’ils se retrouvent en bande, donne un sentiment d’insécurité aux autres individus.

« Des fois, je me dis ça le soir ou quand ils sont bruyants, ils sont en bande. Mais de nouveau c’est partout pareil. Ce n’est pas spécialement Avanchets, je crois qu’on a peur de ce qu’on ne connaît pas. On voit ces groupes de grands, alors je me dis un petit vieux qui traverse les Avanchets à 8h00 du soir c’est vrai que de voir des groupes comme ça, ça doit être terrorisant. Le jeune ça fait toujours peur. Les jeunes c’est toujours eux qui cassent, les jeunes c’est toujours eux qui font tout. Ce que je constate dans le quartier et ailleurs, t’as aussi les adultes qui pissent derrière qui crachent parterre et qui jettent des trucs à côté de la poubelle. Simplement on focalise sur les jeunes. Mes voisins c’est un peu ça. Dès qu’il y a une vitre cassée « ha ces jeunes », on en sait rien qui sait. C’est le phénomène qui fait peur au phénomène adulte mais la réciproque est pareil, ca veut dire que les jeunes ont aussi peur des adultes » [3] .

Il y a d’autres facteurs qui sont liés au sentiment d’insécurité comme, la luminosité, le vécu personnel, l’insalubrité de certains lieux, le bruit, la vente de produit, sa consommation et l’abandon du centre commercial.

Extrait n°1 Parole d’une habitante du quartier
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(extrait musical tiré de l’albun "Fight for your mind" de Ben Harper (1995))

« C’est souvent la question de luminosité, mauvais éclairage qui donne ce sentiment d’insécurité. Vraiment, un centre commercial. (…) En dépannage, c’est vraiment chouette d’abord le centre commercial. Du moment qu’il est habité, vivant, ca évite de donner cette image insalubrité et qui donne ce sentiment d’insécurité. Il y a déjà les lumières. Il y a lorsque les adolescents sont en meute, ca peut donner un sentiment d’insécurité. Le fait aussi, quand des fois ça peut être sale, tagué ou cassé. (…) Le fait aussi que le centre commercial part en délabrement. C’est un lieu de rassemblement, à l’abri, au chaud, qu’on va facilement délabrer. Et là, ça réunit le groupe, les adolescents, la dégradation qui fait un sentiment d’insécurité. (…) »

Avanchets by night

« Parce que ce n’est pas à cause des jeunes qui habitent ici, ce n’est pas à cause de ça, je crois ailleurs Avanchets, il y a une discothèque et autres choses (…) vendredi soir, samedi soir … j’ai toujours peur car c’est très bruyant, ils courent, ils se bagarrent et après il y a la police qui vient et les sirènes jusqu’à quatre heures, cinq heures du matin. (…) Mais si j’ai peur c’est personnel, moi j’ai peur mais ce n’est pas à cause du quartier (…) ».

Extrait n°2 Parole d’une habitante du quartier
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(extrait musical tiré de l’album "The trick to life" de The Hoosiers (2007))

« (…) c’est vrai que, je pense que le problème de drogue qu’on a aux Avanchets, il aurait pu être réglé depuis longtemps je comprend pas pourquoi il est pas réglé, autrement dit je sais pas pourquoi on accepte que ce soit une plaque tournante alors que c’est une cité ou y a beaucoup de familles. La police m’expliquera que tatata, je sais bien que si ils ne sont pas là ils sont ailleurs mais j’estime que là ou ils sont placés c’est juste pas normal en tant mère de famille. Je parle avec des copines y a la même chose à Carouge ou a […]. Quand ils vont quelque part ils vont quelque part. C’est par réserver aux Avanchets. Non aucun quartier n’est à l’abri mais c’est vrai que là c’est un problème qui est récurrent depuis que j’y suis depuis que mon mari y est […] » [4]

La plupart des gens se sentent bien dans le quartier, ils sont cependant conscients que leur quartier rejette une image négative auprès des genevois. Lorsque nous leur posons la question : « Quelle vision pensez-vous que les habitants de Genève ont d’Avanchets ? », ils savent quelle est mauvaise.

