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L’intégration dans le quartier

En mettant en commun les différents entretiens menés autour de thématiques préalablement choisis par notre groupe, plusieurs éléments de compréhension se dessinent. Concernant la thématique de l’intégration dans le quartier, on peut d’ores et déjà dégager plusieurs facteurs d’intégration :

  1. La langue
  2. Les enfants
  3. L’appartenance à un réseau associatif
  4. Les chiens
  5. La position sociale (locataires VS propriétaires)
Le couple commentait une vieille photo de famille, le fils me montrait sa maman toute jeune à l’âge de 3 ou 4 ans peut-être. Je les ai surprises avec le flash de l’appareil photo.

1. La langue

Mme X2 nous explique qu’elle ne sort pas beaucoup hormis pour faire ses courses. Elle nous fait part (en turque) que c’est lié notamment à la langue, la langue française. « Si tu parles bien tu peux avoir plus de contacts (…) mais autrement si tu es très intelligent ça va… toujours on te dit bonjour ou si tu as besoin de quelques chose, (…) ça, ça va. » D’ailleurs, lors de l’entretien, Mme X2 s’est montrée parfois mal à l’aise par rapport à son niveau de français et préférait répondre en turque à certaines de nos questions car c’était plus facile pour elle.

Mme X1 : « Il y a une sorte de population migrante qui n’arrive pas à tenir en place. Par contre qui sont là, une partie ne veut pas s’intégrer l’autre partie essaie s’exprimer avec les gestes. Je trouve sympa. Dans notre immeuble, il y a une famille Afghane qui vient d’arriver. (…) La famille Afghane est très charmante et qui ne parle pas ni le français ni l’anglais, mais, on arrive à communiquer. On voit des images et on apprend des mots ensemble. La dame Afghane a envie de communiquer avec nous. Elle a un enfant qui va à l’école. Elle vient chez nous et demande des choses ».

On constate au travers de ces deux extraits d’entretien que la langue peut être une barrière à l’intégration sociale dans le quartier. Quand bien même certains ont les ressources ou les outils nécessaires (au sens large) afin d’apprendre le français ou dans un premier temps trouvent d’autres moyens d’expression et de communication notamment par le biais de gestes, d’autres personnes n’ont pas nécessairement ces mêmes ressources/outils et cette barrière de la langue demeurent difficile à surmonter.

Selon Bolzman (2001) [1], « l’intégration est définie comme le problème des migrants et non plus comme celui de la société de résidence dans son ensemble : la société d’accueil y est présentée comme un tout largement homogène et cohésif, sans conflits importants. Ce sont les migrants qui, par leur présence, sont censés introduire une hétérogénéité culturelle et sociale, source des problèmes pour leur propre intégration et pour le fonctionnement de la société dans son ensemble. »1 Lorsque l’on parle d’intégration, on ne peut se séparer de la notion du « lien social ». A ce propos, Schnapper (1996) [2] précise que lorsqu’on « crée du lien social, ce sont les échanges qui naissent de la collaboration dans le travail en commun, ceux qui s’établissent à l’intérieur de la famille et à l’occasion de relations sociales plus larges » .

Et l’intégration dans le quartier ?
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(extrait musical tiré de l’album "Let Love In" de Nick Cave and the Bad Seeds (1994)

2. Les enfants

Parmi ces facteurs d’intégration, les enfants jouent un rôle essentiel. Pour Mme X5 « toute la période où on peut être dehors (…) y a énormément de réseau qui se font en fonction des enfants (…) ». Elle explique d’ailleurs qu’elle se bien intégré « (…) de nouveau parce que j’ai un réseau, je travaille, j’ai des enfants, c’est facile d’avoir après un voisinage (…) ». De plus, les moyens et infrastructures mis à dispositions, notamment pour les enfants est certainement un facilitateur d’intégration. « Mes enfants ils prennent tous, tout leur cours pratiquement aux Avanchets. Il y a plein de cours pour les gamins, y a des structures, y a pleins d’associations, (…) ».

Mme X3 explique aussi que le lieu de scolarisation des enfants créé un facteur d’intégration territorial : « On a plus de contact avec ceux qui ont des enfants du même âge et scolarisés à Salève. Jura moins. (…) Les enfants pour eux, c’est la guerre des boutons. Mes enfants ne vont pas à Jura ou à la maison de quartier car c’est sur territoire Jura. Si la maison de quartier au milieu, ca serait mieux. (…) On est habitants des Avanchets, mais par les enfants on est Jura ou Salève. C’est vrai, maintenant que vous me dites, j’ai plus de connaissances Salève. Celle de Jura les connait par l’association des parents d’élèves. »

3. L’appartenance à un réseau associatif

On constate que parmi les « nouveaux habitants » interviewés, cinq personnes sur six sont actifs dans le tissu associatif du quartier. On constate dès lors, au risque de prendre un raccourci, que les personnes actives dans les associations sont des habitants se sentant bien intégrés dans le quartier, alors que la personne se décrivant comme faiblement intégrée (difficulté avec la langue française) ne participe pas à ces associations.

