Jeunesse-precaire

A ce jour, quels sont les dispositifs/ espaces intermédiaires mis en place par la politique de Versoix pour les jeunes en « rupture » à partir de 18 ans ?

mercredi 13 janvier 2010 par Cyril Gerber
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Mairie annexe Jura
Lieu où nous avons rencontré le conseiller administratif

 Introduction :

Nous avons constaté lors de notre recherche de terrain sur la « rupture » de formation chez les jeunes, que très peu, ou pas, de dispositifs publiques favorisant la réintégration sociale et professionnelle était mise en place par la commune pour les jeunes âgées de plus de 17 ans. En effet, le centre de rencontres « le Rado » ouvert 5/7 a une limite d’âge : 17 ans ! Nous avons donc essayé de comprendre, la position de la commune de Versoix et sa politique publique face à ce constat.

Pour ce faire, nous sommes allés à la rencontre du conseiller administratif, des différents acteurs locaux, ainsi que les jeunes fréquentant ces espaces intermédiaires.

Dans un premier temps, il est primordial sur un plan politique, de faire un bref retour historique sur la naissance des premières maisons de quartier, et l’émergence du travail social hors-mur dans le but de comprendre les enjeux des différentes communes touchées par cette problématique de la jeunesse en « rupture ».

Dans un deuxième temps, nous verrons comment la commune de Versoix lutte à l’aide d’un système D, et dans lequel elle semble trouver satisfaction.

 Historique des maisons de quartiers et centre de rencontres :

Dans les années 60, le projet politique qui vise à mettre en place des maisons de quartiers destiné à la jeunesse, reflète d’une constatation de l’Office de la jeunesse qui cite, Les enfants n’ont que les préaux d’école ouverts après les heures de classes . [1] En effet, il est question d’élèves « douteux » qui, dès la porte de l’école franchie, sèment la zizanie dans les préaux. [2]

Par conséquent, la création des premières maisons de quartier ont eu pour vocation de prévenir la délinquance juvénile, et pour ainsi pallier à deux menaces : la première liée aux jeunes incivils ou éléments « douteux », la seconde, plus diffuse, associée à l’image des blousons noirs ; cette conjonction amenant à annoncer la nécessité de prévenir la délinquance juvénile en développant des loisirs surveillés, sains et éducatifs.

La mise en place de ces dispositifs dans certaines communes, a ainsi donné l’opportunité aux jeunes de moins de 18 ans, d’occuper leurs loisirs dans un lieu éducatif et surveillé avant l’entame d’un apprentissage, le cycle etc.…

 L’émergence du travail social hors-mur :

Entre les années 80 et 90, la problématique de la jeunesse a passablement changée. En effet, d’autres facteurs externes viennent s’ajouter aux besoins d’occuper les jeunes dits en « rupture ». Pour en citer, quelques uns, la constatation de certains professionnels de terrain quant à la difficulté pour le jeune d’entrer en formation. Ces jeunes sont en rupture de formation. Monique Eckmann fait référence à un no man’s land institutionnel. La hausse des qualifications demandées lors de l’embauche, la montée du libéralisme avec la chute du mur de Berlin en 1989. (Qui va pousser le jeune à ne plus seulement devoir trouver une place, mais de devoir se faire une place au sein de la société) Tous ces facteurs cités en haut, vont accentuer le risque, qu’un jeune se retrouve en « rupture » sociale et professionnelle.

La plupart d’entre eux ne sont pas en contact avec un service d’orientation professionnelle, et de ce fait, se retrouve visible dans l’espace public. Cette présence dans la ville gêne, et attise une certaine crainte de la population. D’ailleurs, les autorités municipales associent souvent cette visibilité dans l’espace public à la montée de la violence due à des dégradations occasionnelles, coûteuses pour la commune.

Après plusieurs pétitions déposées par une partie de la population, les autorités municipales vont renforcer leur travail de surveillance autour des halls d’immeuble, en engageant des agents de sécurité.

Enfin, ce questionnement va amener autorités municipales et travailleurs sociaux à se rencontrer, afin de dépasser cette problématique de la violence, et incivilités. C’est ainsi, que le dispositif (travail social hors-mur) destiné aux jeunes en difficultés est né.

Ces travailleurs sociaux sont engagés par la fASE Les communes se charge de leur mettre à disposition des espaces adéquats. Le travail des travailleurs sociaux dans ces espaces est explicité plus en détail, dans l’article sur,

L’apport des espaces intermédiaires dans la pratique des intervenants et des acteurs locaux de Versoix

  De l’implantation du café rencontre au sein de la Pelotière, aux caves de bon-séjour :

Françoise, qui est l’une des TSHM travaillant à Versoix aujourd’hui, ainsi qu’une des fondatrices du projet café-rencontre raconte les débuts.

