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La vie à Avanchets

Après que notre groupe ait effectué six interviews, nous les avons retranscrites, puis tous ensemble, nous les avons mises en commun pour voir les similitudes, les différences et ce qui en sortait.

Quelques thèmes ont resurgit de nos conversations que voici :

Le thème d’Avanchets nous paraissait primordial, l’architecture, l’infrastructure, les places de jeux, les crèches, le bien être des habitants etc. Thème que j’ai choisi de développer ci-dessous. L’influence des médias sur la vision qu’ont les gens de la cité d’Avanchets, puis la réputation, à savoir la théorie de l’œuf et de la poule. La sécurité et l’insécurité, est-ce qu’il y a un réel « danger » à Avanchets ? Est-il fondé ? Si oui sur quels facteurs ? Il est possible que la réputation et les médias jouent un grand rôle. Puis enfin le thème de l’intégration et de l’interculturalité. Ce sont ces mots clés qui nous ont amenés sur la voie de cette enquête.

Avanchets

« Avanchets » est le nom d’une localité située dans le canton de Genève, dans la commune de Vernier. Le quartier abrite 5730 habitants en mars 2006, il a été construit entre 1971 et 1977 et totalise 101 immeubles. La population est majoritairement d’origine étrangère, principalement originaire d’Amérique du Sud, du Maghreb, d’Espagne, du Portugal, d’Italie, du Kosovo ou encore d’Afrique sub-saharienne. Cela fait de la commune de Vernier l’une des cités les plus métissées de Suisse. La cité tire son nom de l’ « Avanchet », qui est un ruisseau coulant entre Le Grand-Saconnex et le Rhône en passant par Valombré.

« Avanchets est constitué de sept blocs caractérisées par leurs façades bigarrées et biscornues. La conception même de la cité était révolutionnaire à l’époque de sa construction car chaque immeuble, allant de 7 à 13 étages, était doté de deux niveaux de parkings souterrains. Les rues d’accès pour les automobiles, notamment baptisées par des noms d’aviateurs comme Oscar Bider et François Durafour, sont séparées des cheminements piétonniers. À l’origine, la circulation routière devait être entièrement souterraine mais ce projet fut abandonné en raison de ses coûts. Les 2240 appartements, tous construits en béton de 18 centimètres d’épaisseur, sont spacieux et les loyers relativement modestes pour la région. Une partie des appartements sont vendus comme à la rue Carqueron. Ceint de part et d’autre par des routes à fort trafic, le quartier souffre d’un certain enclavement, phénomène renforcé par un relatif cloisonnement né de la conception même de ses espaces extérieurs et de la séparation verticale des circulations. Ces conditions, associées à une concentration de couches socio-économiques moins favorisées, se traduisent par une image du quartier peu valorisante et par un taux de criminalité légèrement plus élevé que la moyenne genevoise d’après le département de justice et police cantonal et ce malgré la présence d’une importante végétation, la taille des appartements ou par les transports publics [1] . »

Plan du quartier Avanchets

D’après Frei en 1997, dans l’article « L’éducation en débats : analyse comparée, Vol 2. » - « Un processus de marginalisation en zone urbaine » de Dominique Gros. la construction d’Avanchets s’est principalement fondée sur deux arguments ; le premier était celui de la pénurie du logement, le deuxième était celui de la montée de sentiments et de forces politiques xénophobes. Je vais résumer les interviews des quelques habitants d’Avanchets. Il est évident que les propos de nos six interviewés sont différents, même s’il en résulte un avis plutôt favorable au quartier, et un plutôt négatif.

Toujours dans l’article cité ci-dessus, dans les années ’90, une crise frappa Genève. D’abord sur le plan économique, un chômage terrible, puis sur le plan humain, une masse d’émigrés de gens venus de pays en guerre ou fuyant des difficultés économiques eux aussi, mais dans leurs pays, sont venus s’établir en Suisse. La commune leur a alors fait place dans des quartiers tel que à Avanchets, où les loyers n’étaient pas chers.

Résumés

Selon Mme Berger [2] « Mme Berger dit avoir entendu que la réputation d’Avanchets n’était pas gaie, mais que les appartements étaient spacieux et jolis, alors elle s’est basée sur cette image positive. Maintenant qu’elle y est, elle décrit le quartier comme un village, elle s’y plait.