D’après Mme X3, « Il y a une volonté, en tout cas d’une partie de la cité à faire des choses. (…) Il y a des gens qui se sentent impliquer citoyens des Avanchets. (…). Je pense effectivement, si on n’est pas proactif, on reste dans son appartement, point barre. Il faut s’investir dans n’importe quoi. Il y a suffisamment de choses mises en place pour se tisser un réseau. (…) Si on ne fait pas ca, on peut effectivement rester dans son appartement sans ne jamais connaître personne. Ce n’est pas le quartier qui va vers les personnes. (…) On peut rester anonyme. »

Ceci laisse penser que le tissu associatif du quartier permet à certaines personnes de faciliter une intégration dans le quartier. D’un autre côté, on peut émettre l’hypothèse qu’il faut au préalable être partiellement intégré afin de devenir actif dans ces associations et de profiter de ce réseautage…

Dans les diverses actions de rencontre de quartier organisées par les associations, un constat est revenu à maintes reprises. Extrait de l’entretien avec Mme X4 « (…) mais je me rends compte quand on fait une fête, l’année passée on a organisé une grande fête, c’est la maison de quartier qui a organisé ça, ouverte a tout le monde, genre buffet canadien, alors ça très bien marché mais je me rends compte que c’est quand même une sorte de la population qui vient c’est des gens qu’on rencontre dans d’autres manifestations, ça reste des gens latins qui viennent, pas mal d’africains, qu’on voit comme ça, mais c’est vrai que moi les gens des Balkans je ne les vois pas. Je ne sais pas si c’est culturel, si c’est parce que ca ne fait pas longtemps qu’ils sont là, il y a la barrière de la langue aussi, je ne sais pas ».

arbres de béton

4. Les chiens

Un autre facteur d’intégration auquel nous n’avions pas songé, est lié au fait d’avoir un chien. Mme X5 : « Y a quand même un côté pratique qui fait que les gens peuvent sortir, y a des bancs partout, ou y a des arbres partout, ou on peut se poser, les chiens se promènent on discute, je trouve que c’est convivial (…).dans toutes les rues y a ça. C’est quand même lié beaucoup aux chiens et aux enfants (…), c’est un gros réseau les chiens ». Mme X3 va de le même sens, « ceux qui ont un chien, se baladent rencontre d’autres propriétaires ». Cependant, comme l’explique Mme X3, les chiens peuvent également être source de conflit entre les habitants… « Il y a un clivage entre propriétaire de chien et ceux qui n’en ont pas. Il y a des tensions avec ceux qui font crotter partout et qui ne ramassent pas ».

5. La position sociale (locataires VS propriétaires)

On constate d’après le discours ci-dessous que le quartier se divise en groupes d’appartenances. D’une part, en fonction de l’appartenance socio-économique (entre la classe moyenne et la classe populaire), ici au niveau de l’accès à la propriété, les propriétaires sont regroupés dans les immeubles (de Carqueron) et d’autre part, en fonction des appartenances socioculturelles.

Extrait d’entretien : « Ben moi je pense que ca se passe bien, après nous ici a Carqueron, on est un petit peu privilégié parce que comme on est des propriétaires c’est vrai qu’on a une autre, on a quand même une autre sorte de gens, sans que ce soit péjoratif, mais euh…c’est vrai qu’on est un petit peu privilégié. C’est-à-dire qu’on n’a pas de locataire, donc ou très très peu donc je dirai ya quand même une notion de l’entretien et de la propreté et de faire un peu attention parce que c’est nous qui payons quoi je veux dire c’est un peu donc je pense que c’est un immeuble qui est beaucoup mieux tenu qu’ailleurs parce que les gens qui habitent sont concernés directement. Bon moi on m’a parlé de, qu’il y avait beaucoup de regroupement en fait, qu’il y avait des immeuble ou certaines allées qui devenaient africaines, d’autres qui devenaient asiatiques, ou albanais kosovares ou enfin que ca se rassemblait comme ça, alors je sais pas moi je le vis pas, dans mon immeuble il y a un peu de toutes les nationalités de toutes les âges, ouais on n’a pas beaucoup de jeunes parce que voila l’accès à la propriété c’est pas fait pour les jeunes, ou en tout cas c’est difficile, on a un peu plus de personnes un peu plus âgées, mais sinon ca c’est très bien. »

En conclusion, je reprends un extrait d’entretien de Mme X3 qui résume en une phrase ce que nous avons pu faire émerger au travers de ces différents entretiens : « Ceux qui ont un chien, se baladent rencontre d’autres propriétaires. Si on n’a pas d’enfants, pas de chien, si on n’est pas du 3ème âge et si on n’aime pas la pétanque, (…) il faut vraiment aller chercher du sucre chez le voisin pour le rencontrer. »

 

[1] Bolzman C., « Politiques d’asile et trajectoires sociales des réfugiés : une exclusion programmée- Les cas de la Suisse », Sociologie et sociétés, 2001, n°2, vol.33, p.133-158

[2] Etienne J., Bloess F., Noreck J.P. et Roux J.P, « Dictionnaire de sociologie », 2004, 3e édition, Ed. Hatier, p.187-188

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    18 décembre 2008