Extrait n°3 Parole d’une habitante du quartier
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(extrait musical tiré de l’album "Back to Back" d’Amy Winehouse (2006))

« Une vision qui est malheureusement négative et qui est drainée par les médias. A chaque fois qu’il y a un article d’Avanchets, il est négatif. C’est récurrent. Cette vision là, les gens ne la connaissent pas. Ils ne sont jamais venus ou vu les appartements. (…) Je remarque que dans les médias, c’est constamment négatif. Il parle surtout de l’insécurité ? Oui, mais aussi de tout ce qui est vandalisme, insécurité, agression. Ils mettent des étiquettes. (…) C’est terrible car c’est loin d’être la vérité » [5]

Alors pourquoi les genevois ont une vision négative du quartier ? Lorsque nous avons rencontré ces différentes personnes, nous avions le sentiment qu’il y avait plusieurs avantages à vivre dans le quartier. Pourquoi n’était-il pas apprécié ? Certains habitants du quartier se sont fait une raison et d’autres cherches encore à le défendre. Pour eux les événements qui se produisent dans le quartier ne sont pas propre au quartier. « (…) je ne vois pas plus de problèmes qu’à d’autres endroits » [6] Pour les habitants du quartier, ils ont le sentiment qu’une majorité des genevois connaissent le quartier à travers les médias.

Selon plusieurs auteurs, le plus grand des impacts des médias est la stigmatisation. Mais le rôle des médias ne serait-il pas de rapporter les faits objectivement ? Et de respecter le cadre déontologique et éthique du professionnel ? En écrivant des articles qui touchent la population, n’ont-ils pas d’influence sur leur représentation ? Alors, pouvons-nous parler d’un « abus médiatique » [7] ? Selon Windisch [8] , les médias ne trichent pas. Cependant, ils ont une « logique de la représentation médiatique ». Les médias nous montrent ou écrivent des sujets qui nous touchent et cela peut avoir des répercussions sur nos représentations. L’auteur met l’accent sur « voir ne doit pas équivaloir à croire ». C’est pour cela que le lecteur doit avoir la capacité de critiquer les informations qu’il reçoit. Il doit essayer de les regarder sous divers angles. Ceci devrait l’aider à pouvoir se créer sa propre opinion et l’aider à comprendre l’origine de l’article. Il doit être attentif. Il ne devrait pas s’arrêter à la première information. « C’est précisément par un tel biais du raisonnement que la plupart des gens se forgent leur opinion ou leur conviction, se fondant sur un seul canal d’information : Les médias. (…) Tout se passe comme si le cerveau humain, avec son raisonnement et en l’absence d’une méthodologie adéquate, ne cherchait qu’à vérifier qu’il est bien dans la bonne direction comme si la vérité se trouvait sur un seul chemin » (Guéniat, 2007, p.141).

En revanche, il y a une chose dont les habitants du quartier sont persuadés : « Moi, je ne connais personne qui est venu habiter ici et qui n’a pas une opinion positive de la cité ». Les habitants savent l’image qui est véhiculée du quartier. Cependant, ils restent convaincus que si les genevois faisaient un effort pour venir le connaître, ainsi que ses habitants, ils auront changé un bout de leur opinion sur le quartier. « Dieu sait quelle image les gens ont de la cité » [9]

En conclusion, nous pouvons dire que les six personnes interviewées se sentent en sécurité dans le quartier. Ils n’éprouvent pas de difficulté avec les jeunes. Ils sont conscients qu’il y a une mauvaise image du quartier. Cependant, ils savant que les événements produits dans le quartier ne lui sont pas propre. Le quartier n’est pas plus à risque qu’ailleurs. « (…) voila il ne m’est jamais rien arrivé, alors je pense que s‘il devait m’arriver quelque chose, ça ne m’arriverait pas plus ici qu’ailleurs » [10] Les personnes interviewées n’associent pas le sentiment d’insécurité à la jeunesse, mais au délabrement du centre commercial, le manque de luminosité dans le quartier et le vécu personnel. Et que les médias ont un rôle important dans la réputation du quartier.

Sevim et Vanessa

Bibliographie :

(2005). L’approche de la sécurité par la cohésion sociale. Editions du Conseil de l’Europe.

Guéniat, O. (2007). La délinquance des jeunes, l’insécurité en question. Lausanne : Presse polytechniques et universitaires romandes.

Mucchielli, L. (2001). Violences et insécurité. Paris : La Découverte.

Windisch, U. (1999). Violences, jeunes, médias et sciences sociales. Lausanne : L’âge de l’Homme. (Pp. 7-162).

Cours

Richard, N. (2008). Politique jeunesse et prévention. Module libre. Lausanne : EESP.

 

[1] Cours de Mme Richard, N. (2008). Politique jeunesse et prévention. Module libre. Lausanne : EESP.

[2] Paroles recueillis d’une habitante du quartier

[3] Idem

[4] Paroles recueillis de différentes habitantes du quartier.

[5] Idem.

[6] Idem.

[7] Guéniat, O. (2007). La délinquance des jeunes, l’insécurité en question. Lausanne : Presse polytechniques et universitaires romandes.

[8] Windisch, U. (1999). Violences, jeunes, médias et sciences sociales. Lausanne : L’âge de l’Homme. (Pp. 7-162).

[9] Propos recueillis d’une habitante du quartier.

[10] Idem.

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