Jeunesse-precaire

D’une politique locale à une politique décentralisée

mercredi 13 janvier 2010 par Dimitri Verdon

 Introduction

La commune de Vernier a la particularité de compter 5 quartiers : Vernier Village, Châtelaine, Le Lignon, les Libellules et les Avanchets. Ces derniers sont éloignés les uns des autres et possèdent leur propre identité. La mairie se situe à Vernier Village. Le lien qu’entretiennent les Verniolans avec leur commune est particulier.

Le propre de cette commune réside dans le fait que ses quartiers donnent l’impression d’être des communes indépendantes. Effectivement, il semblerait que leurs habitants s’identifient comme appartenant à leur quartier plus qu’à leur commune.

Dans cet article, nous tenterons de mettre en lumière les caractéristiques politiques de la commune de Vernier, qui procède de deux manières distinctes concernant la rupture de formation chez les jeunes. Nous tenterons d’identifier les liens qui existent entre la construction identitaire du jeune, les formes de solidarités propres au quartier du Lignon et l’influence qu’a la politique dans cette cité.

 Une politique locale comme élément unifiant

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clocher de l’église

La politique locale comprend la gestion globale de la commune, c’est-à-dire des cinq quartiers cités en introduction. Cette politique se veut équitable concernant l’allocation des moyens financiers. Pour ce faire, il est nécessaire que la circulation des informations se fasse de manière optimale.

Marko Bandler (responsable du SASS) appuie ces propos en affirmant que l’ensemble des acteurs locaux doivent avoir repéré les mêmes « symptômes » pour pouvoir agir de manière cohérente. La compréhension de tous les acteurs permet de débloquer les budgets nécessaires pour la mise en place des dispositifs. La problématique de la rupture de formation chez les jeunes touche tous les quartiers, mais chacun d’entre eux aurait tendance à se centrer sur ses propres besoins. Il est nécessaire d’harmoniser et de pourvoir chaque quartier en dispositifs adaptés à ses propres difficultés.

Statistiques de l’insertion
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 Une politique décentralisée adaptée aux besoins

La politique décentralisée qu’applique la commune de Vernier n’est pas un choix en soi mais elle s’adapte à sa structure sociale et géographique « éclatée ». De ce fait, elle ne nie pas devoir gérer l’ensemble mais concentre également ses efforts en adaptant l’action en fonction des besoins spécifiques de chaque quartier.

Nous avons pu constater que contrairement au fonctionnement de l’Arcade Emploi, qui privilégie la mobilité des demandeurs ; le SASS offre des permanences hebdomadaires discrètes dans chaque quartier de la commune. Marko Bandler utilise le terme du « pied dans la porte ». Effectivement, il est nécessaire d’être au plus proche des gens pour toucher une grande partie de la population nécessitant une aide. De plus, ces permanences permettent à ce service d’être accessible.

Comme le précise le conseiller administratif Thierry Apothéloz, la commune doit faire preuve de capacité d’adaptation, au prix d’une dette qui gonfle chaque jour. On peut y voir ici un caractère politique de gauche. Il semblerait que ce n’est pas aux habitants de s’adapter, mais à la commune de répondre aux besoins en tenant compte des particularités de ces derniers.

 Les acteurs de terrain comme relais et renforcement politique

Dans une optique de remontée et de récolte des données, le travailleur social a un rôle important à jouer en tant qu’acteur de terrain : il est un observateur privilégié de la société qui participe à la construction d’une vision « micro » et « macro » de la société. Il tente de décoder des situations sur ces deux plans et sa mission est de les transmettre aux organes décisionnels de telle manière qu’elles soient prises en considération.

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Bande dessinée

« Ni l’acteur étatique, ni les acteurs de la société ne possèdent un monopole du savoir ou des connaissances qui permettent une action isolée. […] Autrement dit, les problèmes complexes doivent être abordés à travers une collaboration entre plusieurs acteurs facilitant le recours aux connaissances. […] La pluralité signifie que l’Etat ne peut plus intervenir seul dans certains domaines, étant donné qu’il n’est pas reconnu. Il est dépendant des acteurs non-étatiques – que l’Etat peut subventionner – qui résolvent eux-mêmes les problèmes. Ainsi, plusieurs domaines s’organisent sans l’Etat et ne reçoivent souvent aucune aide logistique. » (Bataglini, Cattacin, Tattini, 1999, p.13)

Nous pouvons penser que l’éclatement géographique de cette commune créé des écarts entre les habitants et les acteurs de la politique. Les acteurs de terrain, en faisant remonter l’information de manière claire et concise, comblent cet écart. Si l’on imagine qu’il y a une défaillance au niveau du système politique, l’organisation solidaire du quartier fera le nécessaire pour solidifier les rapports.

 Le contrat de quartier comme appui positif au sentiment d’appartenance

Tout d’abord, le contrat de quartier a été mis en place afin de mobiliser les habitants et les acteurs de terrain (ilotiers, Maison de quartier, école, médiateur…) pour qu’ils collaborent et se sentent partie prenante dans la vie de leur cité.

Nous posons l’hypothèse suivante : ce dispositif est né d’un souhait de valoriser les habitants à travers le quartier, afin de renforcer leur sentiment d’appartenance pour qu’il devienne une source de création.