Le quartier existe depuis 11 ans et possède des logements HLM avec beaucoup de nationalités différentes, et pas mal de problèmes sociaux qui ont très vite développé des peurs et des rumeurs.

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La Pelotière
Quartier d’habitation à loyers modérés dans lequel sont amenés les TSHM à intervenir

L’Association des habitants de la Pelotière a pris les choses en main, en faisant une demande à la commune, afin de changer quelque chose dans ce quartier, car certains se sont vite sentis en position d’insécurité face à des adolescents à « gros problèmes ». Suite à cela, un groupe de travail a été formé, afin de mettre en place du « social actif de terrain », pour que les gens puissent se déplacer dans un espace de proximité pour demander conseil. La mairie a été partante, car elle lui fallait un projet. De plus, c’était l’année des élections donc c’est bien tombé, et la FAS’e était d’accord de prendre des TSHM, car c’était innovant, et c’est ce qui à le mieux convenu aux jeunes de Versoix.

Le quartier de la Pelotière est composé de 1000 habitants, dont 500 ont moins de 25 ans. Nul doute, qu’une grande partie de ces jeunes se trouvent en « rupture » de formation, ou se retrouvent momentanément dans une phase transitoire. De ce fait, il n’est pas surprenant de les voir passer leurs journées en groupe dans les halls d’immeuble. Comme nous l’avons vu précédemment, la visibilité de ces jeunes dans l’espace publique peut créer une certaine crainte des habitants quant à leur sécurité.

La commune en pleine année électorale, a fait une pierre deux coups en répondant aux craintes de certains habitants, et en engageant des travailleurs sociaux hors-mur.

La commune de Versoix a mis à disposition des TSHM, les « caves de bon-séjour » pour les jeunes en « ruptures ». Cet espace intermédiaire permet aux TSHM de créer des liens, et servir de tremplin pour une réintégration sociale et/ou professionnelle.

Cependant, cet espace permet aussi à la commune de « contenir » les jeunes hors de l’espace publique dans lequel la population se sent menacée.

Selon moi, les « caves de bon-séjour » est un espace intermédiaire indispensable pour les jeunes en « rupture », mais celui-ci n’est disponible qu’une fois par semaine, le mardi. D’ailleurs, à ce sujet, Paul le travailleur social trouve, qu’un espace intermédiaire doit répondre à un besoin. C’est un lieu créé avec les jeunes, pour les jeunes. Cela n’est pas un endroit « sauvage », mais cadré et structuré. Les Caves n’étant ouvertes qu’un soir par semaine, c’est trop peu selon Paul. Le problème avec un lieu comme le Rado, c’est que bien qu’il réponde à un besoin entre la boîte de nuit (trop chère) et la rue, il ne permet pas aux jeunes de plus de 17 ans de s’y rendre (accès limité dans le temps pour les ados). L’espace intermédiaire ne doit pas être discriminant.

 A partir de 18ans : quelle prise en charge ?

Nous avons le sentiment lors de notre recherche de terrain que la commune de Versoix ne dispose pas d’un véritable dispositif en faveur des jeunes en « rupture » à partir de 18 ans, pour répondre à la problématique actuelle de la jeunesse, à savoir, la montée du chômage, la hausse des qualifications, le libéralisme. Nous constatons qu’aucune structure du type Semo en faveur de la réinsertion professionnelle n’existe dans cette commune, alors que la plupart des communes disposent de ces dispositifs.

Dispositif Cantonal Site Internet OFPC cliquez
Réussir + cliquez
Bilan Jeunes adultes
OCE cliquez
Plateforme évaluation
HG Jeunes à l’assistance
Tremplin-Jeunes
Arcade emploi cliquez Dispositif communal de Vernier
la boîte à boulots cliquez Association basée à Genève

Nous nous sommes rendu compte que Versoix fonctionnait encore comme un village, et Monsieur Lambert (conseiller administratif) que nous avons rencontré qualifie même Versoix, « d’enclave urbaine dans la campagne ».

La Mairie de Versoix est pourtant consciente de l’émergence du problème, de certains jeunes de plus de 18 ans, qui se trouvant en situation de « rupture » de formation et en position de précarité. Seulement, la problématique ne semble pas être entièrement reconnue par la commune de Versoix, et de ce fait, La Mairie n’envisage, pas de prendre ce problème à sa charge, et d’engager une action politique. La politique de Versoix en faveur des jeunes de plus de 18 ans privilégie pour le moment ce qu’on nomme le « système D ».

  L’intégration par le travail ?

