Jeunesse-precaire

L’enquête de terrain en quatre étapes

jeudi 14 janvier 2010 par Noémie Knobel

Voici le rapport de notre enquête de terrain compilé en quatre étapes :

  • Chronique de la démarche
  • Positionnement lors de l’immersion
  • Choix méthodologique
  • Critique de la démarche

 Chronique de la démarche

Selon la thématique formulée dans le module, c’est-à-dire les jeunes en rupture de formation, nous avons fait des recherches dans ce sens sur notre terrain d’enquête.

JPEG - 634.9 ko
"Selle que J’aime"

La première rencontre fut organisée avec Nathalie et Julie, deux TSHM travaillant sur la commune. Juste après cet entretien, Sébastien, un jeune en stage, nous a fait faire le tour de la commune. Nous avons ainsi découvert cette région au travers des yeux d’un jeune. Cette découverte de la commune valait surtout pour les étudiantes qui n’étaient pas de Genève. Nous avons donc rapidement appris que la commune de Carouge avait mis plusieurs dispositifs en place afin de favoriser l’insertion scolaire et professionnelle de ces jeunes.

Au début nous avons décidé de faire des recherches aléatoires, directement dans la commune en prenant divers prospectus et journaux communaux, également à l’infothèque où nous avons consulté des mémoires concernant la commune de Carouge. Nous y avons aussi relevé des articles de presse et envisagé de visualiser des documentaires. À plusieurs reprises nous nous sommes baladés à Carouge, de jour comme de nuit, sans intention précise si ce n’est celle de faire des rencontres.

JPEG - 436.4 ko
Cycle de la Drize

Nous avons eu l’occasion de rencontrer rapidement certains professionnels travaillant en contact avec les jeunes, ce qui nous a permis de mieux connaître leurs champs d’application et de cibler davantage notre recherche. Nous avons entre autres rencontré les deux travailleuses sociales travaillant à « Projets Emploi Jeunes ». Cet entretien fut très instructif et agréable. Nous avons également revu à plusieurs reprises Nathalie Besson ainsi que Salvatore Cassarà (TSHM).

Lors de notre enquête, nous avons également rencontré trois jeunes hommes habitant le quartier se trouvant en rupture de formation et « hors » dispositif. Ces jeunes n’ayant jamais ou peu été en contact avec les dispositifs mis en place, nous avons voulu savoir quelles ont été les ressources utilisées qui leur ont permis de développer des compétences sociales pour subvenir à leurs besoins.

Par la suite, nous avons participé à une session de foot en salle avec des jeunes, organisée régulièrement par les TSHM dans la salle de gym de l’école des Charmettes. Nous avons pu nous entretenir, d’une façon informelle non seulement avec les footballeurs mais aussi avec le concierge de l’école et avec le moniteur présent ce soir-là.

 Positionnement lors de l’immersion

JPEG - 347.7 ko
Maison de Quartier de Carouge

Lors de notre première immersion dans Carouge, nous avons eu l’occasion de découvrir l’étendue de la ville. Nous avons observé que certains quartiers, malgré leur appartenance à un ensemble, reflètent une coupure géographique. Comment développer un sentiment d’appartenance à une commune lorsque celle-ci est décomposé en quartiers distincts ?

Notre positionnement a été avant tout exploratoire. Dès la rencontre de ces trois jeunes, l’immersion est sortie de la rue à proprement dit pour (tenter de) rentrer un peu plus précisément dans l’interaction entre les acteurs que nous avons choisi et ceux qui s’imposaient (commune, dispositif, etc). Nous sommes des étudiants, notre positionnement est donc logiquement celui de l’apprenant. Il a été aussi contemplatif et créatif, par exemple au travers de la photo, de la prise de son et du croquis.

Puis, nous avons affiné notre problématique et notre posture fut plus celle de chercheurs. Nos questions devenaient plus pertinentes sans être (si possible) dérangeantes. Chaque relation avec les jeunes nous mettait dans une position d’écoute et de réceptivité afin de ne rien perdre de l’essence du dialogue.

JPEG - 587 ko
Immeubles Familia

 Démarche méthodologique

Notre enquête de terrain s’est déroulée entre septembre et décembre 2009 à raison d’un ou deux jours par semaine. Un temps relativement court pour permettre une représentation pertinente des processus de rupture possible dans un terrain aussi vaste que celui de Carouge ; d’autant plus que le rythme temporel d’un jeune, qui en outre est au chômage, ne correspond pas forcément à l’horaire d’un « chercheur » en formation. Nous avons ainsi dû nous organiser de la manière la plus efficace possible, au gré des disponibilités et des contraintes géographiques de chacun. Nous pourrions schématiquement résumer notre démarche de la manière suivante : préparation, anticipation, observation, vérification, coordination mais aussi et surtout capacité d’improvisation.