Représentation du quartier
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(extrait musical tiré de l’album "the living road" de Lhassa De Sela (2003))

Elle fréquente ses voisins et les parents d’enfants de l’école où vont ses enfants. Les gens sont sociables et ouverts, ils se disent bonjour dans la rue. De plus, elle fait partie d’associations. Il est facile de créer un réseau et de se mêler aux habitants, il suffit de s’investir dans un réseau pour ne pas rester cloîtré à la maison. Évidemment, si l’on n’a pas d’enfants ou de chien, il est très difficile de se mêler aux gens du quartier. »

Selon Mme Persepolis :

« Mme Persepolis dit avoir eu de mauvais échos également, que c’était une cité, donc que c’était bizarre… Maintenant qu’elle y est, elle se dit être une « pro Avanchets ».

Elle a acheté un appartement à Avanchets, ses parents et son frère aussi.

Toute personne habitant à Avanchets aime son quartier, personne ne dit ne pas l’aimer !

Tout y est dans le quartier, tout a été fait pour le confort des enfants. Il y a des crèches et des jardins d’enfants, il y a des écoles primaires et secondaires. L’école de commerce, l’ECG et le collège sont tous proches. On peut se rendre partout à pied. C’est une sécurité. Donc rien de négatif.

Par contre ce que Mme Persepolis reproche, c’est qu’à son arrivée dans le quartier, il y avait beaucoup de manifestations ou de fête de quartier par exemple. Maintenant il n’y en n’a plus, c’est dommage. Le centre commercial est à l’abandon, ça aussi elle regrette. »

Vue de Balexert
Dans le quartier, le centre commercial Balexert occupe une grande place. Il faut savoir que le centre à été inauguré en 1971, alors que le quartier a été construit entre les années 1971 et 1977. Ce qui veut dire que Balexert était là avant la cité. Ainsi contrairement aux idées reçues, le petit centre commercial du quartier d’Avanchets n’a pas disparu à cause de la construction de Balexert.

Selon Mme Charlienne :

« Le quartier d’Avanchets est très moche, mais Mme Charlienne s’adapte. Elle n’a jamais vécu dans une cité avant celle d’Avanchets, alors il lui paraissait bizarre de mettre tant de monde dans un si petit espace. Mais finalement, elle se sent plus dans un village que dans une cité. Elle trouve que les appartements sont spacieux et jolis. Le quartier est très pratique pour les enfants ! Il y a tout à proximité. Elle se sent bien dans le quartier, il n’y a pas de voiture, alors c’est une sécurité. Pour les gens qui ont une vie active, qui ont des enfants ou un chien, le quartier est pratique. Peut-être que pour les personnes âgées ou inactives, c’est un quartier moins vivant. »

En ce qui concerne la vision externe des gens, je cite :

« …je pense que partout on focalise sur des cités, c’est à cause des médias aussi. Les médias font toujours des montagnes de choses alors qu’en réalité quand on discute avec les îlotiers ou avec la police il se passe absolument rien de plus ici qu’ailleurs simplement c’est un peu remonté. Chez les jeunes je vois, par exemple chez mon neveu qui est adolescent, il y a une espèce de fierté que sa tante habite à Avanchets, parce que c’est le quartier de tous les dangers, je pense chez les jeunes y a un côté un peu… c’est le bariole. Et les adultes ils ont peur, mais moi je pense qu’ils ont toujours peur des cités, les cités ça fait peur.

Il n’y a pas eu de moments pires qu’ailleurs, dans mon bled, il se passait les mêmes choses. Simplement là c’est beaucoup plus d’habitants, […] là on est 7’000. Moi en tout cas pour y travailler et y vivre je ne vois pas plus de problème qu’à d’autres endroits. Je ne sais pas à quoi vous faites référence mais si c’est de toxicomanie, il y en a partout, aujourd’hui c’est pas qu’à un endroit à Avanchets, trafic de drogues il y en a partout. Je ne vois pas ce qu’il y a de plus qu’ailleurs franchement et honnêtement…mais bon… »

Cet extrait illustre parfaitement l’ambiance à laquelle nous étions confrontés lors de nos interviews. Le thème des médias est abordé par mes camarades plus loin.

« Elle fait aussi remarquer que le centre commercial décrépit, que la population change, avant il y avait plus de latinos, maintenant plus de Kosovars. Un autre changement est celui du loyer. C’est passé de HLM à loyers libres. »

Mme Petipoiz :

« Ce qui est bien c’est qu’on a le centre commercial à côté et c’est pratique pour les études des enfants. Donc pour les familles c’est bien. Mais sinon je n’aime pas.