La commune de Versoix ne regorge pas d’entreprises abondantes, surtout depuis la fermeture de la papeterie. Toutefois, il existe une volonté, tant chez les travailleurs sociaux hors-mur, qu’au niveau politique de réinsérer les jeunes professionnellement.

  • La fête annuelle du chocolat à Versoix qui a lieu une fois par année est sans doute l’exemple le plus représentatif en matière de petits jobs.
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La chocolaterie "Favarger"
Entreprise abondonnée qui surplombe la "Cité Versoienne"

Que ce soit, les travailleurs sociaux hors mur, ou la mairie, le constat est le même : Il n’existe pas suffisamment de places de stage vacants ou d’apprentissages, car, selon les travailleurs sociaux hors mur, il manque des professionnels pour accompagner les jeunes, afin de les cadrer durant leur travail. En effet, il faut être derrière les jeunes pour qu’ils soient présent, et à l’heure sur leur lieu de travail.

Le conseiller administratif nous répond, qu’il collabore beaucoup avec la voirie, afin qu’ils prennent des jeunes en stage ou en engagent pour des petits boulots d’été. Seulement, lorsque ces jeunes sortent du cadre réglementé par la Voirie, ce n’est pas aux collaborateurs de faire du social. Le conseiller d’ajouter encore, la commune propose des petits jobs, mais ce sont toujours les mêmes jeunes, qui vont « bien » qui postulent.

Selon les travailleurs sociaux hors-mur, la solution pourrait venir de structures telles qu’arcade emploi ou la boîte à job inséré dans d’autres communes.

Nous constatons donc qu’à Versoix, qu’en plus du manque d’entreprises engageant des jeunes en « rupture » à cause du manque de qualifications, de la montée du chômage, et de la crise, cette ville n’est dotée d’aucun dispositif visant à la réintégration professionnelle pour les jeunes en « rupture ».

Seuls des petits jobs temporaires sont proposés aux jeunes, et ceci, de bouche à oreille. De plus, nous pouvons nous questionner sur la réelle utilité de ces petits jobs sur une réinsertion professionnelle à long terme. Ces petits boulots intègrent les jeunes à court terme, mais n’enlève en rien leur position précaire. Nous pensons plutôt qu’il est indispensable d’apprendre un métier, afin de se faire une place à long terme sur le marché du travail.

Nous avons soumis notre constat au conseiller administratif pour qu’il nous donne son point de vue : J’estime que passer cet âge, c’est l’entrée dans l’âge adulte et la vie active. D’après moi, les jeunes de 18-25 ans sont autonomes, et de ce fait, il n’existe pas de réelle demande. Il ne faut pas leur créer un microcosme. Ils devraient voler de leurs propres ailes. De plus, ceux qui ne répondent pas à ce qui est proposé par les TSHM ne seront pas davantage preneurs par une autre activité. Ce sont ceux qui restent en marge et qui ne veulent pas intégrer de projets. Difficulté de leur trouver une idée d’infrastructures à ces jeunes qui consomment, zonent dans la rue. Ces jeunes nécessitent un suivi individuel.

En effet, lorsque le conseiller administratif parle de suivi individuel, il fait sans doute référence au dispositif EQUIP , qui aide à la réinsertion des jeunes gens en rupture de formation. Seulement, ce dispositif peine à se mettre en place concrètement sur le terrain, car même si on est au courant qu’il existe, il n’est pas entièrement connu par les bénéficiaires potentiels.

Lorsque nous avons interrogés les jeunes sur les dispositifs aidant à la réinsertion professionnelle, même son de cloche, Ouais, il y a une structure un peu sur Genève, elle s’appelle l’OFPC. C’est un centre d’orientation justement pour les jeunes. Ils peuvent t’aider, mais avec l’expérience j’ai vu que, j’ai vu que à la fin ils n’aidaient pas tellement quoi. Franchement ce n’est pas facile de trouver, de moins au moins c’est facile de trouver pour les jeunes et pour les moins jeunes du travail.

  les travailleurs sociaux remontent les informations de terrains à la Mairie

Les TSHM de Versoix ont une position privilégiée dans la ville, en effet, ils sont quotidiennement sur le terrain pour observer, constater, l’espace sociale. De ce fait, la mairie reconnaît utile les informations données par les travailleurs sociaux.

La commission sociale est un intermédiaire du DPIG où les TSHM sont invités une fois par an. Deux fois par année, les TSHM rencontrent la Mairie avec la FAS’e. Ils font alors le point ensemble sur la situation. Les rapports d’activités des TSHM permettent également de transmettre l’information à la commune sur ce qui est mis en place et ce qui devrait être entrepris.

