Atelier croquis : Marie s’exprime...
vendredi 9 janvier 2009
par berna
« Tout homme a, a eu ou aura besoin d’un dessin pour faire passer un message ». (Helbé)

Avant de pouvoir arriver à dessiner tout ces croquis, les exercices et les conseils de Renaud se sont trouvés indispensables. J’ai toujours aimé dessiner et je le fais depuis des années, en n’ayant jamais pris de cours particuliers. Car je n’avais peut-être pas l’opportunité ou tout simplement, car je ne pensais pas avoir un don spectaculaire.

Nous nous sommes retrouvés un petit groupe de « croqueurs », lors de ce module, à se promener dans la ville de Genève, afin d’immortaliser des petites scènes de vie, des bâtiments, des paysages, des visages, des personnages ou encore des ambiances.

Chacun muni d’un bloc de feuille de dessin, d’un feutre noir ou d’une grosse mine de crayon, nous nous posions à des endroits clefs, afin d’entraîner notre coup de crayon. Renaud était toujours là, pour nous soutenir, nous conseiller et nous encourager.

Ma démarche dans cet atelier ne s’arrêtait pas à ces moments programmés du lundi après-midi. Elle allait au-delà. Le goût du dessin m’était revenu après plusieurs mois d’abstinence. Alors partout, où j’allais, je dessinais. J’allais dans les lieux que je préférais, qui se trouvaient être les cafés, les petites places et les scènes de vie dans les trains ou dans les trams. Les personnages y sont magnifiques. Travailler les traits d’un visage, d’un corps, d’un mouvement, d’une position me plaît énormément. La vision en trois « D » des bâtiments se trouve encore, à mon avis, à l’état sauvage. Trouver les points de fuite, la ligne de l’horizon, trouver la parallèle ou la perpendiculaire, afin que le dessin reflète une certaine réalité et un volume, ne sont pas mes points forts.

Afin de présenter notre terrain d’enquête, il m’a fallu du temps pour observer, pour m’imprégner de l’ambiance de ce quartier, des lieux investis et des ressentis que je pouvais avoir. Pour moi, il ne s’agissait pas seulement de dessiner ce que je voyais, mais également de ressentir de partager, et de rencontrer des gens à travers cette activité. Dessiner, c’est entré en relation avec un paysage, un bâtiment ou un personnage. C’est ouvrir son regard, au-delà du visible. C’est sentir, ressentir un possible échange, car dessiner amène à la rencontre, amène au regard de l’autre et non seulement du sien posé sur une feuille.

Plus d’une fois, il m’est arrivé qu’une personne s’arrête pour voir, pour discuter par curiosité ou par intérêt, ou juste parce qu’on est là, à un endroit, avec un prétexte ou quelque chose de visible à partager. Cet échange peut durer 3 minutes comme 30 minutes, tout dépend de l’envie de l’autre ou de soi à ouvrir une discussion ou à écouter.

Je me suis sentie parfois mal à l’aise, surtout quand je dessinais une personne. Je n’osais pas trop la regarder, peut-être pour ne pas être trop intrusive ou tout simplement par gêne. Mais c’est assez difficile, d’oser regarder quelqu’un, de la fixer pendant plusieurs minutes sans que la personne ne se sente observée. La limite est très fine, car soit la personne ne s’en rend pas compte, soit elle le sait et l’accepte, soit elle part se sentant trop regardée. Très souvent, j’observais la personne dans sa globalité, en essayant de la photographier dans mon esprit. Par contre, les traits du visage me demandaient souvent des plus longs moments d’observations. Quand je dis des plus longs moments, il ne s’agit que de quelques minutes. Les dessins que j’ai pu faire, sont des croquis de quelques minutes. Ils sont très peu retravaillés, car c’est la spontanéité du geste et de l’observation, qui sont pour moi essentielles.

J’ai essayé d’investir les lieux clefs des Avanchets, ainsi que quelques personnages représentant soit notre enquête soit ce quartier. Je ne pouvais pas passer à côté de cette cité d’HLM, qui sont si nombreux et si proches les uns des autres. Pourtant, une certaine convivialité y règne. Peut-être est-ce par ces places de nature aménagées ou par les couleurs de ces bâtiments ? Je m’y suis sentie très à l’aise et en même temps, très perdue dans ce labyrinthe d’immeuble et de passages, si serré et si spacieux.

Investir ce quartier, passer du temps à essayer de percevoir et de dessiner ces lieux ces personnes, m’ont énormément plu, mais cela m’a été difficile. Je ne pense pas avoir pu dessiner vraiment l’ambiance, l’atmosphère et de tout dessiner comme je l’aurai voulu. Une fois mes croquis terminés, je me trouve à la fois contente de ce que j’ai pu créer et en même temps, je pense que je n’ai pas pu montrer tout de ce quartier. La feuille de papier délimite un début et une fin, alors qu’ il s’y passe tellement de chose en dehors de ce cadre, de cette focale, et en un si bref instant, qu’il m’était impossible de tout saisir. Est-ce cela la valeur de l’instant qui ne peut être immortalisée ?

C’est ce que j’aurai voulu faire, sortir de cette focale, le retraduire ou le retranscrire par mes coups de crayons. Car tout un monde, s’ouvrait à moi, dès que je commençais à vouloir le dessiner. Tout n’arrêtait pas de se transformer. En même temps, cet instant plus au moins emprisonné sur une feuille, amène un certain regard, une perception de ce qu’il a pu se passer.

A mes débuts, je commençais à dessiner à l’aide d’un feutre noir tout fin, sur la place des Augustins. Il s’agissait de croquer des plans de la ville, des bâtiments ou des personnages. Je dessinais toujours assise et je délimitais un cadre, en me fixant le paysage d’un immeuble à un autre, ou d’un immeuble à un arbre. Plus le temps avançait, plus je prenais confiance dans ce que je produisais. Renaud, nous a mis à disposition, des grosses mines de crayon, afin de moins détailler nos dessins et de leur donner un effet ombragé et rempli. Cette méthode s’est révélée pour moi tout à fait adéquate. J’avais plus de facilité à dessiner et ma position au fil du temps s’est trouvée changer. Je n’avais plus besoin de m’asseoir, j’arrivais à dessiner debout et un peu partout. J’aimais particulièrement les trajets de tram. Je m’adossais contre une barre, et je dessinais les gens assis, leurs visages ou simplement un détail sur lequel j’avais bloqué. Ensuite, j’ai voulu mélanger le feutre fin ou gros feutre et à la mine, afin de donner une certaine personnalité à mes dessins.

L’arrêt de Plainpalais, le café du rond point, la Migros de la rue de Carouge et la place des Augustins ont été des endroits clefs pour mon apprentissage au crayon. La différence que je peux faire de ces endroits et de ceux des Avanchets, est ma démarche dans l’approche et dans la volonté de transmettre un message de ce quartier.

La frustration de mes dessins, c’est qu’il y a toujours, un certain écart entre ce que l’on voit et ce que l’on dessine. Ce que l’on imagine faire et le résultat dessiné. La réalité d’un paysage est une chose, mais le sentiment que l’on a pu éprouver de ce paysage en est une autre. Il se fait un amalgame, une alchimie entre ce que l’on voit et notre ressenti. Cette réalité passe par nous, par notre regard, donc à mon avis elle se trouve transformer par notre émotion. Dans chaque dessin, j’ai voulu montrer un moment d’échange, un lien qu’y a pu se créer, qu’il soit platonique ou qu’il soit vrai ou simplement un moment où un personnage s’est démarqué des autres.