Une démarche empirique à la fois dans l’urgence et hachée dans un espace temporel restreint. Premières prises de contact, premiers entretiens. Il faut aller vite tout en définissant notre axe de recherche avec ardeur et acuité ; et ne pas oublier que l’échantillon de notre recherche n’est de loin pas exhaustif. Il importe également de savoir ajuster la façon avec laquelle nous nous présentons en fonction des personnes abordées (subtilités de langage et de communication non verbale -> corporelle). Au gré de nos propres préjugés (positifs ou négatifs) ou plutôt de ce qu’en sociologie on nomme « les prénotions », le regard s’affine alors au fil des rencontres, des discours (parfois contradictoires) et des observations. Il convient également de savoir faire le tri dans la multitude de pistes possibles, afin de ne pas se laisser crouler sous la masse d’information (fréquentation des filles dans les milieux ouverts, collaboration de réseau -> notamment entre les TSHM et la Maison de quartier, situation des jeunes « hors » dispositif, etc.). Ainsi, mieux vaut parfois laisser une opportunité d’enquête de côté, quitte à y revenir plus tard. Un choix souvent draconien mais nécessaire pour pouvoir avancer de manière efficiente, dans notre agenda serré.

JPEG - 704.6 ko
Immeubles Familia - Bike & Shopping Cart

Au bout de trois mois d’enquête, il est déjà temps de passer au crible toutes les informations de source et de nature différentes récoltées. Il faut alors être capable de faire rapidement le deuil de certaines pistes envisagées (regards des enseignants du Cycle d’orientation, celui des parents, etc.) car le temps ne nous permet plus de les vérifier. Nous devons aussi accepter les refus et les résistances tout en essayant de les interpréter aussi objectivement que possible.

Enfin, l’étape de restitution n’est pas un travail de rédaction journalistique et encore moins de dissertation philosophique, mais le fruit d’un dépouillement documentaire des données récoltées.

 Critique de la démarche

Au départ, notre recherche s’est faite dans l’idée de « l’entonnoir », c’est-à-dire, nous avons parcouru la ville de Carouge dans son ensemble en visitant tous les quartiers, ce qui nous a permis de cibler notre piste d’action. Sébastien, un jeune de Carouge, nous a fait une visite guidée de la ville, cela a été un bon démarrage pour notre approche de terrain et enrichissant part son regard de jeune de la ville. N’étant pas tous de Genève au sein du groupe, il n’a pas toujours été évident de dépasser le temps d’observation sur le terrain d’enquête, certaines personnes devant parcourir de longues distances. Ce temps d’accordage entre nos emplois du temps nous a demandé une coordination et parfois nous avons dû faire preuve de compréhension face à des indisponibilités imprévues.

JPEG - 337.8 ko
Laurent - Croquis

L’absence « claire » de notre hypothèse de départ et le temps passé sur le terrain nous ont passablement ralentis et peut-être un peu dispersés. Un autre fait est que lorsque nous avons commencé, nous étions cinq étudiants dans le groupe pour terminer à quatre, une étudiante ayant dû interrompre le module. Cela n’a pas forcément été facile à gérer pour certains et nous nous sommes retrouvés dans une période de flou, ce qui nous a également retenus un instant dans notre démarche de travail.

Certains entretiens exploratoires ont été réalisés un peu tard à notre sens, ce qui nous a ralentis dans la compréhension de la complexité des enjeux de la problématique des jeunes en rupture. En effet, le fait d’avoir rencontré rapidement ces trois jeunes nous a été bénéfique, mais comme ces entretiens sont arrivés trop tôt, la problématique n’était pas encore définie à ce moment-là.

Par rapport à cela, nous pensons que notre cheminement ne s’est pas fait de manière « cohérente ». Nous aurions aimé faire un second entretien avec ces jeunes (ce qui n’a été possible que pour un cas), mais de part leur manque de disponibilité, cela nous a été très difficile. Cela peut paraître paradoxal, mais il faut croire que ces jeunes étaient tout de même bien occupés.


Accueil du site | Contact | Plan du site | | Statistiques | visites : 55276

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Carouge  Suivre la vie du site Methodologie   ?

Site réalisé avec SPIP 2.0.9 + AHUNTSIC

Creative Commons License