Pour qu’un espace intermédiaire naisse, les professionnels du DPIG posent ensemble un diagnostic de terrain, puis ils déterminent quel est le besoin émergeant. Ce besoin est transmis puis validé par M. Lambert, conseiller administratif. Une fois la validation effectuée, le DPIG invitent la commune et en discutent ensemble.

 Conclusion :

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La fusée de Tintin comme symbole de la Mairie

Nous pouvons tirer un bilan mitigé des dispositifs présents à Versoix en faveur des jeunes en « rupture ».

Le café-rencontre au sein de la Pelotière est un espace intermédiaire de proximité fort utile, qui a aussi pour fonction de créer du « vivre ensemble » entre les différentes nationalités et générations. Les habitants et les jeunes en « rupture » trouvent chacun leur compte. Les TSHM rassurent les habitants, et les jeunes en difficulté peuvent venir s’adresser aux travailleurs sociaux pour demander conseil. Les « caves de bon-séjour » sont des espaces intermédiaires indispensables aux TSHM, afin de créer des liens avec les jeunes en « rupture », pour ainsi, les aiguiller sur des places de travail ou d’autres structures.

Néanmoins, l’ouverture une fois par semaine n’est pas suffisante lorsque l’on sait le temps que cela prend d’entrer en relation avec un jeune.

En somme, l’intégration des jeunes en « rupture » sur un plan social, en leur offrant des espaces intermédiaires semble bien fonctionner. En revanche, en ce qui concerne, l’intégration professionnelle, aucun dispositif n’est actuellement en place à Versoix. Les jeunes en « rupture » à Versoix sont systématiquement aiguillés sur Genève.

En guise de conclusion, la politique de Versoix est consciente qu’il existe un problème nouveau concernant les jeunes en « rupture », du fait, de la montée du chômage, la hausse des qualifications, néanmoins, la problématique ne semble pas catastrophique, au point d’engager une action politique. La ville de Versoix continue de régler ces problèmes à travers un système D, et avec l’aide des différentes associations présentes.

La commune de Versoix se situe encore à la Mise sur agenda face à cette problématique. C’est-à dire, que la commune de Versoix ne fait pas encore appel à l’Etat pour régler l’émergence du problème, à savoir, le manque de dispositifs (principalement, en ce qui concerne la réinsertion professionnelle) pour les jeunes en « rupture ».

En effet, La ville de Versoix vit encore comme un village, et assume encore cette problématique en comptant sur le travail des travailleurs sociaux (qui créent des liens, trouvent aux jeunes des petits jobs, motivent les jeunes), ainsi que sur la solidarité de diverses associations présentes à Versoix, pour venir en aide aux jeunes en « rupture ». (Aide aux devoirs) Mais est-ce suffisant ?

En effet, afin que, la commune prenne en charge cette problématique, et intervienne politiquement, il faudrait faire émerger chez la population Versoienne une conscience collective face à ce problème, car celui-ci risque à notre sens de s’accentuer encore davantage ces prochaines années sans intervention politique.

A cet effet, les travailleurs sociaux hors-mur de Versoix sont des acteurs incontournables sur le terrain, et disposent d’informations venant des jeunes (lors d’immersions dans la ville, aux Caves de bon-séjour, à la place du Carré), la population en général (notamment au quartier de la Pelotière, car c’est à cet endroit que se situe le café-rencontre).

Les réunions avec le DPIG auxquelles les travailleurs sociaux assistent permettent donc de « passer », remonter des informations à d’autres acteurs sociaux de la ville, notamment la déléguée de la Mairie, qui elle-même se chargera de passer les informations au conseiller administratif.

Actuellement, la commune de Versoix n’a donc aucune obligation d’intervenir politiquement face à cette problématique, en revanche, nous pouvons penser, que plus la conscience collective prendra conscience de cet enjeu, plus la commune se devra de réagir.

Cyril Gerber

[1] Vuille, M. & Wicht, L. (2007) Des jeunes dans le périmètre de la prévention et du contrôle social in Entre flexibilité et précarité, regards croisés sur la jeunesse. Paris : L’Harmattan. P, 219.

[2] Vuille, M. & Wicht, L. (2007) Des jeunes dans le périmètre de la prévention et du contrôle social in Entre flexibilité et précarité, regards croisés sur la jeunesse. Paris : L’Harmattan. P, 221.

Notes de cours : présentation de monica Battaglinni : Construction institutionnelle d’une politique publique : quel rôle pour les travailleurs sociaux ? hets, Oasis, décembre 2009.

Aide à l’insertion des jeunes gens en rupture de formation : Action publique concertée : Rapport au conseil d’Etat, août 2007.


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