Le choix d’Avanchets était tout d’abord pratique, je travaillais à l’aéroport et les loyers ne sont pas chers. Il manque des infrastructures pour les jeunes, il faut améliorer quelque chose car les jeunes adolescents traînent dans la rue…il font du bruit et ne sont pas motivés. Le restaurant, la boulangerie et tout le reste n’est pas beau, ça ne fait pas envie d’y aller. »

Ce qui est expliqué dans le document distribué à l’école, c’est que dès les années 1990, si je raccourcis un peu, la population d’Avanchets change. Des émigrés du Kosovo, des Portugais, des Africains arrivent en masse…La culture n’étant pas la même, les enfants en particulier s’adaptent plus ou moins bien. Dès lors, dans l’article, d’après des entretiens menés par Favre, Jaeggi et Osiek en 2003, les enseignants n’ont plus l’impression d’enseigner, mais d’éduquer. Il faut beaucoup de temps pour s’adapter, expliquer la culture, remettre à niveau certains élèves qui ne parlent pas forcément la langue. Alors les enseignants craquent puis partent…L’encadrement n’est pas assez sérieux, les professeurs ne restent pas bien longtemps, il n’y a pas de suivi régulier. Les enfants et/ou les adolescents ne sont pas assez cadrés. A mon sens, l’éducation première vient de son foyer et la deuxième de l’école. Si aucune des deux ne peut réellement cadrer un adolescent, les comportements s’en suivront… ; l’école buissonnière, les insultes, les délits plus ou moins graves et pour en venir à du concret…traîner dans la rue.

Mme Adolfa :

« Elle se sent merveilleusement bien dans le quartier, les écoles, les professeurs et les infrastructures sont absolument parfaites ! »

D’après l’enquête de Begag et Rossini en 1999, dans l’article « L’éducation en débats : analyse comparée, Vol 2. » - « Un processus de marginalisation en zone urbaine » de Dominique Gros. Les métropoles sont des lieux de mobilité par excellence, effectivement, les magasins, les boutiques, les supermarchés, les postes, banques, cinémas, théâtre et autres commerces sont tous placés dans une grande ville. On trouve de tout contrairement à un village où l’on trouve le strict minimum, ce qui favorise la mobilité. Le quartier d’Avanchets se veut une cité-ville. Le quartier a été construit avec l’idée qu’il y aurait tout sur place…Une crèche, un jardin d’enfants, des écoles, des écoles supérieures, des places de jeux, de la verdure, un centre commercial etc. Avanchets est en fait une petite ville en soi, c’est sans doute une des raisons qui créer ce bien-être exprimé par Mme Adolfa.

Pour terminer, je voudrais reprendre la fin du document « L’éducation en débats : analyse comparée, Vol 2. » - « Un processus de marginalisation en zone urbaine » de Dominique Gros.

Un exemple de processus de marginalisation en zone urbaine

« Le quartier genevois à Avanchets n’est ni un ghetto, ni une banlieue reléguée et très défavorisée comme il en existe dans de nombreuses villes, mais il constitue désormais un quartier fragilisé, où s’installent des poches de précarité. Ce que l’étude de ce cas révèle, c’est comment peut-il apparaître et se développer un processus de marginalisation en zone urbaine. Des facteurs locaux et globaux - crise économique, changements législatifs, évolution du contexte géopolitique - se conjuguent et précipitent un quartier dans une crise sociale, qui affecte directement les écoles y étant implantées. Ce processus souligne les interrelations qui existent entre les problèmes de ségrégation spatiale, de différenciation sociale et d’inégalités face à l’école ; il invite à se préoccuper des incidences sur les établissements scolaires de la transformation sociale de leur contexte, car “l’école ne se contente pas de reproduire les différenciations urbaines, mais est elle-même productrice de différenciations à travers son fonctionnement interne” (Van Zanten, 2001). Elle est, donc, susceptible de surajouter des effets ségrégatifs. La différenciation urbaine et la différenciation scolaire sont des phénomènes complexes, qui se combinent et qui se complètent dans la production de disparités sociales auxquelles il importe de prêter une extrême attention, afin de prévenir l’apparition de formes nouvelles de marginalisation, voire de ségrégations sociales. Ces dernières affectent fortement les enfants et elles risquent d’obérer sérieusement leur développement, ainsi que leur avenir dans une société où le cursus de formation et les compétences certifiées sont des facteurs essentiels d’intégration. Elles constituent aussi un terreau favorable au développement de phénomènes d’incivilités, voire de violences (Vuille et Gros, 1999). »

Kristina
 

[1] Eléments tirés du site www.wikipédia.com

[2] Afin de préserver l’anonymat des habitants, tous les noms énoncés sont fictifs

Images jointes à cet article :
Plan du quartier Avanchets
  • Titre : Plan du quartier Avanchets
  • Taille : 500 par 500
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    6 janvier 2009