Accueil du siteAvanchets : Les jeunes adultesLa face cachée des auteurs
Synthèse personnelle de Marie
"Le plus précieux de nous-mêmes est ce qui reste informulé." André GIDE

Durant ce module Oasis, qui consistait à mener une enquête au sien du quartier des Avanchets, je me suis retrouvée confrontée à ma personne, à ma profession, à la collaboration, à la frustration, à l’émancipation et à la richesse de découvertes. Je me suis sentie à la fois forte et à la fois vulnérable, tout au long de cette démarche, qui m’a apporté énormément dans mon apprentissage de future travailleuse sociale, de vie et d’entrée en relation.

Afin de jouer le jeu entièrement, j’ai opté à choisir un groupe, dans lequel je connaissais personne, ou avec qui je n’avais encore jamais travaillé. C’est ainsi, que je me suis retrouvée entourée de cinq personnes avec lesquelles j’allais mener une enquête sur la thématique « des jeunes adultes des Avanchets ». Cette troisième année, m’a été assez démoussolante, car la plupart des gens qui m’étaient connus, étaient partis dans des autres cantons pour suivre leur module oasis. Je me suis retrouvée dans une classe et dans une école, dans laquelle je ne connaissais plus grand monde. J’avais l’impression de retourner à mes débuts, quand j’ai débarqué dans cette école, il y a maintenant deux ans. Il m’a fallu un petit moment d’adaptation, afin que je puisse à nouveau trouver mes repères et mes acquis.

Je n’avais encore jamais mené une enquête sur un terrain, ou peut-être bien que si, mais jamais sous cette forme. J’ai eu l’occasion de rencontrer des professionnels sur leur terrain pendant plus de trois mois. D’aller au-delà du visible d’un quartier en cherchant des éléments et des gens qui pouvaient répondre à mes questions. Quand je prends un certain recul, je m’aperçois du cheminement parcouru, par le résultat de cette enquête et les informateurs que j’ai pu côtoyer, grâce à elle. Tout un monde s’ouvrait à moi, sans que je me rende compte. Il n’était pas évident de rentrer dans ce quartier, vu comme une cité bourrée d’aprioris et soit disant violente. J’ai du me dégager de cette image, que me renvoyer des éléments extérieurs. J’ai du apprivoiser ce quartier, en faire le mien pour m’y sentir à l’aise, repérer les endroits stratégiques pour créer des contacts, faire confiance à des gens qui m’étaient encore inconnus, écouter leurs discours, me confronter à une certaine réalité et récolter des données pour les analyser.

Le travail en groupe de cette enquête, m’a demandé également beaucoup de temps d’adaptation. Je devais faire connaissance avec ce groupe de personnes, collaborer avec et cerner tout ce petit monde pour trouver une méthode collective de travail. A tous moments, il nous a fallu des réajustements dans notre groupe, afin de trouver ou de retrouver un certain équilibre. Je me suis sentie par moment meneuse, responsable, demandeuse et exigeante face à l’organisation, à la gestion et à la collaboration de ce groupe. Un rôle que je n’ai pas l’habitude de prendre et qui m’était difficile à assumer. Dire les choses qui ne veulent être entendues ou dites, trouver les mots justes, mettre en place des compromis, entendre tout ce petit monde et trouver des stratégies afin de travailler ensemble, m’ont remontré la difficulté du travail d’équipe. Chose que j’avais un peu oublié, vu le petit nombre d’animateurs de notre classe de l’année passée, il m’était beaucoup plus facile de travailler avec eux, vu que nous nous connaissions très bien. Nous connaissions nos points forts et nos faiblesses. Cet apprentissage, j’ai du le refaire et je pense que dans mon futur avenir de travailleuse sociale et personnelle, je serai amener à le refaire sans cesse.

Durant cette enquête, je me suis trouvée à devoir tisser un lien particulier avec un jeune adulte pour répondre à notre sujet de recherche. Je ne savais pas encore dans quoi, tout cela allait m’embarquer. C’est comme si un jour, on vous donne une barque et des rames et vous prenez la route sans savoir où celle-ci vous mène, mais pourtant vous avez une boussole qui vous indique le nord. Vous n’êtes pas totalement perdu, mais vous vous trouvez dans la position de chercheur, de penseur et de créateur d’un futur lien, qui vous apportera des réponses à vos questions.

Je me suis attachée à ce jeune adulte, à son histoire et à ce lien privilégié. Le seul hommage que je peux lui faire, se trouve dans la retranscription de cet échange par ses confidences. Je me suis trouvée, par moments, tiraillée dans la position que j’avais de confidente que j’avais crée par un but très précis et la vrai nature de ce lien. J’avais un but très précis dans cette recherche qui était de créer un lien avec un jeune adulte, afin de pouvoir comprendre et transmettre son vécu et son quotidien. Au début, je me suis sentie un peu mal à l’aise, un peu manipulatrice par la nature égoïste de ce lien basé sur trois mois. Je devenais une confidente, tout en ne divulguant rien sur moi. C’était lui le sujet de notre recherche ou en tout cas une partie. Par après, je me suis rendue compte que c’était son choix de partager son vécu. Il savait qui nous étions et pourquoi nous étions présentes lors de ces entrevues. La lecture du livre « cœur de banlieue » de David Lepoutre, m’a aidée à faire un lien avec la fine limite entre la position de chercheur et celle de confident. Il nous faut nous imprégner totalement, et offrir ce que l’on peut, tisser une confiance sans perdre le pourquoi nous sommes présents et créons cette relation. Nous avons un but, une recherche et nous ne devons pas la perdre de vue, même si on se trouve tiraillé personnellement. C’est ce qui fait de nous, à mon sens, un bon chercheur. Je ne veux pas dire que toutes personnes développant une relation privilégiée avec autrui se trouve être un sujet de recherche. Je veux juste expliquer que notre position se définit par le but que nous cherchons de cette relation.

Tout au long de cette démarche, je me suis sentie apprenante dans plusieurs domaines et en même temps confiante dans ce que je faisais et comment je le faisais. J’ai pu faire des liens entre les cours théoriques, les films, le terrain, le travail d’enquête et la collaboration. Les lectures comme « un merveilleux malheur » de Boris Cyrulnik ou « cœur de banlieue » de David Lepoutre m’ont permis de prendre un certain recul et de mettre des mots sur ce que je pouvais voir, ressentir ou vire durant cette enquête.

 
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