Comme souligné par M. Apothéloz, il est important que les gens s’investissent dans la vie de leur quartier. Ainsi, ils jouent un rôle actif et se sentent investis d’une mission de bien commun. Par exemple, certains jeunes se font engager pour la peinture des garages en y inscrivant des tags. C’est une façon de les insérer quelque peu dans une vie professionnelle car ils reçoivent un salaire à la fin de chaque chantier. Cet espace mis à leur disposition est certainement une façon de légaliser un acte qui est perçu comme du vandalisme ou du moins de laisser un espace légitime pour exprimer leur art. Par ce biais, les jeunes reçoivent une forme de reconnaissance et investissent leur place au sein de la cité.

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La "petite" cité

De plus, Cherif Messaoudi affirme dans un entretien que ces chantiers éducatifs, par le salaire qu’ils rapportent, offrent une mobilité aux jeunes. Effectivement, cet argent leur permet de gagner en autonomie et de sortir du quartier.

Les paragraphes ci-dessous introduisent une vision nuancée de l’aspect positif de sentiment d’appartenance. En effet, cette sortie est une alternative au fait de rester au Lignon pour « galérer » mais n’est pas une fin en soi.

 Le Lignon, un quartier enveloppant ?

Nous avons pu constater que Le Lignon est un quartier structurant par ses caractéristiques architecturales et par sa qualité de vie et d’accueil de type familial.

En discutant avec M. Apothéloz, ce caractère inclusif du Lignon est fortement ressorti. Son but n’est pas de le déconstruire mais de l’utiliser comme base solide pour la construction de l’identité des jeunes.

Il y a malgré tout le revers de la médaille : si ce quartier peut sembler rassurant et cadrant, il peut être enfermant. Prenons l’exemple d’un jeune en rupture de formation. Le caractère marginalisant de cette situation est atténué par les effets protecteurs du quartier. Dès lors, nous émettons l’hypothèse que le jeune peut se conforter dans cette position et ne pas ressentir le besoin d’entreprendre des démarches.

 La communauté du Lignon, un soutien, mais non sans contraintes

Le Lignon est une microsociété qui peut s’auto suffire et fonctionner en autarcie. Elle possède des commerces et des services permettant aux habitants de ne pas devoir en sortir pour pourvoir à leurs besoins.

La vie au Lignon sous-entend également une proximité, qui peut jouer un rôle à la fois bénéfique et freinant. Si un jeune a toujours été reconnu comme étant un « glandeur » par ses pairs et son entourage de quartier, lorsqu’il aura eu le déclic de procéder à un changement, il lui sera plus difficile de revendiquer un meilleur statut.

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Une sculpture dans un parc du Lignon

La spécificité du Lignon se manifeste entre autre par des frontières symboliques nettes. Effectivement, la « barre » d’immeuble peut être perçue comme un rempart de forteresse. Cette image n’est pas anodine puisque comme nous l’avons déjà dit, cette architecture n’encourage pas les habitants à en sortir.

Nous émettons l’hypothèse que « galérer » au Lignon est peut-être moins déstructurant que dans une grande ville par exemple. Effectivement, les jeunes peuvent avoir le sentiment d’être contenus, soutenus, protégés par cette cité qui comprendre une certaine forme de solidarité.

Au Lignon, tout se sait, tout se voit et les jeunes peuvent ressentir une pression importante de l’entourage et cette proximité implique qu’ils doivent sortir du quartier pour faire des « bêtises ».

 Quel enjeu ?

Aujourd’hui, selon nous, l’enjeu est le suivant : une fois les frontières symboliques (architecturales) identifiées et reconnues comme n’étant pas uniquement néfastes à l’évolution du jeune, il est important de repérer les ressources qui peuvent être à l’origine d’une démarche de formation ou de professionnalisation.

Suite aux entretiens que nous avons menés, nous avons pu constater que les acteurs de la politique publique ont cerné cet enjeu et travaillent dans le sens d’une valorisation du lieu d’habitation. Les jeunes doivent apprendre à se mettre en valeur et cela peut passer par le fait d’énoncer clairement d’où ils viennent lorsqu’ils sont face à un patron.

De plus, pour certains, l’une des conditions pour que le contrat de quartier fonctionne est que les habitants aient un fort sentiment d’appartenance à leur cité. Sans cette forte identification, il serait difficile pour ces derniers de se sentir investis de cette mission d’utilité collective.

Marko Bandler appuie ce propos en partant du postulat que de lutter contre ce sentiment d’appartenance serait contraire à la réalité de ces quartiers.

Enfin, nous avons été agréablement surpris par la disponibilité et l’accessibilité des acteurs politiques que nous avons rencontrés et nous les en remercions chaleureusement.

Aperçu de Vernier
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 [1]

(article rédigé par Séverine Dougoud et Sandra Stimoli)

 Bibliographie

Bataglini M. ; Cattacin S. ; Tattini, V. ( 1999). Institutionnaliser les organisations de la société civile. Working Paper.

[1] Arkana, Kenny, (2006). " J’me barre". Entre ciment et belles étoiles. Because Music


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